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Manifeste

16 avril 2006, jour de Pâques

Prologue : le souci de l’âme

socrate
Pourquoi un mouvement philosophique néo-socratique ? Socrate, (470-399 avant notre ère) philosophe athénien, a ramené la philosophie sur terre en disant que le souci primordial de chacun devait être de prendre soin de son âme. Cette exigence nous semble aujourd’hui bien oubliée. Socrate eut comme principaux adversaires les sophistes qui, dans l’ensemble, voulaient tout ramener à l’homme : l’homme est la mesure de toutes choses disait le sophiste Protagoras. Cette façon de voir, que l’on retrouve aujourd’hui, a conduit à dégrader l’éducation civique, si l’on en croit Aristophane, et à généraliser le relativisme et l’opportunisme en politique au détriment du bien commun de la Cité. Pour toutes ces raisons, le combat de Socrate nous paraît fort actuel.

Socrate du résister aussi bien aux oligarques (le régime des Trente Tyrans) qu’aux démocrates qui voulaient lui faire commettre des actes injustes. Il disait que le Dieu lui avait commandé de propager chez ses concitoyens le souci de l’âme conformément à la parole inscrite sur le temple d’Apollon à Delphes : « connais toi toi-même ». Cette formule signifiait : sache que tu n’es pas un dieu, que tu as des limites. Mais Socrate en tirait l’idée que se connaître soi-même, c’est connaître son âme. Car c’est notre âme qui fait l’essence de notre personne. Cette idée dominera la pensée de l’Occident pendant 2500 ans car elle sera aussi cultivée par le christianisme durant les deux derniers millénaires.

C’est avec le monde moderne que le souci de l’âme est remplacé par le culte de l’ego avec des conséquences morales dramatiques. Ce phénomène culmine au 20ème siècle avec le totalitarisme et ses massacres de masse. Mais il avait été précédé en 1793  par la Terreur de Robespierre et la guerre de Vendée. Comme l’a écrit Schiller, les principes idéologiques ont ruiné les sentiments humains et ce fut le règne de la barbarie.

Le danger barbare est toujours là car, si l’homme moderne condamne le totalitarisme, il a adopté la philosophie des Lumières comme philosophie officielle. Or, les racines de la barbarie du 20ème siècle viennent de là : culte de la raison, « libération » proclamée des instincts, dévaluation des sentiments humains et moraux considérés comme répressifs et réactionnaires. La croyance que le savoir préserve de la barbarie vient aussi des Lumières alors que les régimes totalitaires, qui n’étaient pas sans savoirs scientifiques et technologiques, ont prouvé le contraire et pratiquèrent en masse des actes barbares.

Comme l’a montré Heidegger, la science ne protège pas de la barbarie car elle ne « pense » pas dans ce sens qu’elle n’apporte pas de sens, et de sens moral, à la vie. Sur ce terrain, elle est neutre. La réussite de l’Occident en matière de sciences et de technologie contraste avec le mauvais fonctionnement de ses institutions politiques et avec la crise de l’éducation, de la religion, de la morale, de l’art notamment. Les signes de la mauvaise santé des âmes sont nombreux : cela va de la montée considérable des crimes et des délits (essentiellement depuis 1968) et de la chute démographique sans précédent qui nous affecte. L’arbre de la modernité doit être jugé à ses fruits. S’il débouche sur la disparition démographique de l’Occident, c’est bien le signe que nous sommes en présence d’un « immonde » et non d’un monde, d’un environnement qui tue l’âme et la vie.

Socrate est donc actuel. Sous le régime démocratique athénien, il fut condamné à boire la ciguë par un tribunal populaire après avoir été mis en accusation par des intellectuels, comme on dirait aujourd’hui, et par un politicien. On l’accusa d’introduire de nouveaux dieux dans la Cité. Socrate donna l’exemple d’une mort courageuse car il était conforté par sa foi en l’immortalité de l’âme. A notre sens, il est nécessaire aujourd’hui de réintroduire ce souci de l’âme, notamment dans la vie politique, afin de rendre le monde des hommes plus habitable qu’aujourd’hui.

Le présent manifeste décrit la structure de l’âme humaine, et celle du monde qui peut permettre son épanouissement. Puis, il décrit la structure de « l’immonde moderne », selon la formule heureuse de J.F. Mattéi. Il importe de connaître aussi l’idéologie qui sert à justifier les mesures politiques qui conforte cet « immonde ». Il est alors possible de décliner cet « immonde  moderne » dans différents domaines. On se limite ici aux exemples de la politique, de l’économie et de la culture. Puis, il est alors possible d’évoquer la possibilité d’une « conversion » produite par la réintroduction du souci de l’âme pour ménager un monde qui soit habitable aux hommes.

1/ La structure tripartitionnelle de l’âme

Socrate décrit l’âme humaine dans plusieurs dialogues de Platon. Puisant semble-t-il dans des sources orphiques ou pythagoriciennes, tout en se réclamant essentiellement du Dieu Apollon, Socrate explique que l’âme humaine comprend trois parties : le « noos » (ou raison), le « thymos » ou l’ardeur du sentiment et « l’épithumia », force désirante qui est celle des instincts. Cette tripartition de l’âme entre une fonction de souveraineté (la raison) une fonction guerrière (le thymos) et une fonction vitale de base (les instincts) n’est pas celle de la définition du Larousse qui est la suivante : âme : ensemble des facultés mentales et intellectuelles. Facultés de l’âme : la sensibilité, l’intelligence, la volonté. On désigne sous le nom d’âme ce qui en nous sent, pense et veut. La notion de volonté qui mêle l’intelligence et la force du caractère n’existait pas à l’époque de Socrate. Toutefois, la tripartition de l’âme selon Socrate et Platon, son porte-parole, correspond bien aux découvertes les plus récentes de la biologie et de la médecine moderne. Nous avons, selon le spécialiste du cerveau (phrénologue) McLean  un cerveau triunique : il est composé d’abord du paléo-cortex que nous partageons avec les reptiles (cerveau reptilien) et qui dirige nos instincts. Le deuxième cerveau, méso cortex ou cerveau limbique, que nous partageons avec les mammifères gère nos sentiments. Le troisième cerveau, néo-cortex, est le siège de la pensée rationnelle et se situe dans le lobe frontal.

Par une intuition étonnante, Platon avait perçu cette structure puisque dans la « République », il explique poétiquement que dans l’homme cohabitent un petit homme intérieur (la raison), un lion (l’ardeur du sentiment) et un dragon à multiples têtes (les instincts). C’est cette cohabitation qui fait problème comme l’a montré Arthur Koestler dans son livre « le Cheval et la Locomotive ». La raison, qui a la force du cheval, doit diriger les instincts qui ont la puissance d’une locomotive. Il faut pour cela un levier extérieur, celui des règles de la civilisation (morale religion, droit etc) intériorisées dans l’âme. Si ce processus échoue, c’est le crime, la guerre ou le génocide dont l’histoire humaine est remplie. L’homme n’est pas bon par nature contrairement à ce que croyaient Rousseau et les Lumières en général. Il est chaotique par nature car ses instincts, fort puissants, ne sont pas canalisé génétiquement de façon étroite comme c’est le cas chez l’animal. Il peut donc régresser soit vers la sauvagerie, soit vers la barbarie.

L’âme humaine peut en effet prendre trois formes : l’âme civilisée, l’âme sauvage et l’âme barbare. L’âme civilisée est composée par l’alliance de la raison et de l’ardeur du sentiment (c’est-à-dire ce que l’on appelle aujourd’hui la volonté) pour commander les instincts. Pour arriver à ce but, il faut le levier d’un monde extérieur avec ses règles de civilisation, qui sont toujours fragiles. L’âme sauvage est le produit de l’alliance des instincts avec le sentiment, la raison étant écartée ou marginalisée. Il y a de bonnes raisons de penser que c’est là l’état primitif de l’homme, bien éloigné de l’état idyllique de nature imaginé par Rousseau. On voit renaître cette âme sauvage lors de guerres civiles en Afrique depuis la décolonisation par exemple, mais on trouve aussi cette mentalité chez certains individus déracinés de nos banlieues. L’âme barbare est le produit d’une alliance plus tortueuse, celle de la raison et des instincts où de bonnes raisons sont évoquées pour justifier le comportement de mauvais instincts en écartant la force morale du sentiment.

Les Lumières ont pu être utiles pour sortir l’homme de la sauvagerie en réhabilitant la raison mais elles ouvrent un passage à la barbarie si la raison, devenue une idole, sert à justifier l’instinct, notamment d’agression, contre le sentiment humain. Cela donne les « barbares rationalistes » que furent Robespierre et Staline ou Pol Pot, formé à la Sorbonne à Paris ! C’est la structure de l’âme totalitaire dont la matrice a été le monde moderne et non l’ancien Régime. Mais en récusant le totalitarisme, beaucoup d’intellectuels et d’hommes politiques occidentaux n’ont pas poussé plus loin l’analyse qui montre que la barbarie totalitaire est née sur le terreau dit démocratique inspiré des Lumières.

Nous pouvons voir que l’âme humaine n’est harmonieusement structurée, n’est « belle » et non difforme que si elle prend appui sur un « monde » extérieur. La famille, le métier, la morale, la religion etc concourent à former ce monde qu’il faut dès lors étudier. (voir les travaux de Hayek sur le rôle des traditions auto-générées)

2/ La structuration quadripartite du monde

Platon là encore a eu dans le « Gorgias » l’intuition fondamentale d’un monde humain sensé parce que construit autour de quatre points cardinaux : le Ciel, la Terre, les Mortels et la Divinité. Cette structure quadripartite se retrouve chez Aristote. C’est celle des quatre causes. On peut l’appliquer à une œuvre humaine comme la cathédrale. Celle-ci est le produit de l’intersection des quatre causes : la cause formelle (le plan de l’architecte, qui vient du Ciel des idées) la cause matérielle (les pierres qui viennent de la terre) la cause motrice (les ouvriers qualifiés qui construisent) et la cause finale (la Divinité pour qui on construit la cathédrale).

Heidegger reprend ce thème poétiquement en expliquant en quoi il peut vivre heureux dans le « monde » de son village de Messkirch  en Forêt Noire : la neige tombe du Ciel et embellit toutes choses. La maison est sur la terre, et construite de matériaux terrestres. La cloche tinte le soir et apporte le signe de la Divinité. Au milieu de la maison, il y a les œuvres des hommes : la table de bois sur laquelle se trouvent le pain et le vin. Le pain et le vin célèbrent les noces du Ciel et de la Terre (il faut du soleil et de la terre pour la vigne comme pour le blé).

En utilisant deux axes, un axe vertical qui relie l’enracinement terrestre et l’aspiration aux valeurs célestes, un axe horizontal qui relie l’ordre divin et la liberté des hommes, on peut dessiner le schéma cruciforme du monde, que Mattéi appelle la « croisée » du monde ou le « quadriparti ». C’est dans ce « monde » que se joue la destinée humaine, destinée qui est plus qu’une simple vie biologique (qui serait une régression).

La destinée humaine
La destinée humaine

Ce schéma qui montre concrètement le monde qui quadrille l’existence humaine peut aussi être interprété en termes de valeurs. Le Ciel correspond aux valeurs transcendantales défendues par Socrate : le Vrai, le Bien et le Beau (encore une tripartition !). La Terre correspond aux valeurs d’enracinement nécessaires à l’équilibre humain : la famille, la vocation professionnelle, la patrie (qui comporte la référence à l’histoire). Les Mortels sont les hommes dont la vie prend sa valeur réelle confrontée à la conscience de la mort. Les valeurs qui leur permettent de vivre ensemble une vie humaine sont, selon la tradition occidentale depuis le christianisme, la justice, l’amour et la liberté. La Divinité, dans la tradition de l’Occident prend aussi l’aspect d’une Tripartition sous la forme de la Sainte Trinité. Le don du Père aux hommes est l’ordre naturel, le don du Fils est l’exemple du sacrifice héroïque et le don de l’Esprit, la tradition civilisatrice.

On retrouve dans ces tripartitions à chacun des points cardinaux une structure qui correspond, selon Georges Dumézil, aux vieilles cosmogonies indo-européennes. On est dans la continuité d’une mémoire très longue mais tombée dans largement l’oubli avec le monde moderne. Il convient à présent de voir cette rupture du monde introduite par « l’immonde moderne » selon l’expression de JF Mattéi.

3/ Structuration de « l’immonde moderne »

Le schéma quadripartite devient alors le suivant :

La vie biologique

La vie biologique

Dans ce cas de figure, la destinée humaine est réduite à la simple vie biologique. Le Ciel lumineux des valeurs transcendantes s’est obscurci par l’emprise du relativisme : le vrai, le bien et le beau dépendent des jugements subjectifs des hommes. Ce relativisme engendre le laxisme dans le domaine de la morale, laxisme qui favorise la montée de la délinquance. Plus généralement, la perte de la croyance en des valeurs transcendantales enlève à la vie sa dimension verticale. La vie devient plate et futile et n’a plus de hauteur : société de consommation matérialiste sans aucun idéal transcendant.

La Terre est reniée car le cosmopolitisme et le nomadisme sont à l’ordre du jour. L’homme moderne est sans racines. La famille est déstructurée par les divorces à répétition. Le métier n’a plus de valeur en soi et le droit de propriété est bafoué. La patrie et son avenir suscitent l’indifférence. Les immigrés déracinés sont de plus en plus nombreux. L’homme n’habite plus un monde. Il est dans l’exil, y compris dans son propre pays.

Les hommes sont remplacés par la foule, la masse indistincte qui impose le conformisme et le politiquement correct. Le règne du collectif est celui de l’irresponsabilité, de l’indifférence entre les hommes et de l’absence de liberté.

L’éloignement de la Divinité produit le culte des idoles, et de la plus redoutable d’entre elles qui est celle de l’ego capricieux car dominé par le dragon des instincts (à qui la raison offre les justifications nécessaires).

Dans « l’immonde moderne », la dictature du Sujet replié sur lui-même coexiste avec le collectivisme oppresseur. L’absence de valeurs d’enracinement et de valeurs transcendantes suscite une vie biologique futile et matérialiste, sans aucun idéal et sans aucune vraie liberté.

Le Sujet croit qu’il commande alors qu’il est assujetti au dragon des instincts avec la complicité de la raison pour étouffer les sentiments humains. Ces derniers sont qualifiés de dépassés, réactionnaires, archaïques, bourgeois, répressifs etc alors que la raison est déifiée (malgré ses limites) et que les instincts sont magnifiés (« libérés ») parce qu’ils sont considérés comme « naturels ». Or c’est le chaos des instincts qui chez l’homme est naturel, comme l’a montré Arnold Gehlen. Cette alliance de la raison et des instincts (sous une forme chimique pure dans l’œuvre de Sade) est la définition même de la barbarie. Les principes idéologiques ruinent les sentiments humains. Ils justifient l’absence d’humanité au nom de l’humanité même.

Dernier cas de figure de « l’immonde » : La raison même est absente, c’est alors la régression vers la sauvagerie. L’âme difforme centrée sur l’ego primitif s’enferme dans sa propre caverne au lieu de s’ouvrir sur un monde, monde qui a été déstructuré et remplacé par l’immonde.

Ce qui est particulièrement pervers dans ce processus est que l’avènement de l’immonde est justifié par des idéologies pétries de bons sentiments ; Il convient à présent de lever le masque et de nommer les idéologies, dont se réclame la majorité des politiciens « modernes » qui servent à justifier la régression de l’âme au nom de la double idolâtrie de la raison et des instincts.

4/ idéologies de la justification de l’immonde

Le schéma est le suivant :

Idéologie de l'immonde
Idéologie de l’immonde

L’égalitarisme, le « droit de l’hommisme », le collectivisme et le nomadisme anarchisant sont les quatre « idéaux » qui sont mis en avant pour justifier « l’immonde » au nom des bons sentiments, paravents de la satisfaction brutale des instincts les plus primaires.

L’égalitarisme, qui prétend combattre l’injustice mais qui est fondé en réalité sur l’envie, fait de grands ravages depuis la Révolution française, et lorsqu’il est poussé à l’extrême, il détruit tout mérite donc toute morale et toute recherche de l’excellence, qui établirait nécessairement une hiérarchie de valeurs (comment concevoir une valeur sans hiérarchie ?)

Le cosmopolitisme, sous prétexte d’amour abstrait de l’humanité entière, travaille à détruire les valeurs d’enracinement, la patrie, la lignée, la mémoire historique, etc. Il peut être instrumentalisé pour servir les autorités d’occupation étrangère (pas forcément militaires ; il peut s’agir de la télévision, des films, etc).

Le collectivisme et l’étatisme justifient les instincts grégaires qui poussent au conformisme et qui sont liés à des formes d’infantilisme. Il prône l’irresponsabilité et flatte ainsi l’ego.

Le « droit de l’hommisme » reprend le vieux slogan anarchiste « ni Dieu ni maître » et justifie la révolution contre la tradition et l’ordre naturel comme on l’a vu avec les révolutions française et bolchevique. Il abolit toute idée de « devoirs de l’homme » pour flatter l’ego.

Ainsi au nom d’idéaux apparemment nobles, justice sociale, amour de l’humanité, solidarité entre les hommes, droits inaliénables, mais qui recouvrent en fait des instincts désordonnés et insatiables, l’homme est déraciné et soumis à la dictature du politiquement correct, en attendant la dictature tout court, et l’âme humaine est dévoyée par la barbarie institutionnalisée.

On peut décliner cette structure de l’immonde dans différents domaines dont trois sont retenus ici comme exemples : la politique, l’économie et la culture.

5/ Déclinaison de l’immonde : exemple de la politique

L'immonde politique
L’immonde politique

En prenant l’inverse de ce schéma, on voit quelles sont les conditions d’un « monde »  politique favorable à l’âme humaine reposant sur la moralité des hommes politiques, la liberté du peuple, le respect de l’héritage et de la tradition et la sauvegarde de la souveraineté nationale.

6/ Déclinaison de l’immonde : exemple de l’économie

L'immonde économique
L’immonde économique

L’immonde économique se caractérise par la corruption maffieuse avec la destruction des valeurs transcendantales, la spoliation avec le mépris de l’enracinement, qui en économie, équivaut au droits de propriété, l’improductivité engendrée par les privilèges accordés aux caprices du sujet, avec soutien syndical, et l’irresponsabilité entraînée par l’étatisme socialiste.

7/ Déclinaison de l’immonde : exemple de la culture

L'immonde esthétique
L’immonde esthétique

L’exemple de l’art montre le déclin de la Beauté au profit du fonctionnel. Le Sujet est représenté à la place du monde et l’homme est donc mis en exil de ce dernier. L’art est ce qui est déclaré comme tel (nominalisme artistique) ce qui est le triomphe du Sujet. Celui-ci ne veut plus se soumettre aux conditions de production d’une œuvre mais pose des actes arbitraires. Le monde a réellement disparu et on ne représente plus ni le Ciel, ni la Terre, ni Dieu ni le visage ou le corps humain. Il ne reste plus que le Sujet dans sa caverne aux prises avec ses fantasmes qui deviennent vite immondes (il faut choquer pour attirer l’attention).

8/ Le souci de l’âme et le «  ménagement du monde » : un processus de « conversion »

Faisons un rêve : chaque député votant une loi devrait se demander : cette loi va-t-elle embellir l’âme de mes concitoyens ou l’enlaidir, la dégrader, la rendre difforme ? Si chaque député se posait cette question, fort socratique, la législation serait, nous en sommes persuadés, bien différente !

Le souci de l’âme doit s’accompagner du souci de « ménager » le monde afin de lui permettre de rester un monde que l’âme peut habiter sans dommages. C’est une responsabilité humaine car l’homme est bien « le berger du monde » (Heidegger dit « le berger de l’Etre »)

Ménager le monde veut dire :

  • ménager le Ciel en lui permettant de rester le Ciel : enseigner le respect des valeurs transcendantes ; convertir les institutions politiques (et les médias) pour réduire le règne du mensonge
  • ménager la Terre en lui permettant de rester la Terre : protéger les valeurs d’enracinement : famille, métier, patrie (et environnement au sens large)
  • ménager les hommes en leur permettant de rester des hommes : assurer le respect de la justice, favoriser l’amour et la charité, assurer le développement de la liberté
  • ménager la Divinité en lui permettant de rester la Divinité en ne déifiant pas des idoles (l’argent, le Sujet, etc) : sauvegarder l’Ordre naturel, diffuser le sens du sacrifice héroïque, assurer la transmission de l’héritage traditionnel

Cela suppose de combattre, comme la fait Socrate, les idéologies qui justifient l’immonde : promouvoir l’excellence et non l’égalitarisme ; l’enracinement et non le nomadisme ; la liberté et non le collectivisme, l’équilibre des droits et devoirs et non le droit de l’hommisme.

Il convient pour le bien de l’âme d’assurer la victoire des valeurs du monde : sur l’axe horizontal : ordre et liberté ; sur l’axe vertical : honneur et patrie.

Le monde retrouvé :

Le destin humain
Le destin humain

Conclusion : le néo-socratisme prône pour les raisons philosophiques invoquées ci-dessus une « politique au service de l’âme ». Chaque mesure politique doit être évaluée en posant cette question : « cette mesure va-t-elle embellir ou dégrader l’âme de nos concitoyens » ? C’est un renouvellement de perspective pour la politique, une « conversion » au sens platonicien du terme.

Auteurs majeurs cités et ouvrages de base :
–         Platon : notamment, Apologie de Socrate, Gorgias, la République, Phèdre . Gallimard
–         JF Mattéi : « la barbarie intérieure ; Essai sur l’immonde moderne » PUF et « Heidegger et Hölderlin : le quadriparti » PUF
–          Paul D Mc Lean « les trois cerveaux de l’homme »  Robert Laffont
–         Arthur Koestler : « le cheval dans la Locomotive ; le paradoxe humain » Calmann Lévy
–         Georges Dumézil « Mythes et Epopées » Gallimard
–         Arnold Gehlen « recherches d’anthropologie et de sociologie » PUF
–         Friedrich von Hayek : « droit, législation et liberté » PUF
–     Werner Jäger ; Paidéia Gallimard.
Sur l’excellence voir Homère et Jaeger ; sur la terre : Aristote et Heidegger ; sur le ciel, Platon et Nietzsche ; sur les hommes (liberté) Hérodote et Hayek ; sur l’ordre cosmique ou divin : Sophocle et Gehlen. Par ailleurs, il faut ajouter sur la structure de l’âme Mac Lean et sur la tripartition indo européenne Georges Dumézil.

ANNEXE : LES DOUZE CRITERES

Douze critères peuvent être utilisés pour juger si une politique est conforme au bien de l’âme humaine. Ils relèvent des quatre points cardinaux de l’existence humaine : le Ciel, la Terre, les mortels et la Divinité. Ils doivent permettre aux hommes politiques de poser les bonnes questions à la façon de Socrate.

A/ Du point de vue du Ciel, une politique favorise-t-elle le respect des valeurs transcendantales, le Vrai, le Bien, le Beau ?

–         1er critère : du point de vue du Vrai, quels sont les mécanismes politiques qui conduisent à s’en éloigner ? Que dire des campagnes électorales ? Le référendum ne créée-t-il pas une possibilité pour échapper à la confiscation du pouvoir par les hommes politiques et les hauts fonctionnaires ? Le chef de l’Etat doit-il être élu ? Que dire de la déontologie des médias envers la vérité ?

–         2ème critère : Du point de vue du Bien, la question majeure n’est-elle pas celle du laxisme judiciaire et du relativisme éducatif ?

–         3ème critère : Du point de vue du Beau, celui-ci n’est-il pas marginalisé par la préoccupation envahissante du fonctionnel ? L’humanisation n’est elle pas liée à la représentation et l’art qui ne reflète que les états d’âme internes du Sujet n’est il pas un premier glissement vers la barbarie ?

B/ Du point de vue de la Terre Les politiques actuelles favorisent t elles l’enracinement ou le déracinement de l’âme humaine : politique de l’immigration, politique familiale, politique économique et sociale (quid du droit de propriété, de la fiscalité ?), politique de l’instruction civique et de connaissance du passé de la patrie ?

Les trois critères majeurs sont :

–         4ème critère : la politique favorise-t elle la famille ou non ?

–         5ème critère : la politique favorise-t elle  la propriété (et le travail qui  y est lié) ainsi que la vocation du métier ?

–         6ème critère : la politique favorise-t elle ou nom la vie patriotique et la survie de la patrie ?

C/ Du point de vue des hommes la politique permet-elle aux hommes de s’épanouir en tant qu’hommes ?

–         7ème critère : quid de la justice face à l’égalitarisme ?

–         8ème critère : quid de la charité face au welfare state ?

–         9ème critère : quid de la liberté responsable face à la collectivisation et à l’étatisation ?

D/ Du point de vue de la Divinité la politique permet elle à la Divinité de rester elle-même ou met elle en place des idoles à la place sous prétexte de laïcité ?

–         10ème critère : quid du respect de l’ordre naturel ? (famille, bio éthique etc)

–         11ème critère : quid du sens du Sacrifice ? (peut on demander à quelqu’un de sacrifier sa vie pour la patrie alors que la peine de mort est abolie pour les crimes les plus graves ?

–         12ème critère : quid de la transmission de l’héritage culturel et des traditions dans un environnement qui magnifie les coupures révolutionnaires ?

Le néo-socratisme consiste à poser toutes ces questions en rapport avec le soin de l’âme.

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