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	<title>Institut Neo Socratique &#187; Philosophie</title>
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	<description>Le site de l&#039;Institut Neo Socratique</description>
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		<title>La façon dont l’oligarchie traite l’homme : une matière première</title>
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		<pubDate>Mon, 23 Nov 2009 10:19:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yvan Blot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>

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		<description><![CDATA[Les régimes politiques qui dominent à présent l’Occident sont des oligarchies, bien plus que des démocraties, la Suisse étant sans doute la seule véritable exception. Mais qu’est-ce qu’une oligarchie ? Relisons à ce sujet Aristote. Dans le monde moderne toutefois, l’oligarchie gouverne selon une logique nouvelle qui est celle du « Gestell », de l’arraisonnement utilitaire, selon la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-medium wp-image-145" title="oligarchie" src="http://www.insoc.fr/wp-content/uploads/2009/11/oligarchie1-240x300.jpg" alt="oligarchie" width="240" height="300" />Les régimes politiques qui dominent à présent l’Occident sont des oligarchies, bien plus que des démocraties, la Suisse étant sans doute la seule véritable exception. Mais qu’est-ce qu’une oligarchie ? Relisons à ce sujet Aristote. Dans le monde moderne toutefois, l’oligarchie gouverne selon une logique nouvelle qui est celle du « Gestell », de l’arraisonnement utilitaire, selon la formule de Heidegger. La logique du Gestell conduit à traiter l’homme comme la plus précieuse des matières premières, et à rendre autant que possible tous les hommes interchangeables, en mobilisant pour cela les ressources des passions égalitaires. Enfin, pour achever le processus de domination oligarchique, il faut éliminer l’obstacle de la  démocratie au profit d’une « gouvernance » de soit disant experts, tout en gardant la fiction de la démocratie pour désarmer les oppositions. Il faut alors voir s’il est possible de se libérer de cet engrenage fatal.<span id="more-140"></span></p>
<h2><strong>L’oligarchie      régnante.</strong></h2>
<p><strong> </strong></p>
<p>Il y a bien des sortes d’oligarchies : militaires, marchandes, politiques, religieuses, voire ethniques. Mais elles répondent toutes à une définition unique : c’est le gouvernement de quelques uns dans leur intérêt propre et non dans l’intérêt du peuple. Si l’intérêt du peuple coïncide avec l’intérêt de l’oligarchie (assurer la croissance économique pour favoriser sa propre réélection), tant mieux ! S’il y a conflit d’intérêt, celui des oligarques l’emporte : on en a des exemples avec le niveau de la fiscalité, avec le laxisme en matière d’immigration, avec l’endettement public, avec la politique européenne entre autres. Dans une société où les valeurs militaires de l’aristocratie demeurent importante, le souci de l’intérêt général l’emporte souvent (gaullisme de la Résistance). Dans une société marchande où les fonctions altruistes (religieuses, militaires notamment) sont en retrait, l’oligarchie est le trait dominant du pouvoir car chacun ne cherche que son intérêt propre, le politicien comme les autres.</p>
<p>Dans la « Politique », Aristote note qu’il est fréquent que la constitution soit, selon la législation proclamée, démocratique, mais que par la coutume et la façon de conduire les affaires, le régime soit oligarchique<sup class='footnote'><a href='#fn-140-1' id='fnref-140-1'>1</a></sup>. C’est le cas que nous connaissons.</p>
<p>Pour Aristote, l’oligarchie est un régime stable tant que les oligarques sont solidaires entre eux. Le système se fragilise selon lui, dans deux cas  de figures : lorsque l’oligarchie traite injustement la masse populaire ou lorsque les oligarques « deviennent démagogues par jalousie »<sup class='footnote'><a href='#fn-140-2' id='fnref-140-2'>2</a></sup> et se combattent entre eux.</p>
<p>L’oligarchie actuelle n’est pas limitée à ce que l’on appelle la « classe politique ». Elle comprend la haute administration, les dirigeants salariés des grandes entreprises, les dirigeants des syndicats et des différents lobbies qui font pression sur le pouvoir, ainsi que les dirigeants des media. Elle est assez homogène idéologiquement. Ses valeurs et sont comportement sont essentiellement déterminés par la situation métaphysique dans laquelle se trouve aujourd’hui l’Occident et que le philosophe Martin Heidegger a appelé le « Gestell » ou « arraisonnement utilitaire ».</p>
<h2>L’oligarchie moderne gouverne selon la logique du Gestell. <sup class='footnote'><a href='#fn-140-3' id='fnref-140-3'>3</a></sup></h2>
<p><strong> </strong></p>
<p>Selon Heidegger, le monde moderne est structuré par l’arraisonnement utilitaire. Prenons l’exemple du téléphone portable. Vous être pratiquement contraint d’en avoir un dès lors que tout le monde autour de vous en a un ! Bien sûr qu’il rend des services. Mais ce n’est plus votre choix. Vous être requis d’en avoir un ! Pour Heidegger, l’essence de la technique est cet arraisonnement. L’homme en est l’employé. Ce processus échappe à l’homme, surtout s’il n’en a pas conscience. L’homme lui-même est pris en main par le processus. Il devient un rouage du système d’ensemble (ein Stück und nicht ein Teil !). Cet utilitarisme exacerbé conduit l’homme à oublier son être propre. Les dirigeants sont des rouages de ce système. Pour Heidegger, le Gestell est pour l’homme le danger par excellence, car il déshumanise celui-ci. Au vingtième siècle, on a connu plusieurs formes politiques du Gestell.</p>
<p>Le communisme est une de ces formes. Il considère l’être humain comme une matière première au service de sa puissance. En cela, il est inhumain au sens propre du terme. Les dirigeants eux-mêmes sont arraisonnés au système. Il faut que l’échec patent de ce dernier soit réalisé pour que les hommes puissent s’échapper de cette machinerie. C’est ce qui s’est passé avec l’effondrement de l’URSS.</p>
<p>Pour Heidegger, le nazisme, surtout à sa fin, est devenu une autre forme d’application de la logique du Gestell. Mais l’Occident n’est pas indemne. Le signe en est la façon de faire la guerre. La logique purement utilitaire du Gestell conduit dans une guerre à tuer autant les civils que les soldats car les civils sont aussi un rouage de l’appareil ennemi. C’est ainsi que les alliés ont décidé de bombarder au phosphore des milliers de femmes et d’enfants dans les villes allemandes. Pour Heidegger, tant Roosevelt que Hitler ou Staline ont décidé pour des raisons utilitaires liés à leur volonté de puissance de tuer massivement des civils !</p>
<p>Pour Heidegger, l’Amérique et l’Union soviétique furent après 1945  les deux bastions du Gestell ! Politiquement totalement différentes, elles avaient une métaphysique commune, celle du Gestell, celle de l’utilitarisme déchainé de la technique au service de la volonté de puissance ! Curieusement Arnold Gehlen,<sup class='footnote'><a href='#fn-140-4' id='fnref-140-4'>4</a></sup> un philosophe d’une autre tradition qu’Heidegger, celle de l’anthropologie philosophique, écrivit la même chose : « il est très remarquable que les manifestations les plus évidentes de la culture industrielle apparaissent en Amérique du Nord et en Russie, sur des sols où n’a jamais pris naissance une grande culture d’ancien style ! »</p>
<p>L’arraisonnement utilitaire est donc le danger par excellence pour la survie même de l’homme en tant qu’homme. Mais c’est au sein même de ce danger que le « tournant » peut advenir ! « C’est le danger qui permet l’apparition de ce qui sauve », selon un vers d’Hölderlin que cite Heidegger. Encore faut-il prendre conscience de l’existence de l’arraisonnement utilitaire et du danger qu’il représente !</p>
<h2><strong>L’homme, matière première, l’homme interchangeable</strong></h2>
<p><strong> </strong></p>
<p>L’homme, dans ce système lié à l’époque et qui n’a pas été voulu en tant que tel, n’est apprécié que pour son utilité économique. Il devient alors « la plus précieuse des matières premières » ! Dans le langage des sociétés, on a remplacé le mot « personnel » (avec la racine personne) par le terme de « ressource humaine » : cela traduit bien la déshumanisation à peine consciente de notre vocabulaire ! L’homme est un « Stück », un élément utilisable au même titre qu’un boulet de charbon dans un stock d’anthracite ! Il doit avant tout être interchangeable pour pouvoir être requis le plus facilement qui soit !</p>
<p>L’oligarchie régnante, qui administre la logique du Gestell, pour son profit et pour satisfaire sa volonté de puissance,   va donc appliquer sa « gouvernance » à rendre le plus possible les hommes interchangeables : toutes les distinctions essentielles doivent s’effacer, à commencer par celles entre les hommes et les femmes. C’est là la source de l’obsession de la fameuse « parité » : on s’acharne à vouloir que les listes de candidats aux élections soient composées pour moitié d’hommes et de femmes et on se garde bien d’évoquer les vrais questions politiques, à savoir que les élus sont dessaisis de leurs pouvoirs par l’administration et que le citoyen est devenu totalement impuissant à influencer le système de décision de la gouvernance politique. On détourne les débats vers des sujets sans importance mis en avant de façon artificielle.</p>
<p>Tout ce qui distingue les êtres humains doit être éliminé dès lors que cela peut gêner le caractère interchangeable que les hommes doivent avoir pour être de parfaites matières premières.</p>
<p>L’homme du Gestell doit donc avoir quatre caractéristiques :</p>
<ul>
<li>ne pas avoir de racines (ni race, ni  nation, ni religion notamment) ;</li>
<li>ne pas avoir d’idéal : il doit être un consommateur et un producteur matérialiste et relativiste prêt à gober tous les produits lancés sur le marché (y compris les produits bancaires permettant de l’endetter et donc de mieux le soumettre) ;</li>
<li>ne pas avoir de religion hors celle de son propre ego, pour être plus facilement isolé donc manipulable ;</li>
<li>ne pas avoir de personnalité afin de se fondre dans la masse (il doit donc être éduqué de façon purement technique et utilitaire sans culture générale lui permettant de se situer comme homme libre) ;</li>
</ul>
<p>Cyniquement, l’idéologie des droits de l’homme est utilisée pour détruire tout ce qui fait la spécificité des hommes, pour mieux asservir l’homme aux besoins du Gestell en prétendant protéger ses libertés fondamentales ! Un des exemples les plus emblématiques fut le cas de cette femme députée néerlandaise menacée de mort par l’islamisme radical. Ses voisins ont obtenu l’expulsion de celle-ci de son logement au nom des droits de l’homme parce qu’elle faisait subir un risque d’attentat sur eux. Ecœurée, celle-ci a quitté les Pays-Bas !</p>
<p>L’homme idéal souhaité par le Gestell n’a rien à voir avec le citoyen animé par l’esprit civique, la conscience de ses libertés et l’amour de sa patrie, qui est le porteur de la démocratie bien comprise. Il ressemble à ce « dernier homme annoncé par Nietzsche dans « Ainsi Parlait Zarathoustra » !</p>
<p>«  Hélas ! Vient le temps du plus méprisable des hommes qui ne sait plus se mépriser lui-même ! Voyez ! Je vous montre le dernier homme. Qu’est-ce que l’amour ? Qu’est-ce que créer ? Qu’est-ce que la nostalgie ? Qu’est-ce qu’une étoile ? demande le dernier homme et il cligne de l’œil !</p>
<p>La terre est devenue plus petite et sur elle sautille le dernier homme qui rend tout plus petit. Sa race est aussi solide que celle du puceron. Le dernier homme est celui qui vit le plus longtemps. Nous avons inventé le bonheur » disent les derniers hommes et ils clignent de l’œil.  Ils ont abandonné les pays où la vie était dure, car on aime la chaleur. On aime encore son voisin et on se frotte à lui car on a besoin de chaleur. Devenir malade ou méfiant passe chez eux pour un péché : on respecte avant tout le principe de précaution. Fou celui qui butte encore sur les pierres et sur les hommes ! Un peu de poison de ci delà qui procure des rêves agréables. Et beaucoup de poison au final pour avoir une mort agréable. On travaille encore car c’est une distraction. Mais on a soin que la distraction reste modérée. On ne devient plus ni riche ni pauvre. Les deux sont trop astreignants. Qui veut encore commander ? Qui veut encore obéir ? Tout cela est trop fatigant.</p>
<p>Pas de berger et un seul troupeau ! Chacun veut la même chose et tous sont égaux ; qui pense autrement sera interné !</p>
<p>Autrefois, tout le monde avait tout faux disent les plus malins et ils clignent de l’œil. On est malin et l’on sait tout ce qui est arrivé : on n’en fini pas de se moquer. On se querelle mais on se réconcilie bientôt de peur que cela ne gâte l’estomac ! On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit : mais on honore la santé !</p>
<p>Nous avons trouvé le bonheur, disent les derniers hommes et ils clignent de l’œil ! »</p>
<p>Ici s’arrête le discours de Zarathoustra qui est interrompu par les cris de la foule : donne-nous ce dernier homme, ô Zarathoustra ! Nous te ferons quitte du surhomme ! Et tout le peuple se réjouissait et claquait de la langue ! Zarathoustra devint triste et  dit : je ne suis pas la bouche faite pour ces oreilles (..) Ils me regardent et rient, mais dans leur rire, ils me haïssent ; il y a de la glace dans leur rire »<sup class='footnote'><a href='#fn-140-5' id='fnref-140-5'>5</a></sup></p>
<p>Ces derniers hommes sont les citoyens passifs idéaux pour l’oligarchie régnante ! Tout le système médiatique et éducatif est là pour modifier la personnalité des Français et les transformer en outils interchangeables du Gestell. On pense apprivoiser ces animaux sauvages que seraient les citoyens par la consommation de biens matériels et en flattant l’égalitarisme. La politique est celle du gardien de zoo !</p>
<h2><strong> Eliminer l’obstacle de la démocratie</strong></h2>
<p><strong> </strong></p>
<p>Pour que l’homme soit une matière première docile, il est finalement nécessaire d’éliminer l’obstacle de la démocratie. La monarchie ne permettait certes pas l’interchangeabilité absolue des hommes et l’oligarchie, pour s’installer, a du l’abattre, en se trouvant pour elle-même, une nouvelle légitimité : la démocratie fut alors mise en avant au 19<sup>ème</sup> siècle. Mais par la suite, la démocratie fondée sur la nation et la participation active des citoyens s’est montré un obstacle à l’interchangeabilité mondiale des hommes, donc à l’utilitarisme au service de l’oligarchie.</p>
<p>Il a donc fallu vider la démocratie de son contenu réel. Cela consiste à dissoudre le cadre national qui est un cadre d’enracinement, le cadre historique d’enracinement de la démocratie. Le parlementarisme a été affirmé et en même temps vidé de son contenu : il n’y a plus de séparation des pouvoirs et le soit disant pouvoir législatif est totalement dominé par l’exécutif. Le vrai pouvoir est dans les mains des dirigeants oligarchiques des grands partis politiques en liaison avec de puissants lobbies syndicaux, bancaires, culturels et cultuels. La démocratie directe est bannie (sauf en Suisse et avec de grandes restrictions aux USA, en Italie et en Allemagne) car le citoyen doit être réduit à la condition de spectateur, non d’acteur, de la politique. Le citoyen est magnifié en paroles mais il est réduit dans les faits à n’être qu’un agent économique, une matière première de premier choix, un « animal technicisé » (autre formule de Heidegger).</p>
<p>Tout d’abord, l’oligarchie, jouant les apprentis sorciers, cherche à enlever aux hommes leurs racines pour les rendre plus interchangeables ; c’est ce que Heidegger appelle « la destruction de la terre » produite par le Gestell. La race a été la première à être mise aux gémonies, au nom des horreurs commises lors de la deuxième guerre mondiale. Puis c’est le tour de la nation, de son histoire (qui doit devenir l’occasion de repentance), de la famille (dont l’existence serait une insulte aux homosexuels, semble-t-il) ! L’immigration a été encouragée pour affaiblir ce qui restait de racines. Les résistants ont été diabolisés, traités de « populistes » voir de « racistes », l’accusation suprême. Tout cela se fait au nom d’une morale politique imposée qui n’a jamais fait l’objet du moindre référendum ! Sous ces prétextes moraux, il y a en réalité la volonté de ramener l’homme à sa condition sujette de matière première disponible pour le pouvoir oligarchique.</p>
<p>L’oligarchie assiste complice au déclin des valeurs transcendantes, et l’argent devient peu à peu la seule valeur suprême. Les politiques de lutte contre la discrimination n’ont pas d’autre but : on ne doit jamais faire de distinction entre les hommes, sauf par l’argent, seul critère de discrimination reconnu !</p>
<p>Bien sûr, tout cela a des conséquences négatives : la montée du crime tout d’abord. L’immense majorité des crimes et des délits sont commis pour de l’argent : les grands trafics mondiaux criminels, trafic de drogue, trafic d’être humains, trafic d’armes, n’ont pas d’autre objet que de rapporter de l’argent. Comme l’écrivait plaisamment Sigmund Freud : dès qu’il s’agit d’argent, le surmoi en Amérique devient très tolérant : aujourd’hui, cela atteint tout l’Occident ! Les crimes et délits sont passés de 1,5 millions en France, chiffre stable de 1946  à 1966  à 4,5 millions aujourd’hui !</p>
<p>Le philosophe Arnold Gehlen a dénoncé l’effondrement de la culture en Occident, laissant la place à un monde où la cruauté s’unit avec le bien être matériel. En effet, l’homme est naturellement chaotique.<sup class='footnote'><a href='#fn-140-6' id='fnref-140-6'>6</a></sup> « L’instabilité intérieure de la vie pulsionnelle humaine apparaît sans limites. Ce sont des formes d’inhibition rigides et toujours limitatives,  découvertes par l’expérience au cours des siècles et des millénaires, comme le droit, la propriété, la famille monogamique, La division précise du travail, qui ont imposé leur marque  à nos pulsions, et à nos pensées, qui les ont façonnées selon les hautes exigences exclusives et sélectives que nous appelons la culture. Ces institutions, le droit, la famille monogamique, la propriété ne sont nullement naturelles et sont très fragiles. Tout aussi peu naturelle est la culture de nos instincts et de nos pensées qui doit bien plutôt être rigidifiée , soutenue et tirée vers le haut par l’action extérieure de ces institutions. Et si l’on retire ces appuis, nous retournons très vite à la primitivité. »</p>
<p>« Quand les sécurités, les stabilisateurs que contiennent les traditions établies tombent et sont détruites, notre comportement perd toute forme, il est déterminé par les affects, devient pulsionnel, imprévisible, on ne peut se fier à lui. Et dans la mesure où normalement le progrès de la civilisation exerce une action destructrice, c’est-à-dire qu’il érode les traditions, les droits, les institutions, il rend l’homme naturel et le rend primitif et le rejette à l’instabilité naturelle de sa vie instinctive. Le mouvement conduisant à la décadence est toujours naturel et vraisemblable, le mouvement vers la grandeur, l’exigence et le catégorique est toujours imposé, difficile et invraisemblable. (..) La culture est l’invraisemblable, c’est-à-dire le droit, la moralité, la discipline, l’hégémonie de la morale. (..) Quand les jongleurs intellectuels, les dilettantes, s’imposent au premier plan, quand souffle le vent de la pitrerie universelle, les institutions les plus anciennes et les corporations professionnelles rigides se défont elles aussi, le droit devient élastique (laxiste), l’art nervosité, la religion sentimentalité. Alors l’œil expérimenté aperçoit sous l’écume la tête de Méduse, l’homme devient naturel et tout devient possible (voir les crimes de masse du 20<sup>ème</sup> siècle). Il faut alors dire : retournons à la culture ! » Car nous retournons vers une nature chaotique, celle « de la faiblesse de la nature humaine qui n’et pas protégée par des formes strictes ».</p>
<p>Après les racines et les valeurs culturelles, voyons ce qu’il en est dans le domaine du sacré et de la religion. Tocqueville a montré comment le socle religieux permettait à la démocratie américaine de fonctionner. L’oligarchie au service de l’arraisonnement utilitaire se méfie du religieux et veut le cantonner à la sphère intérieure de l’individu. Il importe que l’homme soit centré sur son ego, sur ses plaisirs et qu’il soit ainsi un consommateur parfaitement inoffensif. On a vu comment un candidat à la commission européenne Rocco Buttiglione a été éliminé pour avoir fait savoir ses convictions religieuses ! Le sacré est quelque chose qui peut s’opposer à l’interchangeabilité des hommes et doit donc être éliminé ou cantonné dans la sphère privée. Par ailleurs, dès lors que l’utilitarisme règne tout sens du sacrifice lié au sacré est quelque chose de parasite qu’il convient de marginaliser. Le sacré doit disparaître car le prosaïque, avec le Gestell, devient totalitaire.</p>
<p>Enfin, Si la démocratie est fondée sur des racines nationales, des valeurs morales transcendantes et un sens du sacré, elle repose aussi sur l’idée du citoyen responsable, qui veut participer au destin de sa patrie. Or, on n’a plus besoin d’une démocratie de citoyen et le citoyen est prié de devenir un simple spectateur des media. Les politiciens deviennent des pitres, des comédiens pour amuser la galerie. Les choses sérieuses relèvent d’une « gouvernance » réservée aux experts. C’est d’ailleurs une telle gouvernance d’experts achetés d’avance qui nous a menés à la grande crise financière venue des Etats Unis l’an dernier ! La gouvernance d’antichambres se substitue au pouvoir des chambres. Nos régimes ne sont parlementaires que de façon fictive. La réalité du pouvoir est dans les mains du seul exécutif, qui a vassalisé le parlement et qui gouverne en réseau avec les patrons des puissants lobbies syndicaux, patronaux, cultuels et culturels. Dans cet esprit, la démocratie directe n’est pas envisagée car elle risquerait de mettre en échec, non le pouvoir des chambres parlementaires qui est réduit mais le pouvoir bien réel des antichambres et des lobbies.</p>
<h2><strong>Résistance et libération</strong></h2>
<p><strong> </strong></p>
<p>L’oligarchie au pouvoir est la traduction politique du Gestell, lequel n’est pas une création volontaire de l’être humain mais une figure imposée par ce que Heidegger appelle l’histoire de l’Etre. Cette oligarchie ne peut donc être renversée que si des conditions objectives le permettent. Ces conditions comme ce fut le cas pour l’URSS sont l’effondrement démographique, économique et financier. C’est du danger que vient ce qui sauve, a écrit le poète Hölderlin. Mais il n’est pas interdit de préparer le tournant qui doit marquer la sortie du Gestell nécessaire à la survie même de l’humanité. Les deux piliers de cette préparation sont la prise de conscience et la mobilisation.</p>
<p>La prise de conscience consiste à réaliser qu’on n’est absolument pas en démocratie mais en oligarchie. C’est la prise de conscience politique indispensable. Il y a aussi la prise de conscience métaphysique de ce qu’est le Gestell et du danger qu’il représente pour l’être même de l’homme, notamment de l’homme occidental. Le Gestell comme l’écrit Heidegger, détruit notre terre et nos racines, obscurcit notre ciel et nos valeurs, fait fuir la Divinité et le sacré et massifie totalement les hommes. Tout se qui va dans le sens opposé est donc bienvenu : la défense des racines et des valeurs, la référence à un sacré en dehors de l’ego et la résistance à la massification barbare accomplie par les media (et l’urbanisme, entre autres !).</p>
<p>Outre la prise de conscience qui suppose la plus large diffusion de nos analyses, il y a la mobilisation. Il existe en effet dans notre société des forces de résistances, celles de tous les milieux sociaux qui ne sont pas soumis à la seule logique purement utilitaire à court terme. C’est le cas des victimes du Gestell : victimes de la délinquance, victimes du déracinement, victimes de la dictature fiscale et de l’inefficacité économique, victimes de la mauvaise éducation de leurs enfants etc…</p>
<p>Mais les victimes en soi ne sont pas porteuses d’histoire si elles ne sont pas elle-même mobilisées parce que j’appelle les héros. Les héros, ce sont tous ceux qui se dévouent au bien commun, souvent pour un profit modique : soldats des corps d’élite, policiers qui chassent le crime, magistrats anti terroristes, professeurs amoureux de la vérité, prêtres courageux et j’en passe ! Ces forces varient selon les pays. Malheureusement ; je ne suis pas sûrs qu’elles soient les plus puissantes en France. Elles existent aussi aux USA  bien que ce soit le centre du Gestell à présent. En Europe, elles sont plus fortes dans un quadrilatère alpin entre Zurich, Munich, Vienne et Milan : on le voit aussi politiquement à la force des mouvements qualifiés de populistes en Italie du Nord, en Suisse,  en Autriche ou en Bavière. On le voit aussi à la force des traditions populaires et des valeurs traditionnelles dans ces pays qui sont en même temps à la pointe du progrès technologique et économique. On le voit à la force de leur sociologie fondée sur un tissu puissant de petites et moyennes entreprises assises souvent sur une structure familiale de la propriété. Il faudrait qu’une solidarité active s’organise entre ces forces qui restent aujourd’hui dispersées.</p>
<p>Prise de conscience et mobilisation : voici ce qu’il y a à proposer aujourd’hui ! Merci de votre attention.</p>
<p><DIV style="BORDER-TOP: #cccccc 3px dotted"></DIV></p>
<h5>Notes de bas de page</h5>
<div class='footnotes'>
<div class='footnotedivider'></div>
<ol>
<li id='fn-140-1'>Aristote ; les Politiques, livre 4, chapitre5 p. 297 ; GF Flammarion 1990 <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-140-1'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-140-2'>Ibidem, chapitre 6  page 363 <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-140-2'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-140-3'>Das Gestell : exposé fait à Brême publié dans la « Gesamte Ausgabe » (œuvres complètes) volume 79  chez Klostermann  (Frankfurt am Main) 2005 <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-140-3'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-140-4'>Arnold Gehlen ; Anthropologie et psychologie sociale; PUF  1990 <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-140-4'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-140-5'>Also sprach Zarathustra ; Friedrich Nietzsche ; Kröner Verlag; Stuttgart; 1969  : traduit de l’allemand par Yvan Blot <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-140-5'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-140-6'>Arnold gehlen ; ibidem pages 67  et 68 <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-140-6'>&#8617;</a></span></li>
</ol>
</div>
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		</item>
		<item>
		<title>Heidegger face à Freud : l’homme est-il plus qu’un animal ?</title>
		<link>http://www.insoc.fr/2009/07/heidegger-face-a-freud-l%e2%80%99homme-est-il-plus-qu%e2%80%99un-animal/</link>
		<comments>http://www.insoc.fr/2009/07/heidegger-face-a-freud-l%e2%80%99homme-est-il-plus-qu%e2%80%99un-animal/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 18 Jul 2009 13:49:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yvan Blot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>

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		<description><![CDATA[Faire répondre à Freud par Heidegger peut sembler étrange car il n’y a pas eu, semble-t-il, de contacts entre ces deux hommes. Toutefois, un article est sorti dans la revue américaine « Political Psychology » intitulé « Heidegger and Freud » montrant qu’Heidegger a discuté avec de nombreux psychanalystes suisses, reprochant à ces derniers leur vision positiviste [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_72" class="wp-caption alignleft" style="width: 410px"><img class="size-full wp-image-72 " style="margin-top: 5px; margin-bottom: 5px; margin-left: 0px; margin-right: 15px;" title="Martin Heidegger" src="http://www.insoc.fr/wp-content/uploads/2009/07/heidegger.jpg" alt="Martin Heidegger" width="400" height="280" /><p class="wp-caption-text">Martin Heidegger</p></div>
<p>Faire répondre à Freud par Heidegger peut sembler étrange car il n’y a pas eu, semble-t-il, de contacts entre ces deux hommes. Toutefois, un article est sorti dans la revue américaine « <em>Political Psychology</em> » intitulé « <em>Heidegger and Freud</em> » montrant qu’Heidegger a discuté avec de nombreux psychanalystes suisses, reprochant à ces derniers leur vision positiviste et mécaniciste de l’homme. Par ailleurs, le psychanalyste suisse Ludwig Binswanger, correspondant de Freud, s’est éloigné de la psychanalyse sous l’influence de Heidegger pour développer la « <em>daseinsanalyse</em> » ou « analyse existentielle ». Il traite le positivisme scientiste de Freud (qui repose sur la scission sujet-objet) de « cancer de la psychiatrie ».</p>
<p>Il nous semble qu’opposer Heidegger à Freud est pertinent car Freud voit dans l’homme essentiellement un animal alors que Heidegger voit « l’essence » de l’homme comme totalement étrangère à celle de l’animal. Pour Heidegger, l’homme est capable de prendre du recul par rapport aux objets immédiats, il est « ouvert à l’être » et il sait à l’avance qu’il va mourir. L’animal est « pauvre en monde » : il ne voit du monde que ce que ses instincts lui permettent de percevoir. Au contraire, l’homme est non seulement « être au monde », riche en monde mais encore mieux : créateur de monde. En cela, l’homme est proche du Divin.</p>
<p>Freud a beaucoup inspiré le mode de vie matérialiste et hédoniste de l’Occident moderne. Or, Heidegger condamne ce mode de vie de la façon la plus nette : il le considère comme « inauthentique » car fondé sur « l’oubli de l’être » au profit d’un utilitarisme totalitaire. Pour Heidegger, l’homme moderne tourne en rond dans une vie sans signification, polarisée par quatre « idoles » : la technique, l’argent, la masse et l’ego. Le plaisir de l’ego est la « cause finale » du comportement moderne. L’argent et la technique sont au service de l’ego mais cet ego, à la fois orgueilleux et sans consistance, se perd dans la mode, le prêt à penser, le « on » (je pense comme « on » pense), bref, la masse ! C’est la fin de toute personnalité authentique. L’homme n’est plus humain : il n’est guère qu’une matière première pour l’économie (« une ressource humaine ») : affreuse expression qui ravale l’homme au rang du pétrole !). Pour bien jouer ce rôle de « matière première », il doit être interchangeable : foin des races, des nations, des familles et des lignées, des traditions culturelles qui pourraient être un obstacle à ce caractère interchangeable des hommes voués à l’utilitarisme ! C’est pour cette raison, outre la jalousie fortement ancrée au cœur de l’homme, que l’égalitarisme est si populaire dans la pseudo-démocratie<a href="file:///C:/Documents%20and%20Settings/Etienne/Local%20Settings/Temporary%20Internet%20Files/Content.IE5/RDT2JYOM/Heidegger%20face%20%C3%A0%20Freud%20conf%C3%A9rence.doc#_ftn1">[1]</a> d’aujourd’hui !</p>
<p><span id="more-64"></span>Le « système » dans lequel nous vivons (Heidegger l’appelle « <em>Gestell</em> ») est l’ennemi du « <em>quadriparti </em>», ce véritable habitat pour l’homme qui est un jeu de miroir entre la terre, le ciel, les hommes et la divinité. Le « <em>Gestell </em>» est l’ennemi de la terre, c’est-à-dire de tout enracinement, attachement à sa lignée et à sa patrie. Il obscurcit notre ciel, en évacuant d’outre forme d’idéal au profit d’un plat utilitarisme. Il évacue  la Divinité et le Sacré au profit de l’ego, du moi, qui devient déifié malgré sa vacuité foncière. Il évacue les hommes en tant qu’hommes, c’est-à-dire en tant que mortels, conscients du caractère merveilleux mais aussi tragique de l’existence. Ce matérialisme occidental fait perdre à l’homme son côté combattif. Ce dernier devient une « bête de troupeau », certes pacifique mais inadapté à la confrontation avec les défis de l’histoire, celui du radicalisme islamiste par exemple.</p>
<p>Heidegger veut donner à l’homme une nouvelle chance d’habiter un environnement humain, celui du « <em>quadriparti </em>». L’homme a besoin de respecter ses racines et de servir un idéal, il a besoin de créer conformément à l’étincelle de Divinité qu’il recèle, il a besoin de se sacrifier, jusqu’à l’héroïsme si les circonstances l’exigent. C’est alors qu’il est vraiment un homme ! Sinon, il régresse vers une condition proche de l’animalité où il ne peut trouver aucun bonheur, aucune « sérénité » (<em>Gelassenheit</em>).</p>
<p>Si Heidegger offre une alternative à Freud, cela veut dire qu’il offre une alternative vraiment humaine à un monde occidental moderne déshumanisé, où l’homme n’est plus qu’une « bête technicisée » (<em>technisiertes Tier</em>) !</p>
<h3>1/ Brefs éléments de biographie</h3>
<p>Le philosophe allemand Martin Heidegger (26 septembre 1889 à Messkirch ; 26 mai 1976 à Freiburg) est en général considéré comme un des plus grands philosophes du monde, y compris par ses adversaires. Il a été professeur à Marbourg et à Fribourg et, période controversée, recteur de l’université de Fribourg sous le IIIème Reich de 1933  à 1934. Il démissionna alors de son poste, fait très rare sous ce régime. Il fut critiqué par des intellectuels nazis comme Ernst Krieck et fut même chassé de l’Université par les nazis à la fin de la guerre pour faire des terrassements. Malgré cela, Il perdit son poste après la guerre pendant quelques années, puis on lui reprochera son silence sur le troisième Reich. En réalité, il semble qu’il ait considéré l’Occident, l’URRS et le Troisième Reich comme des variantes d’un même dispositif métaphysique (le Gestell) et il estimait sans doute ne pouvoir condamner une variante sans condamner les autres. C’est un point de vue de philosophe attaché à l’être des choses, au delà de la politique proprement dite.</p>
<p>Heidegger a été influencé entre autres par Heraclite, Parmenide, Platon, Aristote, Saint Augustin, Thomas d’Aquin, Maître Eckhart, Pascal, Luther, Kant, Hegel, Kierkegaard, Nietzsche et Husserl. Il a influencé de façon décisive la philosophie contemporaine non anglo-saxonne avec Arendt, Lévinas, Marcuse, Gadamer, Sartre, Beaufret, Derrida, Ricoeur, Althusser, Foucault, Sloterdijk. Il a eu aussi une énorme influence au Japon où à l’université de Kyoto notamment, on étudie ses œuvres. Il fut enterré dans le rite catholique et fit lire sur sa tombe par son fils ainé des poèmes de Hölderlin. Sur sa tombe se trouve non pas une croix comme pour sa femme mais une étoile.</p>
<h3>2/ La méthode</h3>
<p>Heidegger, lorsqu’il analyse quelque chose ou quelque idée remonte en amont vers son origine : il utilise beaucoup l’étymologie. Par exemple, Quand il analyse la science, il cherche à savoir les présupposés qui permettent à la science de fonctionner. Ces présupposés ne sont pas scientifiques par définition, mais philosophiques. En ce sens, la science est fille de la philosophie, donc des Grecs. Pour comprendre son essence, il faut donc remonter aux premières hypothèses faites par les Grecs sur le monde.</p>
<p>De même, Heidegger analyse le communisme en recherchant le terreau qui a permis à celui-ci d’apparaître à savoir la métaphysique occidentale, dans son déploiement de Descartes à Hegel. Heidegger découvre donc que l’essence du communisme est dans la volonté de puissance, volonté de volonté, qui échappe à l’emprise humaine dans son déchainement. En cela, écrit-il, le communisme n’a rien d’humain et même ses chefs sont soumis à sa logique de puissance : ils ne font pas ce qu’ils veulent. En creusant son analyse, Heidegger montre que le terreau du communisme et de la démocratie occidentale est le même, ce qui le conduit à étudier notre société qui se croit libre comme un système qui s’impose à l’homme, le « Gestell » (dispositif utilitaire).</p>
<p>Heidegger critique alors la pensée occidentale en remettant en cause ses présupposés métaphysiques, comme Kant avait commencé à le faire. Par exemple, contrairement à Descartes qui a écrit : « je pense donc je suis », il affirme que l’être précède la pensée : je suis d’abord, ce qui me permet de penser. Ainsi, le sujet n’est plus au centre le la philosophie mais cède cette place à l’être. Cela a des conséquences considérables, y compris sur le plan politique.</p>
<p>Souvent, quand on a lu et compris Heidegger, on ne voit plus le monde de la même façon. Cette pensée est liée à la structure de la langue allemande qui permet un questionnement philosophique profond. Pour dire « il y a » (Cette formule du français qui utilise le verbe avoir et qui renvoie donc à un sujet), l’allemand dit « es gibt » (il donne) : c’est l’être qui vous apporte un objet en quelque sorte ! Le monde n’est plus centré sur le sujet mais le sujet s’ordonne par rapport au monde préexistant. Cela conduit Heidegger à remettre ainsi en cause toute la métaphysique occidentale, surtout sous sa forme moderne, qui affirme le primat du « sujet ». Il aboutit à une critique extrêmement radicale de la société moderne, notamment sous sa forme actuelle, dite « démocratique »..</p>
<p>On se limitera aujourd’hui à étudier la conception de l’homme de Heidegger et à évoquer quelques conséquences politiques venant de cette pensée qui, contrairement à celle de Freud, oppose radicalement l’homme à l’animal.</p>
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		<title>Freud et la révolution des années soixante en Occident</title>
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		<pubDate>Sat, 18 Jul 2009 13:40:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yvan Blot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>

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Après le prophète de la révolution religieuse Voltaire, le prophète de la révolution politique, Rousseau, le prophète de la révolution économique et sociale, Marx, nous avons le prophète de la révolution de la morale et du sexe, Freud.
 
Rousseau et Marx ont engendré des révolutions totalitaires qui ont conduit à des crimes de masse. Il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">
<div id="attachment_70" class="wp-caption alignleft" style="width: 409px"><img class="size-full wp-image-70 " style="margin-top: 5px; margin-bottom: 5px; margin-left: 0px; margin-right: 15px;" title="Sigmund Freud" src="http://www.insoc.fr/wp-content/uploads/2009/07/freud.jpg" alt="Sigmund Freud" width="399" height="291" /><p class="wp-caption-text">Sigmund Freud</p></div>
<p>Après le prophète de la révolution religieuse Voltaire, le prophète de la révolution politique, Rousseau, le prophète de la révolution économique et sociale, Marx, nous avons le prophète de la révolution de la morale et du sexe, Freud.</p>
<p align="center"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p>Rousseau et Marx ont engendré des révolutions totalitaires qui ont conduit à des crimes de masse. Il n’en est pas ainsi de Freud, mais ses épigones ont réussi à provoquer une révolution « silencieuse » comme on dit au Québec, dans les années soixante, dont les conséquences sont si graves qu’elles peuvent entraîner la mort démographique, donc la mort tout court, de l’Occident et des peuples blancs (j’ose le terme puisqu’on parle de peuple noir sans provoquer de scandale semble-t-il) . C’est sans doute Freud le plus actuel de nos quatre faux prophètes et son influence explique largement les particularités de la désagrégation sociale développée dans les années soixante.</p>
<p>Qui fut ce Schlomo Sigismund Freud, né en 1856  à Freiberg, aujourd’hui Pribor, en république tchèque, et mort à Londres par suicide assisté en 1939 ? Le père de Freud était un commerçant juif ruiné en 1859 ; La Famille, très religieuse, s’installe à Vienne. Freud y fait ses études. Au lycée, il lit Feuerbach et conservera de ses lectures de profondes convictions matérialistes, athées et scientistes. Il fait des études de médecine. Il traduit en 1880 quatre essais de Stuart Mill, le libéral anglais à tendances sociales. En 1882, il épouse Martha Bernays, la fille du grand rabbin de Hambourg. Il devient médecin et Breuer l’intéresse à un cas d’hystérie. En 1885, il soigne à la cocaïne son ami Fleischl qu’il intoxique gravement. Il va voir Charcot à Paris pour suivre des cours. En 1895 avec Breuer, il publie des études sur l’hystérie à Vienne. Il rédige l’esquisse d’une psychologie scientifique et adresse à Fliess un schéma sur la sexualité.</p>
<p>En 1895 encore, il adhère à l’association maçonnique juive B’nai B’rith. Il semble que cette société l’ait beaucoup aidé d’après l’allocution de lui qui fut lue par son frère le 6 mai 1926, à la loge « Vienne », Freud étant malade. Freud prononça entre 1897 et 1917  vingt et une conférences aux B’nai B’rith, notamment sur les rêves et l’inconscient mais aussi sur Emile Zola et Anatole France. Voici quelques citations de son allocution de remerciements de Freud aux B’nai B’rith publiée dans les œuvres complètes (volume 18) parues en français  aux PUF à Paris. Freud leur est d’une grande reconnaissance et s’explique ainsi : « d’une part, j’étais parvenu pour la première fois à pénétrer dans les profondeurs de la vie pulsionnelle humaine (..) d’autre part, la communication de mes découvertes déplaisantes eut pour résultat de me faire perdre la plus grande partie de mes relations humaines d’alors ; je me sentais comme proscrit, évité de tous. Dans cet esseulement s’éveilla en moi le désir d’un cercle d’hommes choisi, à l’esprit élevé, qui m’accueilleraient amicalement en dépit de ma témérité. Votre association me fut désignée comme le lieu où pouvaient se trouver de tels hommes. »</p>
<p><span id="more-57"></span>Freud ajoute : « le fait que vous soyez juifs ne pouvaient que répondre à mon souhait car j’étais moi-même juif et il m’avait toujours paru non seulement indigne mais franchement insensé de le dénier ».  Freud précise cependant qu’il est incroyant et insensible à l’orgueil national. Mais il avoue être attiré par le monde juif par « d’obscures puissances du sentiment, d’autant plus violentes qu’elles se laissaient moins saisir en des mots ». Et surtout « c’est parce que j’étais juif que je me trouvais libre de nombreux préjugés » ; il pensait que cela le rendait intellectuellement libre pour critiquer mœurs et traditions.</p>
<p>Il conclut en disant à ses amis juifs francs-maçons : « vous avez été mon premier auditoire (..) je suis allé chercher rafraîchissement et incitation dans le commerce avec vous (..) que vous ayez signifié beaucoup pour moi, et beaucoup fait dans les années où j’étais des vôtres » (avant d’être malade) «  c’est ce dont je me permets de vous assurer. Recevez donc pour autrefois comme pour aujourd’hui, mes remerciements les plus chaleureux. In W.B. und E  (in Wohlwollen, Bruderliebe und Eintracht (avec bienveillance, amour fraternel et harmonie : devise du B’Nai B’rith !) votre Sigmund Freud.</p>
<p>Il ne faut pas en tirer la conclusion que la relation de Freud avec la communauté juive était sans nuages. Certes, avec les franc-maçons juifs, du B’nai B’rith, tout allait bien. Mais Freud se nommait lui-même avec humour « the infidel Jew » et lorsqu’il publia vers la fin de sa vie « Moïse et la religion monothéïste », il suscita un tollé dans les milieux juifs. Le livre de René Major et Chantal Talagrand « Freud, biographie » montre à quel point Freud fut haï des juifs traditionnalistes ou même simplement conservateurs : « pour Abraham Yahuda, les paroles de Freud sont aussi  « haineuses pour Israël que celles du plus fanatique des Chrétiens (sic) ».  Martin Buber, spécialiste du hassidisme, parle à propos du livre sur Moïse (qui soutient notamment que Moïse est égyptien), d’un « ouvrage regrettable, non scientifique et fondé sur des hypothèses indémontrables » (..) A Max Eitington, qui s’ouvre à Freud de sa discussion avec Martin Buber, Freud répond (.) : « les phrases pieuses de Martin Buber ne feront pas de ma à mon livre « l’interprétation des rêves ». Le « Moïse » est bien plus vulnérable et je me prépare à un assaut des Juifs contre lui ». Outre les critiques juives, il y a aussi la critique des Chrétiens : le père Vincent McNabb  du « Catholic Herald » de Londres, juge par exemple qu’ « il ne peut citer certaines pages de « l’homme Moïse », des pages qui nous incitent à nous demander si l’auteur n’est pas un obsédé sexuel ».</p>
<p>En résumé, Freud se sent bien parmi les juifs irréligieux ; il apprécie le sionisme dans son côté laïc. Il est fier d’être juif parce que cela lui permet de tout critiquer librement, pense-t-il ! Mais  les juifs attachés à leur tradition en vu en lui un dangereux démolisseur de leur culture !</p>
<p align="center"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p>Reprenons sa vie : en 1896, il utilise pour la première fois le terme « psychoanalyse » dans un article sur les causes des névroses.  En 1897, il commence à interpréter la tragédie de Sophocle « Œdipe roi ». Il va en Italie mais n’ose pas aller à Rome : jeune, il détestait les Romains et admirait Hannibal, le héros « sémite » !</p>
<p>En 1902, l’empereur François-Joseph le nomme par décret professeur extraordinaire. En 1906, ses amis pour ses cinquante ans lui offre une médaille avec son profil gravé et au revers Œdipe !  Son ami Ferenczi, psychanalyste hongrois, écrit : « les Etats sexuels intermédiaires » qui prend la défense des homosexuels. En 1907, Jung crée à Zurich la société Freud ! Ce dernier s’en félicite car il a peur que la psychanalyse soit considérée comme une « science juive » or Jung n’est pas juif ! En 1912, avec l’accord de Freud, Jones crée un « Comité secret pour veiller à la diffusion de la cause psychanalytique ». En 1913, Freud rompt avec Jung qui relativise l’importance de la sexualité dans le psychisme et qui s’intéresse aux mentalités collectives des peuples. En 1927, Freud publie son livre anti-religieux : « l’avenir d’une illusion ». En 1935, il publie « Malaise dans la civilisation ». C’est l’année où le psychanalyste Rittmeister est exécuté par les nazis pour participation au réseau Orchestre Rouge, réseau de renseignement créé pour le compte de l’armée rouge de Staline.</p>
<p>En 1938, se sentant menacé par le régime nazi qui annexe l’Autriche, Freud quitte Vienne  pour Londres. C’est la même année qu’il publie le début de « l’homme Moïse et la religion monothéïste » qui sera tant critiqué dans les communautés juives. En 1939, 23 septembre, le médecin de Freud Max Schur lui donne la mort par injection de morphine.</p>
<p>Freud n’est pas qu’un médecin et l’inventeur de la psychanalyse. Il crée autour d’elle un véritable mouvement d’idées dont il pense d’ailleurs qu’il va révolutionner la civilisation.</p>
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