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	<title>Institut Neo Socratique &#187; Non classé</title>
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		<title>Deux autres contrepoisons : la démocratie directe et la tradition religieuse</title>
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		<pubDate>Tue, 22 Jun 2010 12:28:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yvan Blot</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Deux autres contrepoisons contre l’idéologie
oligarchique du Gestell :
La démocratie directe et la tradition religieuse
 
La dernière fois, nous avons vu les deux contrepoisons que sont la philosophie existentielle et la tradition nationale.
 Cette fois, nous allons analyser deux autres contrepoisons, la démocratie directe et la tradition religieuse
 1/ La démocratie directe
 Extension géographique
 La démocratie directe qui permet au peuple, et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Deux autres contrepoisons contre l’idéologie</strong></p>
<p><strong>oligarchique du Gestell :</strong></p>
<p><strong>La démocratie directe et la tradition religieuse</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>La dernière fois, nous avons vu les deux contrepoisons que sont la philosophie existentielle et la tradition nationale.</p>
<p> Cette fois, nous allons analyser deux autres contrepoisons, la démocratie directe et la tradition religieuse</p>
<p> <strong><span style="text-decoration: underline;">1/ La démocratie directe</span></strong></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong><strong>Extension géographique</strong></p>
<p> La démocratie directe qui permet au peuple, et pas seulement à ses représentants élus, d’abroger ou d’adopter des lois, est encore très minoritaire dans le monde. C’est la démocratie représentative pure, où seuls les représentants élus du peuple adoptent formellement les lois, qui demeure encore la règle de droit commun.</p>
<p> La démocratie directe fonctionne depuis 1848 en Suisse (au niveau fédéral, cantonal et local) et aux Etats-Unis (au niveau de 26 Etats fédérés sur 50 et au niveau local). Le petit Liechtenstein la pratique aussi. Depuis 1970, le référendum d’initiative populaire pour abroger une loi existe en Italie. Depuis la réunification allemande du 3 octobre 1990, la démocratie directe a été progressivement introduite dans les tous les Länder allemands et souvent aussi au niveau communal. Peu à peu, la démocratie directe gagne en extension.</p>
<p> <strong>Outils de la démocratie directe</strong></p>
<p><strong> </strong>Il y a deux outils essentiels, le référendum veto et l’initiative populaire, un frein et un moteur.</p>
<p>Le référendum veto consiste à permettre au peuple d’annuler une loi votée par le parlement. Il faut une pétition de citoyens, (50 000 en  Suisse, 500 000  en Italie) qui demande l’annulation de la loi. Si le nombre minimum de signatures est atteint, un débat est lancé et le référendum populaire a lieu environ six mois plus tard. Si le non l’emporte, la loi est annulée. Si le « oui » l’emporte, la loi est confirmée. C’est un frein pour s’assurer que les élus ne votent pas une loi que la majorité des citoyens réprouve, ce qui peut arriver compte tenu des puissants lobbies qui font aujourd’hui pression sur le gouvernement ou le parlement. C’est un moyen de redonner la parole aux citoyens non organisés en lobbies, en groupes de pression.</p>
<p> L’initiative populaire est une pétition pour soumettre au référendum un projet de loi voulu par les citoyens signataires sur un sujet que le gouvernement ou le parlement ignorent ou ont peur d’aborder. En Suisse, le chiffre pour qu’une pétition soit valable a été relevé à 100 000 signatures. Aux Etats-Unis, le chiffre à atteindre est un pourcentage des électeurs, et il varie selon les Etats. Si le nombre de signatures est atteint, un débat est organisé sur les medias et le parlement donne son avis sur le projet en question. Il peut aussi rédiger un contre-projet qui sera soumis le même jour au référendum. Ainsi, le parlement n’est nullement mis à l’écart. La démocratie directe organise plutôt une saine concurrence entre les citoyens et les élus pour faire les lois : personne ne doit être exclu alors que la démocratie représentative pure exclut les citoyens de la fonction législative.</p>
<p> <strong>Pratique</strong></p>
<p><strong> </strong>La pratique varie beaucoup selon les Etats. En Suisse ou au Liechtenstein, tout sujet, y compris fiscal, peut être abordé. Aux Etats-Unis, c’est le cas dans le domaine de compétence de la commune ou de l’Etat fédéré car il n’y a pas de démocratie directe au niveau fédéral à l’inverse de la Suisse. En Italie (au niveau national) ou dans les Länder allemands, les sujets traitant des dépenses publiques ou des impôts sont exclus de la démocratie directe.</p>
<p> Il y a eu en Suisse des référendums ou des initiatives sur les sujets les plus divers comme le financement de la sécurité sociale, l’adhésion ou non à l’Union Européenne, la construction de minarets, l’adoption de la TVA, les 35 heures, et même la suppression de l’armée (rejetée).</p>
<p> Aux Etats-Unis, les grands sujets ces dernières années ont été les réductions d’impôts (la fameuse proposition 13 en Californie qui s’est ensuite diffusée dans les autres Etats), la protection de l’environnement, la lutte contre la criminalité, la peine de mort, l’avortement ou l’enseignement. Aux Etats-Unis, le citoyen conserve la possibilité de faire un recours contre le résultat d’un référendum devant la Cour Suprême d’un Etat pour violation des droits de l’homme alors que rien de semblable n’existe en Suisse. En Allemagne, le contrôle de constitutionnalité est préalable à la tenue du référendum pour éviter que le juge casse une décision populaire sortie des urnes.</p>
<p> En Italie, il y a eu des référendums sur le divorce, l’échelle mobile des salaires (rejetée) notamment. En Allemagne, il y a eu des référendums sur les lois électorales, l’enseignement de la religion à l’école, l’urbanisme (faut-il autoriser la construction de tours en centre ville ?)</p>
<p> <strong>Effets</strong></p>
<p><strong> </strong>Des études universitaires très poussées en Suisse, en Allemagne aux USA  notamment ont montré que les décisions du peuple étaient toujours modérées et raisonnables. Par exemple, les Suisses ont rejeté des mesures démagogiques comme l’adoption des 35H  ou bien la suppression de l’armée.</p>
<p> Sur le plan des finances publiques, les travaux des professeurs Feld et Kirchgässner ont montré en étudiant les résultats des référendums financiers aux USA  et dans les cantons suisses que là où la démocratie directe existe, les impôts et les dépenses publiques sont un tiers plus bas que dans les pays où la démocratie est purement représentative. L’endettement public est de moitié plus faible. Ce résultat est d’une extrême importance.</p>
<p><strong> </strong><strong>Objections courantes</strong></p>
<p><strong> </strong>Les adversaires à la démocratie directe allèguent la non-maturité et la désinformation des citoyens. Ceci n’est pas du tout avéré par les études empiriques qui portent sur près d’un siècle de pratique référendaire en Suisse et aux Etats-Unis. Le référendum donne l’occasion au citoyen d’exprimer ce qu’il vit tous les jours d’où un degré d’information et de bon sens élevé. Par contre, le citoyen, lors d’une élection, vote souvent par mimétisme et non par expérience personnelle. Hitler est arrivé au pouvoir grâce à des élections parlementaires et non par un référendum. L’élection offre par rapport au référendum moins de garanties de rationalité car le citoyen est plus rationnel pour répondre à une question concrète que pour choisir un homme.</p>
<p> <strong>Circonstances d’adoption</strong></p>
<p><strong> </strong>A chaque fois, l’adoption de la démocratie directe s’est faite pour résoudre une crise : révolte populaire en Suisse dans le canton de St Gall, corruption de la classe politique en Californie,  débat sur le divorce en Italie, suites de la réunification en Allemagne.</p>
<p><span id="more-165"></span></p>
<p> <strong><span style="text-decoration: underline;">2/ La tradition religieuse</span></strong></p>
<p>Heidegger dans le quadriparti qui encadre la vie de l’homme authentique fait une place au sacré. Et il est bien vrai que le sacré semble être propre à l’homme et que ce soit une dimension fermée au monde animal. Historiquement, on constate que le sacré se développe dans les sociétés humaines d’une façon collective et organisée : c’est le phénomène religieux.</p>
<p> <strong>a/ Qu’est ce qu’une religion ?</strong></p>
<p><strong> </strong>Tout historien vous dira qu’il s’ait d’un phénomène collectif, comme le langage. Un juriste ou un homme politique du monde moderne insistera plutôt sur le choix individuel. Il faut admettre que ce n’est qu’une partie de la réalité. C’est comme pour le langage : je peux choisir une autre langue que ma langue maternelle. Mais cela n’enlève rien à la réalité collective de la langue. Il en est de même de la religion et le point de vue laïc et individualiste ne saisit qu’une partie de la réalité.</p>
<p> De plus, les religions sont des phénomènes hétérogènes. L’Islam n’admet pas la distinction entre le civil et le religieux qui existe dans le christianisme : la parole du Christ est bien connue : rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Dans les cités grecques païennes, la religion était celle de la Cité. Dans le shintoïsme japonais, la religion se confond avec la tradition nationale et dynastique. Dans le bouddhisme, il y a bien religion mais ya t-il un Dieu ? Pas au sens chrétien en tous cas. Dans l’empire romain tardif, la religion chrétienne est devenue celle de l’Etat à un tel point que les autres cultes furent interdit par Théodose. Pour autant, l’intolérance n’est pas propre au religieux. Les athées peuvent être intolérants, témoin Staline, alors que Voltaire affirmait le contraire un peu vite !</p>
<p> Le sociologue Durckheim définit ainsi la religion : « un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Eglise, tous ceux qui y adhèrent ». Une définition plus récente est la suivante (Wikipédia) : «  la religion est un socle de convictions sur lesquels se fonde une cohérence sociale et définit des champs de comportements qui sont acceptables ou non dans une société. »</p>
<p> Dès lors, on sent bien l’utilité d’une religion, qui selon le sociologue Max Weber, est un « besoin social ».</p>
<p> <strong>b/ Importance d’une religion dans la vie sociale</strong></p>
<p><strong> </strong>L’histoire montre l’importance des religions. L’Antiquité montre que toutes les sociétés avaient un fondement religieux. Mieux, elle montre que l’athéisme correspond souvent à des élites et des périodes de décadence comme en Grèce hellénistique ou dans la Rome d’avant le christianisme. Si l’on examine la chrétienté, on voit la morale, l’art, le droit dériver de la religion. Les universités en Europe sont des créations de l’Eglise. Par contre, la technique, la science ont une autre origine. Mais c’est la chrétienté qui nous a transmis le legs de la civilisation gréco-romaine. Aux Etats-Unis, Tocqueville a montré que la religion jouait un rôle énorme dans la cohésion sociale.</p>
<p> Il y a aussi des relations entre la religion et la démographie. La religion est favorable à la famille et aux enfants. Elle favorise le cerveau affectif contre les empiètements des cerveaux instinctif et rationnel. Cela donne de la cohérence à la personnalité. La religion est fondée surtout sur les besoins du cerveau affectif, besoins qui sont doubles, besoin de combattre et besoin d’agir pour l’amour d’autrui. Dans les églises baroques, on voit souvent su un mur des scènes de charité et sur l’autre des scènes de combat. Ainsi, dans l’Asamkirche de Munich, il y a sur le mur de droite deux scènes de charité : le Christ lavant les pieds d’un vieillard et la vierge Marie berçant l’enfant Jésus. Sur le mur de gauche, il y a deux scènes de combat : Jésus chassant les marchands du Temple et l’archange saint Michel tuant un dragon représentant le mal. Il y a équilibre en la dimension combattante et la dimension charitable. A bien des égards, l’Eglise moderne a perdu la dimension combattante : elle est devenue hémiplégique ! Elle ne peut plus jouer alors pleinement le rôle social qui lui revient : lutter contre le mal et pas seulement administrer la charité, domaine où l’Etat cherche d’ailleurs à la concurrencer maladroitement (bureaucratiquement).</p>
<p> Le rôle de la religion est le rôle de toute tradition, et il est essentiel. Le prix Nobel Friedrich von Hayek a montré le rôle bénéfique des traditions dans le développement d’une civilisation. Ces traditions n’apparaissent pas nécessairement rationnelles à l’individu mais les sociétés qui les suivent prospèrent plus que les autres. C’est l’expérimentation et non la pensée a priori qui édifie des civilisations viables.</p>
<p> <strong>c/ Pourquoi cette religion là ?</strong></p>
<p><strong> </strong>C’est un peu comme si on se posait la question : pourquoi parler la langue française ?  Tout le monde trouve normal qu’en France on apprenne la grammaire et le vocabulaire français à l’école. C’est, si l’on veut, un choix arbitraire mais sans cela la société française ne pourrait plus fonctionner. Et pourtant, on n’apprend plus la grammaire et le vocabulaire de la tradition religieuse de notre pays. On croit avoir fait là un progrès. Et si ce n’était pas une perte d’héritage ? On n’apprend pas tout ce que le christianisme a apporté en termes de civilisation, et qui est considérable, qu’on ait la foi ou non. On n’apprend pas l’essence du christianisme qui contrairement à une vulgate courante, n’est pas une religion du livre mais une religion du Dieu qui s’incarne, donc une religion existentielle.</p>
<p> Il y a une coïncidence troublante entre ce que l’on pourrait appeler le quadriparti divin et les quatre causes d’Aristote et le sens de la vie. Dans les Eglises baroques, on voit très souvent des fresques représentant « le couronnement de Marie ». Elles représentent le père et le fils qui couronnent la vierge Marie avec la colombe du saint esprit au dessus. Cela correspond aux quatre causes d’Aristote. La Vierge est le socle maternel, l’héritage qui nous accompagne à la naissance (cause matérielle). La colombe est la cause formelle, la mission qui nous est donnée à partir d’un héritage. Le père symbolise la création et le fils le sacrifice. Création et sacrifice permettent de créer une œuvre (la couronne posée sur la tête de Marie). L’œuvre vient enrichir l’héritage.</p>
<p> Le christianisme correspond à ce que les historiens appellent « une religion savante ». Il incorpore dans ses dogmes l’essentiel de la sagesse qui nous vient de l’antiquité qui a été décrit dans les fresques de Raphaël dans la chambre de la signature au palais du Vatican. C’est pourquoi arracher les racines chrétiennes est périlleux du point de vue de la civilisation indépendamment de la question de la foi individuelle.</p>
<p> On n’apprend pas tout ce que le christianisme a apporté sur le plan de la civilisation à l’Occident et à l’humanité. Les universités sont nées de décisions du pape où des rois en liaison avec lui. La religion orthodoxe par contre n’a pas secrété d’universités au sens occidental. C’est le tsar Pierre le Grand qui a introduit cette institution en Russie.</p>
<p> On n’apprend pas grand-chose sur l’origine du christianisme. Si celui-ci est anecdotiquement d’origine juive, au sens des événements historiques, son origine au sens de l’histoire de l’être peut se trouver dans Platon. Le christianisme a repris l’essentiel de la philosophie platonicienne qui avait influencé certains cercles juifs (Philon d’Alexandrie). Les pères de l’Eglise ont estimé que la philosophie grecque était inspirée par Dieu pour préparer la réception de l’enseignement du Christ. Lorsque le personnage d’Antigone, imaginé par Sophocle dit à Créon, « je ne suis pas sur terre pour partager la haine mais pour partager l’amour », on n’est pas loin du message chrétien. Saint-Augustin comme Pascal ont considéré que Platon « préparait » le mieux au christianisme. C’était aussi l’avis de Nietzsche : « le christianisme est un platonisme pour le peuple » écrivait-il. Si le christianisme a dominé l’Occident, c’est parce qu’il était devenu une partie essentielle de la civilisation de l’empire romain.</p>
<p> Nier les racines chrétiennes et nier les racines de l’antiquité gréco romaine ne peut conduire qu’à une perte d’identité, à un oubli de l’être, lequel est justement développé par le « Gestell », le système de mobilisation des choses et des hommes à des fins purement utilitaires et matérielles.</p>
<p> <strong>d/ Le succès de la critique du christianisme en Occident</strong></p>
<p><strong> </strong>Ce succès est aujourd’hui indéniable et il est lié au triomphe du Gestell où l’homme n’est plus qu’une matière première, avec deux dimensions principales. C’est d’abord celle de l’Erlebnis (le loisir vécu) où domine le cerveau reptilien : c’est la société de consommation. La deuxième dimension est celle du travailleur qui n’est plus que cela mu par la volonté de puissance pour la puissance : c’est le cerveau calculateur qui règne dans cette deuxième dimension.</p>
<p> La critique du christianisme réussit parce qu’elle coalise les forces du cerveau reptilien et du cerveau rationnel. Le cerveau affectif, limbique est pris en tenaille. La raison sert les instincts qui veulent se libérer de toute contrainte sociale. L’homme calculateur peut aussi se servir du calcul à des fins criminelles s’il est dénué d’affectivité humaine (affectivité propre à notre cerveau « mammifère »). C’est le cerveau affectif qui est le règne du surmoi comme dirait Freud, c’est-à-dire des normes morales.</p>
<p> Dans le monde moderne dominé par l’oligarchie du Gestell, le cerveau affectif (limbique) est atrophié. C’est pourquoi la délinquance et la violence prennent de l’ampleur car le cerveau reptilien n’est plus suffisamment tenu en bride. Mais ce qui est pire est que le troisième cerveau calculateur est mobilisé au service du cerveau reptilien et il utilise ses ressources à détruire la morale et les traditions affectives. Le marquis de Sade est un bon exemple de cette démarche qui dérive des Lumières (utilisation de la raison pour détruire les traditions, ce qui aboutit à libérer le reptile qui est en nous.</p>
<p> De plus, notre cerveau affectif ne disparaît certes pas mais il est atteint d’une sorte d’hémiplégie. Le cerveau affectif était considéré par Platon comme irascible et pas seulement charitable. Or, dans son interprétation moderne, le christianisme est devenu hémiplégique (« sentimental » écrit le philosophe Arnold Gehlen). En effet, le cœur du christianisme est un message affectif plus que rationnel. Ce message conduit sur deux pentes : celle de la charité et celle de la lutte contre le mal (Saint George terrassant le dragon). Le christianisme, lorsqu’il est sain, a donc une composante guerrière, ce qui est nié à tort aujourd’hui. Cette composante n’est pas la même qu’en islam mais elle existe néanmoins. Ce n’est pas en vain que le Christ affirme : « je ne suis pas venu apporter la paix mais l’épée » ou encore « je ne suis pas venu apporter la paix mais la division ».</p>
<p> Dans les fresques baroques, on retrouve cette double vocation, charitable et guerrière, du christianisme. Dans l’Asamkirche à Munich un mur est consacré à représenter l’œuvre de charité : on y voit Marie bercer l’enfant Jésus et le Christ laver les pieds d’un vieillard. Mais sur le mur d’en face, on voit le Christ chasser à coups de fouets les marchands du Temple et on voit la Trinité ordonner à un archange de mettre à mort un dragon. Les circonstances historiques du 20<sup>ème</sup> siècle ont fait que la dimension guerrière, par ses excès (pratiqués principalement par des régimes athées) a été discréditée. Il ne reste plus que la charité, qui réduite à elle seule, produit une religion « gnan gnan » sans colonne vertébrale. D’une source d’énergie, comme au moyen âge, la religion devient alors une source d’affaiblissement et elle n’oppose qu’une faible résistance au « Gestell » qu’elle ne comprend pas (à part quelques rares prêtres ou théologiens).</p>
<p> <strong>e/ Gestell et tradition religieuse</strong></p>
<p><strong> </strong>A notre avis, la tradition religieuse est un élément utile de résistance au Gestell (Heidegger a sans doute voulu dire cela en déclarant au Spiegel cette phrase énigmatique : seul un Dieu peut nous sauver !) Elle rétablit la cause finale dans son droit (la référence à Dieu empêche l’idolâtrie de l’ego) ainsi que la cause motrice (l’homme que le monde moderne réduit à être un animal calculateur). Elle encourage la méditation qui est l’autre forme de la pensée qui équilibre la seule pensée calculatrice et scientifique (la pensée scientifique est du point de vue métaphysique essentiellement calculatrice : Max Planck a déclaré : est réel ce qui est calculable). Or ce qui fait l’essence de l’homme est sa pensée méditante : l’homme contrairement à l’animal s’interroge sur le sens de sa vie, peut se demander pourquoi le monde existe, autrement dit prend du recul (le « Schritt zurück » de Heidegger). Deux textes de Heidegger dans « Essais et conférences » sont éclairants sur ce point : le texte « science et méditation » et le texte « l’homme habite en poète ».</p>
<p> Dans le premier, il explique que la science est devenue la philosophie de beaucoup de nos contemporains. Or, explique-t-il, « la science ne pense pas » : il veut dire par là que la science relève de la pensée calculatrice et non de la pensée méditante. Selon lui, la physique ne peut rien nous dire sur l’essence de la physique car elle ne parle que le langage de la physique. La science ne donne pas de sens à la vie et telle n’est pas son objet. C’est la pensée méditante qui peut questionner pour approcher un tel sens. L’homme du Gestell est aliéné au Gestell car il n’est plus capable de poser les questions qui donnent du sens à l’existence. Il vit « le nez dans le guidon » attaché à dominer son monde extérieur par des calculs utilitaires et afin de servir des idoles dont il ne comprend pas que ce sont des idoles : la technique, l’argent, la masse et surtout l’ego. L’homme du Gestell est tout étonné quand des phénomènes comme Al Qaida se produisent car il est incapable de méditer sur le sens de sa vie et reste rivé au matérialisme utilitaire. Pour Heidegger, la pensée méditante et la poésie (poésie chargée de sens, si j’ose dire, pas purement ornementale, comme l’Iliade ou les Evangiles) peuvent permettre à l’homme d’échapper à la servitude face au Gestell. La pensée permet d’ouvrir la conscience au sacré, ce qui est indispensable à la vie sociale et à la liberté elle-même, car la liberté sans aucune considération du sacré peut déboucher facilement sur le crime. C’est le sacré qui met des bornes à la liberté, fut-ce un sacré « laïc ». Mon père était agnostique et officier de marine. Pour lui, la patrie était « sacrée ». Si ce n’avait pas été le cas, aurait-il pu assumer au mieux sa vocation ? On peut en douter.</p>
<p> De même, la pensée ouvre la question de l’identité, or l’identité est plus importante que l’égalité. Le monde moderne du Gestell ne s’intéresse ni au sacré ni à l’identité. Car le sacré élimine le calcul utilitaire. Quant à l’identité, elle s’oppose à l’interchangeabilité des hommes recherchée par le Gestell pour faire de celui-ci une matière première docile au système. C’est pourquoi le Gestell met en avant la liberté et l’égalité (qui sont d’ailleurs souvent contradictoires) et est conduit à éliminer le sacré et l’identité. Des institutions comme la nation ou la religion sont alors considérées comme néfastes.</p>
<p> Dans « l’homme habite sur cette terre en poète » Heidegger développe cette question de l’identité et de l’égalité. « l’identité rassemble les différences dans l’unité originelle alors que l’égalité disperse dans l’unité fade de l’uniformité » écrit-il. Son texte est un commentaire d’une poésie de Hölderlin. La poésie dit ceci :</p>
<p> « Alors que la vie est dure, un homme a-t-il le droit de regarder vers le haut et de dire : voudrais-je être ainsi ? Oui. Aussi longtemps que la bienveillance habite son cœur, l’homme peut se mesurer avec bonheur à la divinité. Dieu est-il inconnu ? Ou se révèle-t-il comme le ciel ? C’est plutôt ce que je crois. Dieu est la mesure de l’homme. Plein de mérite, l’homme habite cependant sur cette terre en poète. L’ombre de la nuit, avec ses étoiles, n’est pas plus pure dès lors que je puis dire que l’homme est une image de la divinité. Ya-t-il une mesure sur la terre ? Il n’y en a pas ».</p>
<p> Ce texte renoue avec Platon contre Protagoras. Ce dernier disait : l’homme est mesure de toutes choses. Platon rétorquait : la divinité est mesure de toutes choses. La première thèse nous a donné au XXème siècle le stalinisme et l’hitlérisme. Mais elle nous donne aussi la société du Gestell ou toute croyance est étouffée dans la sphère intérieure de l’individu au profit du calcul utilitaire.</p>
<p> L’homme habite « en poète » lorsqu’il habite sur la terre et sous le ciel et qu’il mesure l’entre deux. Cela veut dire qu’il a un idéal qui lui permet d’avoir une existence et pas seulement une vie (animale). Avant la première guerre mondiale, la majorité de nos concitoyens avaient un tel idéal, laïc à gauche et catholique à droite, mais servant les mêmes valeurs morales autour du culte de la patrie. Puis le marxisme a envahi la gauche et l’a rendu matérialiste. A droite, le retrait du religieux a débouché aussi sur un matérialisme relativiste se prétendant libéral. Notre société crève de ce matérialisme. Celui-ci explique notre crise démographique, notre crise de l’éducation et du civisme, notre crise morale et notre crise spirituelle. C’est pourquoi il est nécessaire de se poser la question : la tradition religieuse est-elle un des contrepoisons pour sortir du matérialisme du Gestell et de l’abaissement de l’homme au niveau de l’animal technicisé, qui en résulte ?</p>
<p> D’autres pays, sans mettre en cause la liberté religieuse, acceptent d’intégrer dans les normes sociales la dimension du christianisme : c’est le cas dans des pays aussi différents que l’Allemagne ou l’Angleterre. C’est le cas aussi à certains égards de l’Alsace et de la Lorraine en France. Cette intégration est facteur de cohésion sociale, croyons-nous. Les réponses peuvent varier : faut-il un concordat (Alsace) ? Faut-il une religion d’Etat officielle (Angleterre) ? Pour l’instant, en France, on n’ose pas poser ce genre de questions. C’est à tort car comme l’a écrit magnifiquement Heidegger : « le questionnement est la piété de la pensée »<a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftn1">[1]</a>.</p>
<p style="text-align: center;"> Yvan Blot</p>
<hr size="1" /><a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftnref1">[1]</a> Essais et conférences : la question de la technique. Paris Gallimard. En allemand : « das Fragen ist die Frömmigkeit des Denkens ». (in Heidegger, Vorträge und Aufsätze. Klett-Cotta ; Stuttgart 2009)</p>
<p>La piété est, par définition, venant du latin « piéta » un sentiment de respect et d’amour qui fait accomplir des devoirs. Elle a donc deux aspects, sentiment et vertu. En grec, elle correspond à « eusebia » (sentiment de respect et d’amour envers ce qui est sacré) et « osiotès » (vertu, discipline)</p>
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		<title>deux contrepoisons : la philosophie existentielle et l&#8217;enracinement national</title>
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		<pubDate>Tue, 22 Jun 2010 11:55:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yvan Blot</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans la précédente conférence, nous avons vu les forces de résistances sociologiques à l’oligarchie. Il s’agit à présent de voir quelles sont les armes idéologiques à la disposition de ces forces pour libérer le peuple de l’emprise du « Gestell ». Nous allons étudier quatre armes : la philosophie existentielle, l’idée de Nation, l’information expérimentale et la tradition [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">Dans la précédente conférence, nous avons vu les forces de résistances sociologiques à l’oligarchie. Il s’agit à présent de voir quelles sont les armes idéologiques à la disposition de ces forces pour libérer le peuple de l’emprise du « Gestell ». Nous allons étudier quatre armes : la philosophie existentielle, l’idée de Nation, l’information expérimentale et la tradition religieuse de l’Occident. Ces quatre armes correspondent aux quatre causes de la métaphysique d’Aristote : cause formelle, cause matérielle, cause motrice et cause finale.</p>
<p style="text-align: right;"><strong><span style="text-decoration: underline;">1/ La philosophie existentielle</span></strong></p>
<p style="text-align: right;">La philosophie existentielle a des précurseurs comme Saint Augustin ou Pascal. Mais elle s’est développée plus tardivement en réaction contre la philosophie des Lumières centrée sur les prétentions du « moi » et de la « raison » de fonder tout le savoir et toute l’action humaine. Ce sont ces prétentions qui ont conduit peu à peu au système du Gestell qui a réduit les hommes à devenir de simples matières premières du système techno-économique.</p>
<p style="text-align: right;"> En général, on considère que le fondateur des philosophies existentielles est le danois Kierkegaard. Kierkegaard prenait partie pour l’individu contre le déterminisme historique de Hegel. C’est le philosophe « anti-système » par excellence. On peut citer aussi Nietzsche, Heidegger et Patocka. Tous ces philosophes distinguent la vie authentique de l’homme libre de la vie inauthentique de l’homme asservi à un système. Ce sont des philosophes de la libération et du retour aux sources, autrement dit de l’enracinement. Nous allons nous en tenir au plus grand d’entre eux, à notre avis, Martin Heidegger.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;"><strong>Le Gestell</strong></p>
<p style="text-align: right;"> Heidegger a parfaitement identifié l’adversaire du peuple qui n’est pas un homme mais un système avec une gouvernance oligarchique, celle du Gestell.</p>
<p style="text-align: right;"> Notre monde actuel est caractérisé par la domination sur les hommes du « Gestell », terme utilisé par Heidegger pour désigner le système de mobilisation des hommes et des choses dans une perspective uniquement utilitaire. Ce système s’est développé exclusivement en Occident et s’est ensuite étendu au monde tout entier mais c’est l’Occident qui lui est le plus soumis, en l’absence de traditions contraires dues à des cultures différentes.</p>
<p style="text-align: right;"> Que devient l’homme dans le système du Gestell ?</p>
<p style="text-align: right;"> L’homme voit niée son essence qui consiste en l’ouverture à l’être, exprimée par la méditation sur le sens de la vie. L’homme du Gestell ne médite plus, il ne fait plus que calculer. Il vit « le nez dans le guidon » en se consacrant exclusivement à des tâches de production et de consommation. Son cerveau rationnel est voué au calcul et son cerveau reptilien est voué à l’Erlebnis, c’est-à-dire la satisfaction instinctive vécue dans l’instant. Il n’est plus qu’une « bête calculatrice », décrite par Ernst Jünger comme « le travailleur ». Il travaille « bêtement ». Il est étranger à la « Stimmung » la tonalité fondamentale affective qui baigne l’existence humaine douée de sens. Autrement dit, l’homme est menacé de perdre son humanité même. Il est pour le Gestell la plus importante des matières premières.</p>
<p style="text-align: right;">Que deviennent les libertés ?</p>
<p style="text-align: right;">Pour être une parfaite matière première, il est nécessaire que les hommes soient égalisés, interchangeables. Cet objectif inhumain n’est jamais présenté comme tel mais est paré des belles apparences de la lutte pour l’égalité et contre les discriminations. Cette lutte conduit directement à la réduction des libertés. Le Gestell tue ce qui reste de liberté humaine. Ce fut évident sous les formes totalitaires du communisme et du fascisme. Mais de façon plus insidieuse, on arrive métaphysiquement au même résultat dans les sociétés occidentales actuelles prétendument libérales. Le système utilise l’égalitarisme pour tuer la liberté.</p>
<p style="text-align: right;">Que devient la démocratie ?</p>
<p style="text-align: right;"> Dans le système du Gestell, la démocratie est vidée de son sens au profit de la « gouvernance oligarchique ». Cette gouvernance s’attache à faire en sorte que l’homme soit soumis aux quatre idoles que sont la technique, l’argent, la masse et l’ego qui assurent la permanence de la domination du Gestell.<strong></strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: right;">Que devient l’égalité ?</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">L’égalité devant la loi est remise en cause par la volonté de nivellement qui passe entre autres par les politiques dites de discrimination positive. Le mérite individuel est mis en parenthèse.</p>
<p style="text-align: right;"> Que devient la nation ?</p>
<p style="text-align: right;"> La nation est niée car elle est un élément de différenciation par les racines qui gêne l’objectif de réduire les hommes à l’état de matières premières interchangeables pour l’économie.</p>
<p style="text-align: right;"> Que devient la propriété ?</p>
<p style="text-align: right;"> La propriété est aussi un élément d’enracinement et de différenciation et gêne donc l’objectif d’uniformisation des hommes dans la masse. En pratique, la propriété authentique est remise en cause par des formes de pseudo propriétés comme celles des sociétés anonymes (le mot est révélateur) où le pouvoir est dans les mains de salariés managers qui ne recherchent que des buts de profit à très court terme. C’est le règne du « court-termisme » !</p>
<p style="text-align: right;"> Que devient la paix ?</p>
<p style="text-align: right;"> La paix a perdu son sens depuis que la guerre a été mise hors la loi. Car le mot paix n’a plus de sens si le mot de guerre perd le sien. C’est comme le jour qui n’a de sens que par rapport à la nuit ! (Héraclite). En pratique, la guerre se développe autour des objectifs du Gestell : pour le contrôle des ressources pétrolières au Moyen Orient par exemple !  Mais le discours de l’oligarchie qui gère le Gestell masque toujours la réalité au nom de « valeurs » mises en avant à des fins de manipulation. On ne dira jamais que l’on fait la guerre pour contrôler des sources d’énergie mais pour « défendre les valeurs de la démocratie » démocratie niée par ailleurs par le système de « gouvernance » oligarchique dont la commission de Bruxelles est un bon exemple.</p>
<p style="text-align: right;">Que devient la sécurité ?</p>
<p style="text-align: right;"> Les migrations organisées par la logique du Gestell (il faut que les matières premières humaines soient totalement mobiles au moindre coût !) créent des situations de déracinement qui secrètent la délinquance et l’insécurité. Le Gestell par nature laisse prospérer le crime lorsqu’il correspond à une logique de profit à court terme comme c’est le cas avec le trafic de drogue. La morale de l’Erlebnis (plaisir instantané satisfaisant le cerveau reptilien) favorise le comportement délinquant infantile (déresponsabilisation). La morale du calcul fonctionnel comme formule de la volonté de puissance pour la puissance aboutit à la perte du sens moral fondé sur la tonalité affective. L’affectivité est un obstacle au tout calcul et au tout instinct. Dans ce contexte de déshumanisation, l’insécurité se développe partout où le Gestell est la force dominante.</p>
<p style="text-align: right;"> Que devient la famille ?</p>
<p style="text-align: right;"> La famille est un élément d’enracinement et une institution fondée sur l’affectivité donc elle a une essence contradictoire avec celle du Gestell. Ce dernier va donc la détruire sans le dire en mobilisant les forces du cerveau reptilien (soit disant liberté sexuelle) et du cerveau calculateur (l’ego au-dessus de tout). Cela entraine la chute démographique de l’Occident donc l’auto destruction du système lui-même à moyenne échéance.</p>
<p style="text-align: right;">Le Gestell débouche donc sur l’inhumain. Il l’a montré avec les deux dernières guerres mondiales et avec les systèmes totalitaires. Mais le Gestell a survécu à la chute de ces derniers systèmes. Mais il n’est pas possible de construire durablement sur de l’inhumain comme les crises financières, démographiques ou autres le montrent. Le Gestell contient donc une contradiction interne qui peut permettre à l’homme de s’en libérer. Cette libération ne peut se faire que dans des crises douloureuses comme Heidegger l’a annoncé. Alors, les citoyens prennent conscience du danger contenu dans le Gestell. C’est pour l’oligarchie le « populisme ». Ce mouvement ramène l’homme à son essence au sein du quadriparti (racines, idéaux, personne humaine, retour du sacré). Tout ce qui va dans ces quatre directions contribue à libérer l’homme de la tyrannie du Gestell.</p>
<p style="text-align: right;"> Mais Heidegger ne pense pas que la victoire de l’identité humaine sur le Gestell se fera sans heurts. La prise de conscience permettant de sortir du Gestell ne peut se faire que par des crises et des souffrances.</p>
<p style="text-align: right;"> Dans le chapitre « dépassement de la métaphysique » d’Essais et Conférences<a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftn1">[1]</a>, Heidegger écrit : « le déclin s’accomplit à la fois par l’effondrement du monde marqué par la métaphysique et par la dévastation de la terre, résultat de la métaphysique<a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftn2">[2]</a>. Effondrement et dévastation trouvent l’accomplissement qui leur convient, en ceci que l’homme de la métaphysique, l’animal calculateur s’installe comme bête de travail. Cette installation confirme l’extrême aveuglement de l’homme touchant l’oubli de l’être. Mais l’homme veut être lui-même le volontaire de la volonté de volonté, pour lequel toute vérité se transforme en l’erreur même dont il a besoin, afin qu’il puisse être sûr de se faire illusion. Il s’agit pour lui de ne pas voir que la volonté de volonté ne peut rien vouloir d’autre que la nullité du néant, en face de laquelle il s’affirme sans pouvoir connaître sa propre et complète nullité.</p>
<p style="text-align: right;"> Avant que l’être puisse se montrer dans sa vérité primordiale, il faut que l’être comme volonté soit brisé, que le monde soit renversé, la terre livrée à la dévastation et l’homme contraint à ce qui n’est que travail. C’est seulement après ce déclin que devient sensible la durée abrupte du commencement. Dans le déclin, tout prend fin. Tout c’est-à-dire l’étant dans l’horizon entier de la vérité de la métaphysique. Le déclin s’est déjà produit. Les suites de cet événement sont les grands faits de l’histoire mondiale qui ont marqué ce siècle.</p>
<p style="text-align: right;"> La vérité cachée de l’être se refuse aux hommes de la métaphysique. La bête de travail est abandonnée au vertige de ses fabrications, afin qu’elle se déchire elle-même, qu’elle se détruise et qu’elle tombe dans la nullité du néant ».</p>
<p style="text-align: right;"> <strong>Le Geviert</strong></p>
<p style="text-align: right;"> Quelle est la politique qui serait celle d’un monde libéré du Gestell ? Une politique qui permette à l’homme d’habiter dans le « Geviert », le quadriparti. En effet, pour Heidegger, l’homme n’est pas dissociable de l’être et de son environnement. L’homme fidèle à son essence est inséré dans le « Geviert » dont les quatre pôles sont la terre, le ciel, la Divinité et les hommes. L’homme, pour Heidegger, est en habitant sur la terre, sous le ciel, face à Dieu et parmi les autres hommes.</p>
<p style="text-align: right;">La terre, ce sont ses racines, famille, lignée, patrie. Il est « jeté » à sa naissance dans le monde et bénéficie d’un héritage terrestre envers lequel il est endetté, qu’il l’admette ou non.</p>
<p style="text-align: right;"> Le ciel correspond au déroulement du temps dans lequel l’homme formule un projet à partir de ses racines.</p>
<p style="text-align: right;"> Le Dieu face auquel l’homme se mesure donne le sens final de sa vie.</p>
<p style="text-align: right;"> Les hommes sont les mortels avec lesquels il vit de façon responsable. Tout ceci forme un monde sans lequel l’homme est déshumanisé. La politique de l’homme qui retrouve son essence humaine consiste à « ménager » le Geviert, à le respecter. Cela suppose de faire une place à ce qui ne se calcule pas : l’héroïsme, la générosité, l’amour du don de l’être, toutes sortes de valeurs cultivées autrefois par le clergé et l’aristocratie, mais aussi par le petit peuple, mais qui ont été reniées par les fonctionnaires bourgeois du Gestell. C’est là la part de vérité de Marx lorsqu’il écrit : « la grande bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, l’enthousiasme chevaleresque et la sentimentalité petite bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste ».</p>
<p style="text-align: right;"> L’habitation dans le Geviert suppose la relativisation des quatre idoles du Gestell qui sont la technique, l’argent, la masse et l’ego au profit des racines chaleureuses, des idéaux gratuits, de la personnalité et du Sacré divin. Le ménagement du Geviert doit être conduit selon Heidegger par des personnalités dont la vocation est celle du don : le prêtre, le soldat qui est aussi homme d’Etat, le penseur et le poète.</p>
<p style="text-align: right;"> <strong><span style="text-decoration: underline;">2/ les institutions d’enracinement : Famille, lignée,</span></strong><span style="text-decoration: underline;"> <strong>patrie, nation</strong></span></p>
<p style="text-align: right;"> <strong>a/ La nation, socle sur lequel l’homme vient habiter.</strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong> </strong>Je dis bien l’homme, pas l’animal. L’animal ne connaît pas la nation. L’absence de conscience nationale est de ce point de vue une régression historique, voire anthropologique. L’animal calculateur du Gestell (pompeusement appelé rationnel) ignore aussi la nation. Il n’est en effet qu’une matière première pour la production (calcul) et pour la consommation (satisfaction des instincts). Ce n’est pas étonnant car le Gestell déshumanise l’homme </p>
<p style="text-align: right;">Qu’est-ce que la Nation ? A notre avis, la notion est dérivée de la « polis » grecque. Selon Michel Haar <a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftn3">[3]</a> , « la polis est la place essentielle de l’homme grec, l’espace où il vient à lui-même, à son histoire (..) c’est à l’intérieur de la polis que l’art, la techné, de même que la relation aux dieux, dans les œuvres, le culte, les liturgies théâtrales et les sacrifices prennent sens et trouvent place ». Aristote a pu dire que l’homme est « zoon politikon » ce qui ne veut pas dire que l’homme est politique mais qu’il est un vivant habitant une cité nation. C’est une erreur de dire de la polis qu’elle est cité état. Son essence est, comme le montre Thucydide dans la « Guerre du Péloponnèse » dans les hommes et dans les dieux. Son essence n’est pas dans le sol ni dans les lois qui définissent l’Etat. Quand Athènes change de régime politique et donc de lois, et ce fut fréquent, elle reste Athènes. Thémistocle demande au peuple d’embarquer sur les bateaux et de laisser les Perses occuper la ville. Car Athènes est là où il y a des Athéniens.</p>
<p style="text-align: right;"> A présent, c’est l’inverse, La France serait là où il y a l sol et les lois ; on se désintéresse des hommes et de la divinité. C’est le matérialisme du Gestell : avec un sol et des lois, on peut obtenir des résultats économiques. Par contre, les dieux sont inutiles et les hommes interchangeables. On peut dire que l’article de notre constitution qui dit que la souveraineté est dans la nation est caduc. La souveraineté a été transférée à des normes fixées par l’oligarchie sur le sol français. Le peuple ne la maîtrise plus.</p>
<p style="text-align: right;"> Notre conception de la nation est un produit de l’histoire, de notre histoire issue des Grecs et des romains et remaniée au fil du temps. Dire que la nation date de la révolution et n’existait pas sous Jeanne d’Arc est une aberration. </p>
<p style="text-align: right;"> Mais alors, si la nation est un contrepoison à l’idéologie du Gestell, qu’est-elle donc ? Pour répondre à cette question, il faut la mettre en relation avec deux événements clés qui font la vie humaine dans son essence, la vie et la mort.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>b/ Naissance et mort</strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong> </strong>1/ Il y a comme le suggère l’étymologie, tout d’abord, un lien entre naissance et nation. La nation se compose des personnes issues par filiation des mêmes familles. C’est le droit du sang et non du sol qui est déterminant. De même, la patrie est la terre des pères. Il y a indiscutablement une connexion entre l’idée de famille et l’idée de nation. La nation est un ensemble de familles, voir de tribus. C’est la famille qui permet à la nation de survivre dans le temps. La famille dans le temps s’appelle la lignée. La cause finale de la famille est la reproduction. Le mariage n’est que la cause formelle, l’amour la cause motrice et la sexualité la cause matérielle, pour utiliser les catégories d’Aristote.</p>
<p style="text-align: right;"> 2/ Le lien entre la mort et la nation.</p>
<p style="text-align: right;"> Pas de nation sans naissances donc sans familles. Pas de nation non plus sans un rapport particulier avec la mort. Pour Heidegger, l’homme est d’abord un mortel et non un animal calculateur (animal « raisonnable » n’est qu’un embellissement rhétorique pour animal calculateur). L’animal ignore qu’il mourra un jour : il ne meurt pas, il périt ! Seul l’homme peut mourir y compris volontairement. Dans le Christianisme, le Dieu meurt : c’est en cela qu’il s’est vraiment fait homme ! L’armée est une institution sacrée car elle gère la mort. C’est pourquoi il y a des monuments aux morts pour raviver le souvenir de ceux qui sont morts pour la nation. Le soldat est d’abord celui qui donne sa vie, qui offre son sang à la nation. Il n’est rien de plus haut que d’offrir sa vie pour défendre ce que l’on aime.</p>
<p style="text-align: right;">Par la mort, le soldat sauve la nation. Par la naissance, la famille sauve la nation. Ces deux institutions sont pour cela sacrées, et non un simple « contrat ». Dans le Gestell, la famille est un simple contrat utilitaire, quasi commercial, et le soldat est un contractuel mercenaire. Le mercenaire peut être un étranger, non le véritable soldat, comme on le voit avec l’utilisation généralisée des mercenaires par l’armée américaine en Irak.</p>
<p style="text-align: right;"> C’est tout le problème de « la guerre à l’américaine » : on cherche le maximum de rendement et la notion d’honneur est évacuée comme archaïque car non purement utilitaire. Cela donne notamment le bombardement indistinct des civils et des militaires par l’aviation. Auschwitz et le Goulag furent des choses abominables mais ont été instrumentalisés pour faire oublier Hiroshima et Dresde : des bombardements massifs de villes peuplées essentiellement de vieillards, de femmes et d’enfants, non de soldats. Les crimes sont les mêmes (assassinat de civils désarmés) mais l’idéologie veut exempter les anglo-américains. De plus, dans le Gestell, tous les hommes sont interchangeables. La distinction soldat/ civil est effacée au même titre que la distinction national/ étranger ! Après tout, pour le Gestell, les civils comme matière premières participent aussi à l’effort de guerre, dans les usines par exemple, et on peut donc les tuer pour des raisons fonctionnelles.</p>
<p style="text-align: right;">3/ L’habitation dans la nation.</p>
<p style="text-align: right;">Heidegger insiste sur le fait que l’homme n’est pas séparable du monde qui l’entoure et qui le pénètre. Il y a co appartenance entre le monde et l’homme à travers l’être. Etre, c’est habiter. Or, l’homme habite dans la nation qui établit un lien communautaire entre l’individu et le collectif. Ce lien est affectif, comme l’a montré le sociologue Tönnies. C’est pourquoi le Gestell s’acharne à détruire ce lien, soit en le relativisant (société multiculturelle) soit en l’asséchant (tout réduire au marché et à l’échange utilitaire, élimination du don). On ne veut dans le système du Gestell n’avoir à faire qu’à des masses et des egos, ni nations, ni personnes humaines véritables.</p>
<p style="text-align: right;"> Michel Haar décrit bien cette situation : « le règne des masses fait partie du gigantesque, c’est-à-dire de ce par quoi le quantitatif devient une qualité propre. Il ne faut pas comprendre ce règne seulement comme un phénomène social, démographique ou politique, bien que le collectivisme ou l’américanisme en soient les manifestations les plus frappantes. La massification suppose une mutation logique du sujet qui prélude à son effacement. Le citoyen (national) d’autrefois est maintenant réprimé et embrigadé dans le Nous qui par l’intermédiaire des moyens d’information de masse normalise et standardise toutes les possibilités de décisions économiques et politiques. (..) L’homme ne subsiste plus que comme un matériau exploitable et manipulable aux seules fins de la conservation et de l’accroissement de tels ensembles</p>
<p style="text-align: right;">Désormais installé sur toute la planète (..) où les conditions d’existence tendent hâtivement à s’uniformiser, l’homme habite-t-il encore quelque part ? Le « où » de son habitation semble anéanti. L’habitation est l’incarnation dans un lieu d’une relation spécifique à l’ensemble du monde. Habiter, c’est être, et être, c’est habiter. C’est pourquoi l’oubli de l’être est aussi l’oubli de l’habitation. (..) se déplaçant de plus en plus souvent et de plus en plus rapidement, l’homme tend à perdre ses attaches avec un lieu familier rassemblant son être et dont son être dépend, lieu natal ou lieu d’élection. Pourtant, ce n’est pas la planétarisation qui menace ou détruit le lieu familier, c’est inversement l’absence de terre familière (Heimatlosigkeit : absence de patrie) à demi avouée, à demi niée, de l’homme relativement à son essence est compensée par la conquête organisée de la terre (..) La Heimatlosigkeit (absence de patrie) a donc une double signification ; c’est le manque d’enracinement de l’existence et des œuvres dans une terre particulière (les productions de la culture se standardisent et s’universalisent toujours davantage dans le mauvais sens) ; c’est plus profondément une perte de familiarité de l’homme avec lui-même (..) La subjectivité ne lui assure plus de point d’appuis ou d’assisse.  Il se voit contraint de fuir le vide de son identité métaphysique par le pur accroissement quantitatif de puissance. (..) Mais l’homme techniquement aliéné ne peut pas sortir de son aliénation par une prise de conscience : celle-ci lui est interdite. L’errance constitue un esclavage plus radical que toute aliénation ».</p>
<p style="text-align: right;">C’est pourquoi il faut que l’homme moderne subisse la crise de façon douloureuse pour pouvoir prendre conscience des conditions du salut. Ces conditions sont pour Heidegger le détachement à l’égard des choses (Gelassenheit) et l’ouverture au mystère de notre existence qui le conduiront à penser, c’est-à-dire à questionner, et donc à remettre en cause le Gestell.</p>
<p style="text-align: right;"> On se trouve donc, selon Heidegger, en présence de deux types d’hommes, l’animal calculateur et le « mortel » ! Le premier est destructeur de la nation : elle empêche en effet de rendre les hommes totalement interchangeables en tant que matières premières. Le mortel au contraire trouve un sens à sa vie car la possibilité de la mort accroît sa valeur, et même un sens à sa mort comme c’est le cas d’un héros.</p>
<p style="text-align: right;">Par contre, en détruisant la nation, le Gestell ramène l’homme au calcul et à l’animalité. Le calcul fait-il la supériorité de l’homme sur l’animal ? Toute notre tradition civilisatrice le nie : le martyr chrétien ou le héros guerrier qui peuvent parfois fusionner comme chez Jeanne d’Arc, ne calculent pas dans un but utilitaire pour donner un sens à leur vie !</p>
<p style="text-align: right;">Les composants de la nation sont multiples : Dans le cas de la France, selon le général De Gaulle, il y a la race blanche (dans sa majorité), la langue latine, la culture d’origine gréco-romaine et la religion chrétienne. Par contre, ni l’argent, ni la technique, ni la science, ni même le droit ne font la nation (en supprimant le droit de propriété, les communistes ont mutilé les hommes mais ils n’ont pas fait disparaître la Russie. Par contre, si vous enlevez un des quatre critères de De Gaulle, la France ne serait plus la France !</p>
<p style="text-align: right;">4/ Le ménagement (schonen) de la nation</p>
<p style="text-align: right;">Heidegger explique dans son extraordinaire livre « Essais et conférences » ou « Recueillement » ce qu’est le ménagement du quadriparti.<a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: right;"> Le quadriparti est constitué de la terre, du ciel, de la divinité et des hommes. Ménager le quadriparti consiste à « sauver la terre », à sauver les racines au lieu de les exploiter jusqu’à épuisement. Ménager le quadriparti, c’est accueillir le ciel comme ciel, donc respecter le déroulement du temps, le murissement des choses, ne pas faire de révolution. Ménager le quadriparti, c’est attendre le Divin comme tel et ne pas tomber dans l’adoration des idoles, dans la superstition. Enfin, ménager le quadriparti, c’est conduire les mortels en dehors de la futilité et de la dispersion afin qu’ils existent conformément à leur être propre. Ce quadruple ménagement est ce que Heidegger appelle pratiquer l’habitation. Ménager la nation correspond surtout au premier volet de ce programme, à savoir sauver la terre et les racines d’une exploitation dévastatrice.</p>
<p style="text-align: right;">Ménager la nation, la respecter, est un moyen de lutter contre l’uniformisation et la déshumanisation du monde : cela suppose comme on l’a vu, de conserver le caractère sacré de la famille procréatrice et de l’armée, les deux institutions indispensables à la survie nationale car gérant la naissance et la mort.</p>
<p style="text-align: right;"> Cela suppose aussi d’inverser les priorités du Gestell qui règnent aujourd’hui :</p>
<p style="text-align: right;"> - mettre l’homme avant le sol.</p>
<p style="text-align: right;"> - mettre Dieu avant le droit. Car la liberté ne donne de bons fruits que si le sacré est respecté, par exemple, le caractère sacré de la vie humaine. La liberté sans aucun sens du Sacré mène vite au crime.</p>
<p style="text-align: right;"> - mettre l’identité (qui rassemble) avant l’égalité (qui disperse) comme le montre Heidegger dans Essais et Conférences : « l’homme habite en poète<a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftn5">[5]</a> » : « L’identité écarte tout empressement à résoudre les différences dans l’égal ; l’identité rassemble le différent dans une union originelle. L’égal au contraire disperse dans l’unité fade de l’un simplement uniforme »</p>
<p style="text-align: right;"> - mettre l’histoire avant l’instant. Exister au sein d’une nation suppose la connaissance de son histoire et sa prise en charge affective.</p>
<p style="text-align: right;"> Finalement, nous avons trouvé deux premiers contrepoisons à l’idéologie du Gestell, la philosophie existentielle et l’enracinement dans la nation. Il y a encore deux autres contrepoisons : l’un est politique (la démocratie directe), l’autre est religieux (restauration du Sacré) : ces deux derniers thèmes seront vus dans le prochain chapitre.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Yvan Blot</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<hr style="text-align: right;" size="1" />
<p style="text-align: right;"><a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftnref1">[1]</a> Essais et conférences, Gallimard, p.82</p>
<p style="text-align: right;"><a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftnref2">[2]</a> Dévastation pour Heidegger est plus que destruction. La destruction touche le passé. La dévastation, en outre, empêche un avenir de se construire : la dévastation est élimination de la mémoire donc de l’identité</p>
<p style="text-align: right;"><a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftnref3">[3]</a> Michel Haar, « Heidegger et l’essence de l’homme » Millon, 2002 p.221</p>
<p style="text-align: right;"><a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftnref4">[4]</a> Op.cit. p.178</p>
<p style="text-align: right;"><a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftnref5">[5]</a> Essais et conférences, Chapitre : « l’homme habite en poète » op.cit. p.23</p>
<p style="text-align: right;">Dans la précédente conférence, nous avons vu les forces de résistances sociologiques à l’oligarchie. Il s’agit à présent de voir quelles sont les armes idéologiques à la disposition de ces forces pour libérer le peuple de l’emprise du « Gestell ». Nous allons étudier quatre armes : la philosophie existentielle, l’idée de Nation, l’information expérimentale et la tradition religieuse de l’Occident. Ces quatre armes correspondent aux quatre causes de la métaphysique d’Aristote : cause formelle, cause matérielle, cause motrice et cause finale.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;"><strong><span style="text-decoration: underline;">1/ La philosophie existentielle</span></strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: right;">La philosophie existentielle a des précurseurs comme Saint Augustin ou Pascal. Mais elle s’est développée plus tardivement en réaction contre la philosophie des Lumières centrée sur les prétentions du « moi » et de la « raison » de fonder tout le savoir et toute l’action humaine. Ce sont ces prétentions qui ont conduit peu à peu au système du Gestell qui a réduit les hommes à devenir de simples matières premières du système techno-économique.</p>
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<p style="text-align: right;">En général, on considère que le fondateur des philosophies existentielles est le danois Kierkegaard. Kierkegaard prenait partie pour l’individu contre le déterminisme historique de Hegel. C’est le philosophe « anti-système » par excellence. On peut citer aussi Nietzsche, Heidegger et Patocka. Tous ces philosophes distinguent la vie authentique de l’homme libre de la vie inauthentique de l’homme asservi à un système. Ce sont des philosophes de la libération et du retour aux sources, autrement dit de l’enracinement. Nous allons nous en tenir au plus grand d’entre eux, à notre avis, Martin Heidegger.</p>
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<p style="text-align: right;"><strong>Le Gestell</strong></p>
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<p style="text-align: right;">Heidegger a parfaitement identifié l’adversaire du peuple qui n’est pas un homme mais un système avec une gouvernance oligarchique, celle du Gestell.</p>
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<p style="text-align: right;">Notre monde actuel est caractérisé par la domination sur les hommes du « Gestell », terme utilisé par Heidegger pour désigner le système de mobilisation des hommes et des choses dans une perspective uniquement utilitaire. Ce système s’est développé exclusivement en Occident et s’est ensuite étendu au monde tout entier mais c’est l’Occident qui lui est le plus soumis, en l’absence de traditions contraires dues à des cultures différentes.</p>
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<p style="text-align: right;">Que devient l’homme dans le système du Gestell ?</p>
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<p style="text-align: right;">L’homme voit niée son essence qui consiste en l’ouverture à l’être, exprimée par la méditation sur le sens de la vie. L’homme du Gestell ne médite plus, il ne fait plus que calculer. Il vit « le nez dans le guidon » en se consacrant exclusivement à des tâches de production et de consommation. Son cerveau rationnel est voué au calcul et son cerveau reptilien est voué à l’Erlebnis, c’est-à-dire la satisfaction instinctive vécue dans l’instant. Il n’est plus qu’une « bête calculatrice », décrite par Ernst Jünger comme « le travailleur ». Il travaille « bêtement ». Il est étranger à la « Stimmung » la tonalité fondamentale affective qui baigne l’existence humaine douée de sens. Autrement dit, l’homme est menacé de perdre son humanité même. Il est pour le Gestell la plus importante des matières premières.</p>
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<p style="text-align: right;">Que deviennent les libertés ?</p>
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<p style="text-align: right;">Pour être une parfaite matière première, il est nécessaire que les hommes soient égalisés, interchangeables. Cet objectif inhumain n’est jamais présenté comme tel mais est paré des belles apparences de la lutte pour l’égalité et contre les discriminations. Cette lutte conduit directement à la réduction des libertés. Le Gestell tue ce qui reste de liberté humaine. Ce fut évident sous les formes totalitaires du communisme et du fascisme. Mais de façon plus insidieuse, on arrive métaphysiquement au même résultat dans les sociétés occidentales actuelles prétendument libérales. Le système utilise l’égalitarisme pour tuer la liberté.</p>
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<p style="text-align: right;">Que devient la démocratie ?</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Dans le système du Gestell, la démocratie est vidée de son sens au profit de la « gouvernance oligarchique ». Cette gouvernance s’attache à faire en sorte que l’homme soit soumis aux quatre idoles que sont la technique, l’argent, la masse et l’ego qui assurent la permanence de la domination du Gestell.<strong></strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: right;">Que devient l’égalité ?</p>
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<p style="text-align: right;">L’égalité devant la loi est remise en cause par la volonté de nivellement qui passe entre autres par les politiques dites de discrimination positive. Le mérite individuel est mis en parenthèse.</p>
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<p style="text-align: right;">Que devient la nation ?</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">La nation est niée car elle est un élément de différenciation par les racines qui gêne l’objectif de réduire les hommes à l’état de matières premières interchangeables pour l’économie.</p>
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<p style="text-align: right;">Que devient la propriété ?</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">La propriété est aussi un élément d’enracinement et de différenciation et gêne donc l’objectif d’uniformisation des hommes dans la masse. En pratique, la propriété authentique est remise en cause par des formes de pseudo propriétés comme celles des sociétés anonymes (le mot est révélateur) où le pouvoir est dans les mains de salariés managers qui ne recherchent que des buts de profit à très court terme. C’est le règne du « court-termisme » !</p>
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<p style="text-align: right;">Que devient la paix ?</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">La paix a perdu son sens depuis que la guerre a été mise hors la loi. Car le mot paix n’a plus de sens si le mot de guerre perd le sien. C’est comme le jour qui n’a de sens que par rapport à la nuit ! (Héraclite). En pratique, la guerre se développe autour des objectifs du Gestell : pour le contrôle des ressources pétrolières au Moyen Orient par exemple !  Mais le discours de l’oligarchie qui gère le Gestell masque toujours la réalité au nom de « valeurs » mises en avant à des fins de manipulation. On ne dira jamais que l’on fait la guerre pour contrôler des sources d’énergie mais pour « défendre les valeurs de la démocratie » démocratie niée par ailleurs par le système de « gouvernance » oligarchique dont la commission de Bruxelles est un bon exemple.</p>
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<p style="text-align: right;">Que devient la sécurité ?</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Les migrations organisées par la logique du Gestell (il faut que les matières premières humaines soient totalement mobiles au moindre coût !) créent des situations de déracinement qui secrètent la délinquance et l’insécurité. Le Gestell par nature laisse prospérer le crime lorsqu’il correspond à une logique de profit à court terme comme c’est le cas avec le trafic de drogue. La morale de l’Erlebnis (plaisir instantané satisfaisant le cerveau reptilien) favorise le comportement délinquant infantile (déresponsabilisation). La morale du calcul fonctionnel comme formule de la volonté de puissance pour la puissance aboutit à la perte du sens moral fondé sur la tonalité affective. L’affectivité est un obstacle au tout calcul et au tout instinct. Dans ce contexte de déshumanisation, l’insécurité se développe partout où le Gestell est la force dominante.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Que devient la famille ?</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">La famille est un élément d’enracinement et une institution fondée sur l’affectivité donc elle a une essence contradictoire avec celle du Gestell. Ce dernier va donc la détruire sans le dire en mobilisant les forces du cerveau reptilien (soit disant liberté sexuelle) et du cerveau calculateur (l’ego au-dessus de tout). Cela entraine la chute démographique de l’Occident donc l’auto destruction du système lui-même à moyenne échéance.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Le Gestell débouche donc sur l’inhumain. Il l’a montré avec les deux dernières guerres mondiales et avec les systèmes totalitaires. Mais le Gestell a survécu à la chute de ces derniers systèmes. Mais il n’est pas possible de construire durablement sur de l’inhumain comme les crises financières, démographiques ou autres le montrent. Le Gestell contient donc une contradiction interne qui peut permettre à l’homme de s’en libérer. Cette libération ne peut se faire que dans des crises douloureuses comme Heidegger l’a annoncé. Alors, les citoyens prennent conscience du danger contenu dans le Gestell. C’est pour l’oligarchie le « populisme ». Ce mouvement ramène l’homme à son essence au sein du quadriparti (racines, idéaux, personne humaine, retour du sacré). Tout ce qui va dans ces quatre directions contribue à libérer l’homme de la tyrannie du Gestell.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Mais Heidegger ne pense pas que la victoire de l’identité humaine sur le Gestell se fera sans heurts. La prise de conscience permettant de sortir du Gestell ne peut se faire que par des crises et des souffrances.</p>
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<p style="text-align: right;">Dans le chapitre « dépassement de la métaphysique » d’Essais et Conférences<a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftn1">[1]</a>, Heidegger écrit : « le déclin s’accomplit à la fois par l’effondrement du monde marqué par la métaphysique et par la dévastation de la terre, résultat de la métaphysique<a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftn2">[2]</a>. Effondrement et dévastation trouvent l’accomplissement qui leur convient, en ceci que l’homme de la métaphysique, l’animal calculateur s’installe comme bête de travail. Cette installation confirme l’extrême aveuglement de l’homme touchant l’oubli de l’être. Mais l’homme veut être lui-même le volontaire de la volonté de volonté, pour lequel toute vérité se transforme en l’erreur même dont il a besoin, afin qu’il puisse être sûr de se faire illusion. Il s’agit pour lui de ne pas voir que la volonté de volonté ne peut rien vouloir d’autre que la nullité du néant, en face de laquelle il s’affirme sans pouvoir connaître sa propre et complète nullité.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Avant que l’être puisse se montrer dans sa vérité primordiale, il faut que l’être comme volonté soit brisé, que le monde soit renversé, la terre livrée à la dévastation et l’homme contraint à ce qui n’est que travail. C’est seulement après ce déclin que devient sensible la durée abrupte du commencement. Dans le déclin, tout prend fin. Tout c’est-à-dire l’étant dans l’horizon entier de la vérité de la métaphysique. Le déclin s’est déjà produit. Les suites de cet événement sont les grands faits de l’histoire mondiale qui ont marqué ce siècle.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">La vérité cachée de l’être se refuse aux hommes de la métaphysique. La bête de travail est abandonnée au vertige de ses fabrications, afin qu’elle se déchire elle-même, qu’elle se détruise et qu’elle tombe dans la nullité du néant ».</p>
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<p style="text-align: right;"><strong>Le Geviert</strong></p>
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<p style="text-align: right;">Quelle est la politique qui serait celle d’un monde libéré du Gestell ? Une politique qui permette à l’homme d’habiter dans le « Geviert », le quadriparti. En effet, pour Heidegger, l’homme n’est pas dissociable de l’être et de son environnement. L’homme fidèle à son essence est inséré dans le « Geviert » dont les quatre pôles sont la terre, le ciel, la Divinité et les hommes. L’homme, pour Heidegger, est en habitant sur la terre, sous le ciel, face à Dieu et parmi les autres hommes.</p>
<p style="text-align: right;">La terre, ce sont ses racines, famille, lignée, patrie. Il est « jeté » à sa naissance dans le monde et bénéficie d’un héritage terrestre envers lequel il est endetté, qu’il l’admette ou non.</p>
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<p style="text-align: right;">Le ciel correspond au déroulement du temps dans lequel l’homme formule un projet à partir de ses racines.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Le Dieu face auquel l’homme se mesure donne le sens final de sa vie.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Les hommes sont les mortels avec lesquels il vit de façon responsable. Tout ceci forme un monde sans lequel l’homme est déshumanisé. La politique de l’homme qui retrouve son essence humaine consiste à « ménager » le Geviert, à le respecter. Cela suppose de faire une place à ce qui ne se calcule pas : l’héroïsme, la générosité, l’amour du don de l’être, toutes sortes de valeurs cultivées autrefois par le clergé et l’aristocratie, mais aussi par le petit peuple, mais qui ont été reniées par les fonctionnaires bourgeois du Gestell. C’est là la part de vérité de Marx lorsqu’il écrit : « la grande bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, l’enthousiasme chevaleresque et la sentimentalité petite bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste ».</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">L’habitation dans le Geviert suppose la relativisation des quatre idoles du Gestell qui sont la technique, l’argent, la masse et l’ego au profit des racines chaleureuses, des idéaux gratuits, de la personnalité et du Sacré divin. Le ménagement du Geviert doit être conduit selon Heidegger par des personnalités dont la vocation est celle du don : le prêtre, le soldat qui est aussi homme d’Etat, le penseur et le poète.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;"><strong><span style="text-decoration: underline;">2/ les institutions d’enracinement : Famille, lignée,</span></strong><span style="text-decoration: underline;"> <strong>patrie, nation</strong></span></p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;"><strong>a/ La nation, socle sur lequel l’homme vient habiter.</strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: right;">Je dis bien l’homme, pas l’animal. L’animal ne connaît pas la nation. L’absence de conscience nationale est de ce point de vue une régression historique, voire anthropologique. L’animal calculateur du Gestell (pompeusement appelé rationnel) ignore aussi la nation. Il n’est en effet qu’une matière première pour la production (calcul) et pour la consommation (satisfaction des instincts). Ce n’est pas étonnant car le Gestell déshumanise l’homme.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Qu’est-ce que la Nation ? A notre avis, la notion est dérivée de la « polis » grecque. Selon Michel Haar <a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftn3">[3]</a> , « la polis est la place essentielle de l’homme grec, l’espace où il vient à lui-même, à son histoire (..) c’est à l’intérieur de la polis que l’art, la techné, de même que la relation aux dieux, dans les œuvres, le culte, les liturgies théâtrales et les sacrifices prennent sens et trouvent place ». Aristote a pu dire que l’homme est « zoon politikon » ce qui ne veut pas dire que l’homme est politique mais qu’il est un vivant habitant une cité nation. C’est une erreur de dire de la polis qu’elle est cité état. Son essence est, comme le montre Thucydide dans la « Guerre du Péloponnèse » dans les hommes et dans les dieux. Son essence n’est pas dans le sol ni dans les lois qui définissent l’Etat. Quand Athènes change de régime politique et donc de lois, et ce fut fréquent, elle reste Athènes. Thémistocle demande au peuple d’embarquer sur les bateaux et de laisser les Perses occuper la ville. Car Athènes est là où il y a des Athéniens.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">A présent, c’est l’inverse, La France serait là où il y a le sol et les lois ; on se désintéresse des hommes et de la divinité. C’est le matérialisme du Gestell : avec un sol et des lois, on peut obtenir des résultats économiques. Par contre, les dieux sont inutiles et les hommes interchangeables. On peut dire que l’article de notre constitution qui dit que la souveraineté est dans la nation est caduc. La souveraineté a été transférée à des normes fixées par l’oligarchie sur le sol français. Le peuple ne la maîtrise plus.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Notre conception de la nation est un produit de l’histoire, de notre histoire issue des Grecs et des romains et remaniée au fil du temps. Dire que la nation date de la révolution et n’existait pas sous Jeanne d’Arc est une aberration. </p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Mais alors, si la nation est un contrepoison à l’idéologie du Gestell, qu’est-elle donc ? Pour répondre à cette question, il faut la mettre en relation avec deux événements clés qui font la vie humaine dans son essence, la vie et la mort.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;"><strong>b/ Naissance et mort</strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: right;">1/ Il y a comme le suggère l’étymologie, tout d’abord, un lien entre naissance et nation. La nation se compose des personnes issues par filiation des mêmes familles. C’est le droit du sang et non du sol qui est déterminant. De même, la patrie est la terre des pères. Il y a indiscutablement une connexion entre l’idée de famille et l’idée de nation. La nation est un ensemble de familles, voir de tribus. C’est la famille qui permet à la nation de survivre dans le temps. La famille dans le temps s’appelle la lignée. La cause finale de la famille est la reproduction. Le mariage n’est que la cause formelle, l’amour la cause motrice et la sexualité la cause matérielle, pour utiliser les catégories d’Aristote.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">2/ Le lien entre la mort et la nation.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Pas de nation sans naissances donc sans familles. Pas de nation non plus sans un rapport particulier avec la mort. Pour Heidegger, l’homme est d’abord un mortel et non un animal calculateur (animal « raisonnable » n’est qu’un embellissement rhétorique pour animal calculateur). L’animal ignore qu’il mourra un jour : il ne meurt pas, il périt ! Seul l’homme peut mourir y compris volontairement. Dans le Christianisme, le Dieu meurt : c’est en cela qu’il s’est vraiment fait homme ! L’armée est une institution sacrée car elle gère la mort. C’est pourquoi il y a des monuments aux morts pour raviver le souvenir de ceux qui sont morts pour la nation. Le soldat est d’abord celui qui donne sa vie, qui offre son sang à la nation. Il n’est rien de plus haut que d’offrir sa vie pour défendre ce que l’on aime.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Par la mort, le soldat sauve la nation. Par la naissance, la famille sauve la nation. Ces deux institutions sont pour cela sacrées, et non un simple « contrat ». Dans le Gestell, la famille est un simple contrat utilitaire, quasi commercial, et le soldat est un contractuel mercenaire. Le mercenaire peut être un étranger, non le véritable soldat, comme on le voit avec l’utilisation généralisée des mercenaires par l’armée américaine en Irak.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;"> C’est tout le problème de « la guerre à l’américaine » : on cherche le maximum de rendement et la notion d’honneur est évacuée comme archaïque car non purement utilitaire. Cela donne notamment le bombardement indistinct des civils et des militaires par l’aviation. Auschwitz et le Goulag furent des choses abominables mais ont été instrumentalisés pour faire oublier Hiroshima et Dresde : des bombardements massifs de villes peuplées essentiellement de vieillards, de femmes et d’enfants, non de soldats. Les crimes sont les mêmes (assassinat de civils désarmés) mais l’idéologie veut exempter les anglo-américains. De plus, dans le Gestell, tous les hommes sont interchangeables. La distinction soldat/ civil est effacée au même titre que la distinction national/ étranger ! Après tout, pour le Gestell, les civils comme matière premières participent aussi à l’effort de guerre, dans les usines par exemple, et on peut donc les tuer pour des raisons fonctionnelles.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">3/ L’habitation dans la nation.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Heidegger insiste sur le fait que l’homme n’est pas séparable du monde qui l’entoure et qui le pénètre. Il y a co appartenance entre le monde et l’homme à travers l’être. Etre, c’est habiter. Or, l’homme habite dans la nation qui établit un lien communautaire entre l’individu et le collectif. Ce lien est affectif, comme l’a montré le sociologue Tönnies. C’est pourquoi le Gestell s’acharne à détruire ce lien, soit en le relativisant (société multiculturelle) soit en l’asséchant (tout réduire au marché et à l’échange utilitaire, élimination du don). On ne veut dans le système du Gestell n’avoir à faire qu’à des masses et des egos, ni nations, ni personnes humaines véritables.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Michel Haar décrit bien cette situation : « le règne des masses fait partie du gigantesque, c’est-à-dire de ce par quoi le quantitatif devient une qualité propre. Il ne faut pas comprendre ce règne seulement comme un phénomène social, démographique ou politique, bien que le collectivisme ou l’américanisme en soient les manifestations les plus frappantes. La massification suppose une mutation logique du sujet qui prélude à son effacement. Le citoyen (national) d’autrefois est maintenant réprimé et embrigadé dans le Nous qui par l’intermédiaire des moyens d’information de masse normalise et standardise toutes les possibilités de décisions économiques et politiques. (..) L’homme ne subsiste plus que comme un matériau exploitable et manipulable aux seules fins de la conservation et de l’accroissement de tels ensembles.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Désormais installé sur toute la planète (..) où les conditions d’existence tendent hâtivement à s’uniformiser, l’homme habite-t-il encore quelque part ? Le « où » de son habitation semble anéanti. L’habitation est l’incarnation dans un lieu d’une relation spécifique à l’ensemble du monde. Habiter, c’est être, et être, c’est habiter. C’est pourquoi l’oubli de l’être est aussi l’oubli de l’habitation. (..) se déplaçant de plus en plus souvent et de plus en plus rapidement, l’homme tend à perdre ses attaches avec un lieu familier rassemblant son être et dont son être dépend, lieu natal ou lieu d’élection. Pourtant, ce n’est pas la planétarisation qui menace ou détruit le lieu familier, c’est inversement l’absence de terre familière (Heimatlosigkeit : absence de patrie) à demi avouée, à demi niée, de l’homme relativement à son essence est compensée par la conquête organisée de la terre (..) La Heimatlosigkeit (absence de patrie) a donc une double signification ; c’est le manque d’enracinement de l’existence et des œuvres dans une terre particulière (les productions de la culture se standardisent et s’universalisent toujours davantage dans le mauvais sens) ; c’est plus profondément une perte de familiarité de l’homme avec lui-même (..) La subjectivité ne lui assure plus de point d’appuis ou d’assisse.  Il se voit contraint de fuir le vide de son identité métaphysique par le pur accroissement quantitatif de puissance. (..) Mais l’homme techniquement aliéné ne peut pas sortir de son aliénation par une prise de conscience : celle-ci lui est interdite. L’errance constitue un esclavage plus radical que toute aliénation ».</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">C’est pourquoi il faut que l’homme moderne subisse la crise de façon douloureuse pour pouvoir prendre conscience des conditions du salut. Ces conditions sont pour Heidegger le détachement à l’égard des choses (Gelassenheit) et l’ouverture au mystère de notre existence qui le conduiront à penser, c’est-à-dire à questionner, et donc à remettre en cause le Gestell.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">On se trouve donc, selon Heidegger, en présence de deux types d’hommes, l’animal calculateur et le « mortel » ! Le premier est destructeur de la nation : elle empêche en effet de rendre les hommes totalement interchangeables en tant que matières premières. Le mortel au contraire trouve un sens à sa vie car la possibilité de la mort accroît sa valeur, et même un sens à sa mort comme c’est le cas d’un héros.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Par contre, en détruisant la nation, le Gestell ramène l’homme au calcul et à l’animalité. Le calcul fait-il la supériorité de l’homme sur l’animal ? Toute notre tradition civilisatrice le nie : le martyr chrétien ou le héros guerrier qui peuvent parfois fusionner comme chez Jeanne d’Arc, ne calculent pas dans un but utilitaire pour donner un sens à leur vie !</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Les composants de la nation sont multiples : Dans le cas de la France, selon le général De Gaulle, il y a la race blanche (dans sa majorité), la langue latine, la culture d’origine gréco-romaine et la religion chrétienne. Par contre, ni l’argent, ni la technique, ni la science, ni même le droit ne font la nation (en supprimant le droit de propriété, les communistes ont mutilé les hommes mais ils n’ont pas fait disparaître la Russie. Par contre, si vous enlevez un des quatre critères de De Gaulle, la France ne serait plus la France !</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">4/ Le ménagement (schonen) de la nation</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Heidegger explique dans son extraordinaire livre « Essais et conférences » ou « Recueillement » ce qu’est le ménagement du quadriparti.<a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Le quadriparti est constitué de la terre, du ciel, de la divinité et des hommes. Ménager le quadriparti consiste à « sauver la terre », à sauver les racines au lieu de les exploiter jusqu’à épuisement. Ménager le quadriparti, c’est accueillir le ciel comme ciel, donc respecter le déroulement du temps, le murissement des choses, ne pas faire de révolution. Ménager le quadriparti, c’est attendre le Divin comme tel et ne pas tomber dans l’adoration des idoles, dans la superstition. Enfin, ménager le quadriparti, c’est conduire les mortels en dehors de la futilité et de la dispersion afin qu’ils existent conformément à leur être propre. Ce quadruple ménagement est ce que Heidegger appelle pratiquer l’habitation. Ménager la nation correspond surtout au premier volet de ce programme, à savoir sauver la terre et les racines d’une exploitation dévastatrice.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Ménager la nation, la respecter, est un moyen de lutter contre l’uniformisation et la déshumanisation du monde : cela suppose comme on l’a vu, de conserver le caractère sacré de la famille procréatrice et de l’armée, les deux institutions indispensables à la survie nationale car gérant la naissance et la mort.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Cela suppose aussi d’inverser les priorités du Gestell qui règnent aujourd’hui :</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">- mettre l’homme avant le sol.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">- mettre Dieu avant le droit. Car la liberté ne donne de bons fruits que si le sacré est respecté, par exemple, le caractère sacré de la vie humaine. La liberté sans aucun sens du Sacré mène vite au crime.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">- mettre l’identité (qui rassemble) avant l’égalité (qui disperse) comme le montre Heidegger dans Essais et Conférences : « l’homme habite en poète<a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftn5">[5]</a> » : « L’identité écarte tout empressement à résoudre les différences dans l’égal ; l’identité rassemble le différent dans une union originelle. L’égal au contraire disperse dans l’unité fade de l’un simplement uniforme »</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">- mettre l’histoire avant l’instant. Exister au sein d’une nation suppose la connaissance de son histoire et sa prise en charge affective.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;">Finalement, nous avons trouvé deux premiers contrepoisons à l’idéologie du Gestell, la philosophie existentielle et l’enracinement dans la nation. Il y a encore deux autres contrepoisons : l’un est politique (la démocratie directe), l’autre est religieux (restauration du Sacré) : ces deux derniers thèmes seront vus dans le prochain chapitre.</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<p style="text-align: center;">Yvan Blot</p>
<p style="text-align: right;"> </p>
<hr style="text-align: right;" size="1" />
<p style="text-align: left;"><a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftnref1">[1]</a> Essais et conférences, Gallimard, p.82</p>
<p><a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftnref2">[2]</a> Dévastation pour Heidegger est plus que destruction. La destruction touche le passé. La dévastation, en outre, empêche un avenir de se construire : la dévastation est élimination de la mémoire donc de l’identité</p>
<p><a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftnref3">[3]</a> Michel Haar, « Heidegger et l’essence de l’homme » Millon, 2002 p.221</p>
<p><a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftnref4">[4]</a> Op.cit. p.178</p>
<p><a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/post-new.php#_ftnref5">[5]</a> Essais et conférences, Chapitre : « l’homme habite en poète » op.cit. p.231</p>
<p style="text-align: right;">1</p>
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		<title>6ème conférence: L&#8217;idéologie de justification de l&#8217;oligarchie</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Feb 2010 20:56:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yvan Blot</dc:creator>
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6ème conférence : L’idéologie de justification de l’oligarchie
 Les oligarques qui règnent sur le « Gestell », et qui ne poursuivent d’autre objectif que la puissance pour la puissance, sont bien obligés de trouver une justification de leur pouvoir. C’est là, selon Heidegger, le rôle des « idées » et des « valeurs » affirmées de façon subjective et arbitraire car elles n’ont [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p> </p>
<p align="center"><strong>6<sup>ème</sup> conférence : L’idéologie de justification de l’oligarchi</strong>e</p>
<p align="center"> Les oligarques qui règnent sur le « Gestell », et qui ne poursuivent d’autre objectif que la puissance pour la puissance, sont bien obligés de trouver une justification de leur pouvoir. C’est là, selon Heidegger, le rôle des « idées » et des « valeurs » affirmées de façon subjective et arbitraire car elles n’ont pas de fondement dans l’être.</p>
<p> Le Gestell ou « dispositif utilitaire » a remplacé ce monde dans lequel nous habitions par un im-monde fondé sur 4 idoles : l’ego, l’argent, la masse et la technique. Cela donne le schéma ci-dessous :</p>
<p align="center">Argent</p>
<p align="center">↑</p>
<p>                                                                                             Ego  ←  im-monde    → Masse</p>
<p align="center">↓</p>
<p align="center">Technique</p>
<ol>
<li>
<div> Les hommes font de ces quatre choses (l’ego, l’argent, les masses, la technique) des idoles. Mais les hommes du dispositif utilitaire (nos contemporains tombés dans l’oubli de l’être) ne sont pas conscients véritablement d’avoir adopté ces quatre idoles. Il est vrai qu’ils méditent peu et se consacrent à poursuivre les idoles sans réfléchir au sens de leur vie. Le dispositif utilitaire fait tout par ailleurs pour empêcher cette prise de conscience. <strong>Les quatre idoles sont donc masquées par un habillage idéologique qui a pour but de faire perdre au citoyen la conscience de son être véritable afin qu’il soit une véritable « matière première » pour l’économie etla politique : consommateur ou électeur interchangeable.</strong></div>
</li>
</ol>
<p> L’habillage (les soi-disant « valeurs ») qui permet de justifier le pouvoir des oligarques qui gouvernent l’Occident correspond au schéma ci-dessous :</p>
<p> </p>
<p align="center"> Egalitarisme</p>
<p align="center">↑</p>
<p>                                                      Droits de l’hommisme  ← justification →  gouvernance dite démocratique</p>
<p align="center">↓</p>
<p align="center">Progrès</p>
<p align="center"> Nous touchons là aux dogmes « sacrés » de notre société dite laïque et moderne qui s’identifie au dispositif utilitaire.</p>
<p> <strong>1/ L’idéologie du « progrès »</strong></p>
<p><strong> </strong>Quoi de plus « sacré » pour le monde actuel que le « progrès » fondé sur les techniques et les sciences ? On a oublié la prédiction de Nietzsche juste avant les deux guerres mondiales et la terreur des totalitarismes : « un monde de barbarie s’avance et la science se mettra à son service ». Les communistes notamment étaient persuadés d’avoir une vision « scientifique » de l’histoire et de la politique. Que leur « science » soit fausse ne change rien au fait qu’ils en aient fait une idole.</p>
<p><span id="more-158"></span></p>
<p> Nietzsche a donné un nom à l’attitude du « dernier homme », « l’homme qui ne sait plus se mépriser lui-même » (pour être capable d’aller vers un idéal supérieur) : cligner de l’œil (blinzeln). Dans « Ainsi parlait Zarathoustra », Il leur fait dire ceci :</p>
<p> </p>
<p>« Amour, étoile, création, qu’est-ce cela ? Disent les derniers hommes et ils clignent de l’œil. (..) Nous avons inventé le bonheur ! Disent les derniers hommes. (..) pas de chef et un seul troupeau. Tous veulent la même chose et tous sont égaux. Qui n’est pas d’accord ira à la maison des fous. Autrefois, tout le monde était fou ! Disent les derniers hommes et ils clignent de l’œil ! »</p>
<p> </p>
<p>Ce texte est d’une grande richesse. Le dernier homme proclame la mort de tous les idéaux (amour, étoile, création, etc…) qui sont remplacés par celui du bonheur stérile. Ce bonheur de consommateur est garanti à tout le monde dans le mythe de l’égalité de tous. Les grands magasins remplacent les cathédrales car ils sont la « cause finale » du système. Tout est fait dans le but ultime de la consommation. Le progrès est le socle de cette idéologie mais sa morale est celle de l’égalitarisme. Cette idéologie est en fait totalitaire. Qui n’est pas « politiquement correct » ira dans la maison des fous. En URSS, cela se passait effectivement ainsi. En Occident, la coercition prend une autre forme : l’exclusion de l’espace public et notamment du champ des medias. Le grand dissident anti communiste Soljenitsyne avait bien vu cela lorsqu’il avait dit : en URSS  règne la censure. En Occident, vous pouvez parler mais cela ne sert à rien.</p>
<p> </p>
<p>A cela se surajoute une autre caractéristique : la dévaluation du passé : « autrefois, tout le monde était fou, disent les derniers hommes et ils clignent de l’œil ». En effet, l’idéologie du « Gestell » est l’utilitarisme de la volonté de puissance. Or, la volonté ne peut rien contre le passé. Elle veut donc se venger de celui-ci. D’où une œuvre de destruction qui porte en politique le nom de « révolution ». C’est toujours au nom du progrès que l’on fait des révolutions ! C’est pourquoi Heidegger explique que pour Nietzsche, la possibilité d’aller vers le surhomme et de quitter la décadence des derniers hommes passe par la libération de l’esprit de vengeance. C’est l’esprit de vengeance qui en sous-main inspire le monde actuel : vengeance contre le passé et vengeance sous la forme de l’égalitarisme autoritaire.</p>
<p> </p>
<p>On comprend mieux alors ce qui se passe aujourd’hui. On n’apprend plus l’histoire aux nouvelles générations. Lorsqu’on l’apprend, c’est pour célébrer l’idéologie de la repentance. Soit on occulte le passé, soit on le déforme ; ainsi la vengeance contre le passé est réalisée. Cette vengeance a aussi un avantage supplémentaire. L’identité est fondée sur la mémoire. En détruisant la mémoire d’un peuple, on détruit son identité. C’est en quelque sorte, un génocide spirituel.</p>
<p> </p>
<p>On fait en réalité mieux que simplement détruire (zerstören). Il y a pire que la destruction, c’est la déshérence (Verwüstung), la création d’un désert (Wüste).</p>
<p> </p>
<p>Selon Heidegger, dans “Was heisst Denken ?” (qu’appelle-t-on penser?) : “la destruction n’élimine que ce qui s’est développé ou a été construit dans le passé. La déshérence (désertification : Verwüstung) empêche toute croissance ou toute construction future. C’est bien pire. (..) La désertification de la terre peut aller de pair avec un haut niveau de vie et l’organisation d’un bonheur égalitaire pour tous. De plus, elle est un processus inconscient, elle se cache. La déshérence ou désertification est en son essence l’expulsion de la mémoire. »</p>
<p> </p>
<p>Lorsque la mémoire est morte, l’identité se dissout et il n’est plus possible de reconstruire ce qui a disparu. Or, il est nécessaire pour le « Gestell », l’arraisonnement utilitaire, que les hommes soient réduits à l’état de la plus importante des matières premières. Or, pour être le plus facilement utilisable, la matière première doit être composée d’éléments interchangeables. Il faut donc que les hommes perdent toute forme d’identité, notamment nationale, qui pourrait gêner ce caractère interchangeable. C’est ici qu’intervient l’égalitarisme, comme justification de ce processus de dissolution des identités.</p>
<p> </p>
<p><strong>2/ L’idéologie égalitaire</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>L’idéologie du progrès était le socle. L’idéologie égalitaire est l’éthique, si l’on peut dire que l’oligarchie met en avant pour justifier son pouvoir. L’oligarchie ne prétend pas qu’apporter le bien être (idéologie du progrès) mais elle prétend l’accorder à tous, de façon le plus semblable possible. Sur ce sujet aussi, c’est sans doute Nietzsche qui a vu le plus clair. Il appelle les prêtres de l’égalitarisme, « les tarentules », c’est-à-dire des araignées venimeuses animées par l’esprit d’envie, de jalousie et de vengeance.</p>
<p> </p>
<p>L’idéologie de l’égalitarisme cherche à se donner un aspect scientifique à l’aide des statistiques. Il s’agit de débusquer les « inégalités » pour mettre en place la « parité » (hommes-femmes), l’égalité des droits (des homosexuels par exemple) et la discrimination positive (privilèges accordés aux minorités ethniques). Ces politiques aboutissent à détruire les principes généraux du droit sur lesquels se fondent nos libertés.</p>
<p> </p>
<p>J’ai eu autrefois une conversation intéressante à ce sujet avec le professeur Milton Friedman, prix Nobel d’économie, aujourd’hui décédé. Il me disait : « je vous plains d’habiter en France, dans un pays où des lois briment la liberté d’expression. » Je lui disais qu’il n’y avait pas que les lois et mais une pratique des medias qui revient à la censure. Mais il précisait : « je suis juif. En tant qu’attaché aux libertés, j’affirme qu’on a le droit de ne pas aimer les juifs, ou les chrétiens, ou toute sorte de catégorie d’homme. Mais le code pénal suffit à me protéger et je suis contre les lois qui protègent des catégories particulières. Il suffit que l’opinion change pour que ces lois s’inversent et c’est dangereux. Je lui répondis de dire cela sur les medias français. « Ah non ! me dit-il ; j’aime venir en France et si je fais cela, je ne serai plus invité ! »</p>
<p> </p>
<p>L’égalitarisme se retourne contre l’égalité des droits, base de notre système juridique. Il se retourne notamment contre les libertés économiques. Car la liberté débouche nécessairement sur des inégalités dues à l’efficacité différente des uns et des autres. Il serait intéressant de connaître combien nous perdons en points de croissance économique chaque année à cause du fisc et des règlementations égalitaires. Le prix Nobel d’économie Friedrich von Hayek disait que cet égalitarisme n’est pas d’origine populaire. Les pays qui ont la démocratie directe comme la Suisse et les USA  ne sont pas particulièrement égalitaristes. C’est le système combiné des lobbies politiques, culturels et syndicaux qui propage l’égalitarisme en flattant leurs clientèles particulières.</p>
<p> </p>
<p>A la limite, l’égalitarisme peut devenir meurtrier : on se souvient du slogan des Babouvistes sous la Révolution française : « les p’tits, on les mettra sur l’escabeau, les grands, on leur coup’ra l’ciboulot ! Y faut qy’tout l’monde y soient égaux ! Les mêmes disaient : périssent les sciences et les arts pourvu que nous ayons l’égalité réelle ! » En fait, l’égalitarisme se pare de sentimentalisme égalitaire, alors que né de la haine, à travers la jalousie et la vengeance, il conduit toujours à la destruction.</p>
<p> </p>
<p>Il y a dans « Essais et Conférences » de Heidegger un passage intéressant sur l’identité (das Selbe ; le même) et l’égalité (das Gleiche). L’identité rassemble à travers les différences, donc respecte les libertés. L’égalité disperse dans une égalité fade qui n’accepte pas les différences. C’est pourquoi le principe d’identité doit avoir la primeur sur le principe d’égalité. On en est loin !</p>
<p> </p>
<p><strong>3/ L’idéologie « droit-de-l’hommiste »          </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Hayek a raison de se méfier de l’expression « droits de l’homme ». Il préfère la formule des « libertés fondamentales » qui, elle, n’est pas ambiguë. Les droits de l’homme peuvent être en effet de 2 natures. Soit il s’agit de liberté, soit il s’agit d’un droit de créance sur la société : droit au travail, droit à un logement, etc.. Dans le deuxième cas, c’est un  prétexte pour une intervention toujours plus grande de l’Etat et pour une restriction des libertés.</p>
<p> </p>
<p>Je me souviens d’un fait divers dans les journaux. Une dame très âgée avait été condamnée sévèrement par un tribunal parce qu’elle avait publié une petite annonce pour avoir une dame de compagnie de race blanche et de religion catholique. Il avait été jugé que c’était discriminatoire et raciste alors que cette pauvre femme voulait juste être entourée par quelqu’un qui lui ressemble avec qui elle aurait des affinités. On voit ici comment la « bonne intention » humanitaire se révèle psychologiquement inhumaine. Heidegger dit que la patrie, c’est un lieu où les visages vous sont familiers. Il est certain que le métro de Paris ne correspond plus à cette définition depuis longtemps !</p>
<p> </p>
<p>Au nom des droits de l’homme, on vient à contester le droit pour un Etat à défendre ses frontières contre les immigrés clandestins. Je lis dans « le Monde » (13 février 2010) ce titre : « le gouvernement veut restreindre les droits des sans papiers » (sic !). Or, la notion de « sans-papiers » n’a aucun sens et a été inventée par la propagande d’extrême gauche pour minimiser le délit des personnes qui franchissent la frontière sans en avoir le droit. L’expression « les droits des sans papiers » est tout-à-fait surréaliste. C’est un bon exemple du droit-de-l’hommisme qui se retourne contre le droit. Car en définitive, qui sont les victimes du franchissement illégal des frontières ? Ceux qui violent la frontière ou les citoyens contribuables sommés de payer des impôts pour entretenir ces fameux sans papiers ? On renverse ainsi la situation : l’innocent voire la victime devient coupable et le délinquant devient une victime qui devient l’objet de la sollicitude médiatique ! Staline, qui parlait souvent de droit de l’homme et a signé sans vergogne la charte universelle des droits de l’homme de l’ONU  savait ce qu’il faisait. Les droits de l’homme sont instrumentalisés à des fins politiques variées, ce qui n’est pas le cas des « libertés fondamentales ».</p>
<p> </p>
<p>De plus, l’expression des « droits » permet de passer sous silence les « devoirs ». Enfin, les droits de l’homme servent surtout à justifier tous les caprices de l’ego de l’individu et c’est en cela qu’ils sont affirmés comme « les valeurs suprêmes ». Derrière les droits de l’homme se tient une conception essentiellement animale de la nature humaine.</p>
<p> </p>
<p>Heidegger a bien vu que l’homme, dans notre Occident actuel, est conçu comme « animal rationnel ». Il doit se servir de sa raison pour s’émanciper des traditions, des préjugés, des disciplines sociales afin de pouvoir satisfaire au mieux sa nature animale. Cette conception rabaisse toujours l’homme à sa dimension biologique et permet de s’opposer à la culture et à ses contraintes comme l’a bien vu Arnold Gehlen. Cette conception de l’homme que Heidegger appelle métaphysique, fait bon marché de la nature affective de l’homme doublement sacrifiée à la raison et aux instincts. L’alliance de la raison et des instincts produit un retour à la sauvagerie que nous constatons aujourd’hui.</p>
<p> </p>
<p>Pourquoi le nombre de  crimes et de délits en France est-il passé de 1,5  million en 1968  à 4,5 millions aujourd’hui, sinon que l’enracinement des individus dans les traditions morales et spirituelles s’est largement effondré. Les droits de l’homme sont un mélange douteux entre les libertés fondamentales, lesquelles sont bien sûr indispensables, et les droits des mafieux et de tous ceux qui parasitent le corps social. Parmi ces derniers, certains ne sont pas du tout en bas de l’échelle sociale mais au sommet !</p>
<p> </p>
<p>Toute l’ambigüité est dans le mot « homme ». Qu’entend-on par là ?  Dans le système du Gestell, l’homme est à la fois conçu comme animal rationnel et comme la plus importante des matières premières. Cette conception détruit en l’homme son humanité même.</p>
<p> </p>
<p>Comme l’écrit Heidegger dans sa « Lettre sur l’Humanisme »<a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/#_ftn1">[1]</a>,  « reste à se demander si l’essence de l’homme, d’un point de vue originel et qui décide par avance de tout, repose dans la dimension de l’animalitas ». Le fait d’ajouter que l’homme a la raison ne change rien à cet essentiel. « par là, l’essence de l’homme est appréciée trop pauvrement (..) La métaphysique pense l’homme à partir de l’animalitas, elle ne pense pas en direction de son humanitas. ».</p>
<p> </p>
<p>La spécificité de l’homme est dans son existence, cette façon d’être qui lui permet de recevoir conscience de l’être et d’édifier un monde. Un prêtre dans son Eglise a accès au sens de l’être de cette Eglise, lequel en l’occurrence est religieux. Il n’y a rien d’animal ici. Pour Heidegger, le vrai humanisme est « l’humanisme qui pense l’humanité de l’homme à partir de la proximité de l’être<a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/#_ftn2">[2]</a> . L’homme n’a pas simplement une vie biologique. Il a aussi une existence. Cette existence consiste à « habiter » le monde. Cet habitat est une patrie. Le Gestell prive l’homme de patrie.</p>
<p> </p>
<p>L’homme comme existant a besoin que l’on respecte ses libertés fondamentales. Mais la notion de « droit de l’homme » reste à la fois unilatérale et floue. Unilatéral car il ne peut y avoir de droits sans devoirs, flou car on ne sait jamais si à travers cette expression, on parle de libertés ou de droits de créance sur la société. En pratique, la notion de droits de l’homme sert d’arme contre l’Etat et contre la société pour satisfaire les caprices de l’ego devenu une véritable idole.</p>
<p> </p>
<p><strong>4/ L’idéologie de la « gouvernance démocratique ».</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Les oligarques au pouvoir se sentent légitimés : ils sont les artisans du progrès et jouent ainsi de l’espérance humaine en un plus grand bien-être matériel. Ils sont les chantres de l’égalité et s’appuient sur les forces au combien grandes de l’envie et de la jalousie. Ils obéissent aux « droit-de-l’hommisme » et ainsi confirment à chaque individu son droit à affirmer tous les caprices de son ego. Les registres combiné de l’espoir, de l’envie et du caprice constituent une grande force émotionnelle propre à faire accepter le pouvoir régnant.</p>
<p> </p>
<p>Mais les oligarques ont besoin aussi d’une légitimation spécifiquement politique, à savoir qu’ils sont là par la volonté des gouvernés. L’Occident affirme sa légitimité face aux dictatures ou aux régimes totalitaires qui lui sont autant de faire valoir.</p>
<p> </p>
<p>Le problème est que le sentiment de légitimité s’affaiblit au sein du peuple. Les sondages montrent que la confiance dans les institutions politiques majeures (gouvernement et parlement) est de l’ordre de 40% (c’est pareil pour les medias).A titre de comparaison, la confiance des Français dans la police, l’armée ou le système de santé est de l’ordre de 80%. <a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/#_ftn3">[3]</a></p>
<p> </p>
<p>La force de l’Occident est dans sa science, sa technique, son économie sans doute mais pas spécialement dans ses institutions politiques. Le politique, le religieux, l’art sont des secteurs en crise à l’heure de l’arraisonnement utilitaire fondé sur l’essence non pensée de la technique.</p>
<p> </p>
<p>Officiellement, nous vivons en démocratie. C’est partiellement exact. La classe politique a verrouillé les mécanismes électoraux. En réalité, les citoyens ne peuvent voter que pour les candidats présélectionnés par les partis politiques. Or, les comités d’investitures des partis choisissent des candidats médiocres le plus souvent pour être sûrs de pouvoir bien les contrôler.</p>
<p> </p>
<p>Les parlements ont perdu dans les faits leurs pouvoirs essentiels. La fonction de rédiger les lois appartient principalement au pouvoir exécutif. Le deuxième pouvoir du parlement, contrôler le gouvernement, ne fonctionne pas vraiment car la majorité parlementaire est asservie à l’exécutif et l’opposition est sans pouvoir car minoritaire. Ceux qui voudraient contrôler ne le peuvent pas et ceux qui le peuvent ne le veulent pas, comme dit le grand juriste allemand, Hans Herbert von Arnim.</p>
<p> </p>
<p>Les gouvernants ont le sentiment qu’ils ont le monopole de l’expertise et qu’à ce titre, ils doivent avoir les coudées franches. Le concept de « gouvernance démocratique » consiste à insister plus sur la gouvernance que sur la démocratie. Cette gouvernance est fondée sur deux types de technicité, celle des « experts » et celle des conseiller en communication. Dans les deux cas, c’est le conformisme de la pensée qui règne (un expert est payé pour dire ce qu’on veut qu’il dise).</p>
<p> </p>
<p>Les citoyens sont réputés incompétents voire dangereux. S’ils expriment des idées politiquement incorrectes, ils sont traités de « populistes ». Le populisme, c’est la démocratie qui défend des idées différentes des vôtres.</p>
<p> </p>
<p>Pourtant, les expériences de démocratie directe sur 150 ans aux USA et en Suisse ont été concluantes. Par exemple, une étude universitaire des professeurs Feld et Kirchgässner a prouvé que dans ces pays, les impôts et les dépenses publiques sont 30% plus faibles qu’avec un régime purement parlementaire  pour des qualités de service publics équivalents.</p>
<p> </p>
<p>La raison pour laquelle les décisions prises à la base sont de meilleures qualité a été bien expliquée par le sociologue Arnold Gehlen <a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/#_ftn4">[4]</a>(qui complète l’argument d’Aristote dans sa « politique »). Les hommes prennent leurs décisions sur la base de deux grandes sources d’information : l’information mimétique et l’information expérimentale. L’information mimétique consiste à avoir foi en les autres et à répéter ce qu’ils affirment. La plupart du temps, on est bien obligé de s’y soumettre, faute de source directe d’information. Les opinions forgées par la lecture des journaux relèvent de cette catégorie. L’information expérimentale est celle qui a été vécue en direct.</p>
<p> </p>
<p>Prenons un exemple politiquement incorrect. Un citoyen peut entendre à la télévision que l’immigration est « une chance pour la France », qu’elle promeut une diversité bénéfique sans aucun inconvénient en contrepartie. Mais si ce citoyen vit dans un quartier envahi par des immigrés d’une culture toute autre à la sienne, que si beaucoup d’entre eux deviennent des délinquants suite à leur déracinement, il jugera que cette immigration massive et anarchique est une véritable catastrophe. L’information venue du vécu, c’est-à-dire l’information expérimentale aura plus de poids à ses yeux que l’information mimétique débitée par la télévision.</p>
<p> </p>
<p>La gouvernance dite démocratique qui en réalité est technocratique et oligarchique, prend rarement en compte l’information expérimentale et avance donc aveuglément sur la base de la seule information mimétique. Celle-ci peut constituer un écran qui sépare de la réalité. Les gouvernants surinformés sont en réalité sur-désinformés mais ils sont persuadés du contraire.</p>
<p> </p>
<p>Un mot sur la technocratie  ou « gouvernement des experts ». La technocratie voit les problèmes à travers le prisme de sa vision juridique et budgétaire des choses. Pour parler comme Aristote, elle ne s’intéresse qu’aux causes matérielles et formelles des phénomènes. Elle ignore les causes motrices et finales.</p>
<p> </p>
<p>Reprenons notre exemple de l’immigration. Admettons que des émeutes se produisent dans un quartier à forte densité d’immigrés d’Afrique (du Nord ou subsaharienne). Le technocrate va dire : pour que cela ne se reproduise pas, il faut dépenser beaucoup d’argent pour augmenter le nombre des policiers, réhabiliter les immeubles dégradés et créer éventuellement des emplois. Le technocrate s’attaque à la cause matérielle de l’émeute avec des moyens matériels. Puis il va aussi dire : la loi ne permet pas de réprimer correctement les émeutiers mineurs, et il proposera de changer la loi. Là, il s’attaque à la cause formelle et répond par des moyens formels, c’est-à-dire juridique.</p>
<p> </p>
<p>On observera que la cause motrice de l’émeute (un certain type d’hommes déracinés) n’est pas traitée. Elle n’est pas traitée par incompétence car le technocrate n’a été formé qu’au droit et à l’économie, pas à l’ethnologie et aux sciences humaines. Pire encore, il fermera les yeux sur cet aspect des choses pour ne pas être accusé d’avoir une approche « raciste » ! Dans le système régnant du Gestell, l’homme est toujours vu comme une matière première interchangeable de l’économie. Toute autre vision de l’homme est bannie. Seule la vision d’hommes interchangeables et « égaux » est admise, c’est-à-dire que l’on se refuse à voir les hommes dans leur réalité humaine. Le comble est que cette vision in-humaine au sens propre est considérée comme la seule qui soit humaniste. Voir les hommes dans l’essence qui vient de leur provenance donc de leur être est considéré comme « raciste », ce qui relève de l’imposture la plus totale. Une telle vision permettrait pourtant de s’attaquer au problème réel du déracinement et d’envisager de modifier l’urbanisme et d’organiser le retour au pays des populations non intégrées.</p>
<p> </p>
<p>Reste la cause finale à laquelle le technocrate est aveugle. Si des populations nombreuses se sont entassées anarchiquement dans ce quartier, c’est parce que la politique suivie consiste à voir les hommes comme de simples matières premières. On n’empêche pas les matières premières de circuler ! C’est le système économique et social, libre échange de la main d’oeuvre et prestations sociales garanties qui crée l’appel d’air à l’origine de l’immigration. Si l’on voulait bien considérer la France, non comme simplement une société de consommateurs et de producteurs mais comme une Nation habitant une patrie, la politique prendrait un tout autre cours. On ferait passer l’impératif d’identité nationale avant les impératifs utilitaires des hommes conçus comme de simples agents économiques. La cause finale de l’anarchie des migrations qui a rendu le quartier ingérable est la vision de la France comme un territoire livré aux flux de consommation et de production, sans vision autre. Le technocrate, qui n’est pas un philosophe ignore évidemment totalement cette problématique.</p>
<p> </p>
<p>Par contre, le citoyen qui vit dans le quartier en cause, et qui dispose de l’information expérimentale, est mieux à même de faire le diagnostic de la situation. Il y a des chances qu’il prenne en compte intuitivement les quatre causes du phénomène. Mais faute d’une vraie pensée, il aura du mal à identifier les raisons profondes qui ont conduit à la situation qu’il connaît.</p>
<p> </p>
<p><strong>Conclusion :</strong> le Gestell secrète les armes idéologiques qui permettent à l’oligarchie régnante de justifier son pouvoir. Le progrès, l’égalité, les droits de l’homme, la gouvernance démocratique sont proclamés comme des « valeurs » suprêmes. Ces valeurs n’ont pas de fondements authentiques. Derrière le « progrès » il y a l’utilitarisme du Gestell qui détruit les racines, fait de l’homme une matière première privée de patrie. Derrière l’égalité, il y a la destruction des libertés, l’oppression et la diffusion d’un esprit de haine qui déchire le tissu social. Derrière les droits de l’homme, il y a la volonté de légitimer tous les caprices des ego quitte à menacer l’ordre public et l’Etat de droit lui-même. Derrière la gouvernance démocratique, il y a l’oligarchie et la volonté d’empêcher le peuple de participer vraiment au débat public, sous le prétexte d’étouffer le « populisme ».</p>
<p> </p>
<p>Il faut s’appuyer sur l’information expérimentale pour accomplir le tournant philosophique et politique permettant à l’homme, dans son essence, d’habiter une patrie, de retrouver sa liberté et de protéger la dignité de l’homme en restaurant le sacré et la justice.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p align="center">Yvan Blot</p>
<p> </p>
<hr size="1" /><a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/#_ftnref1">[1]</a> Martin Heidegger ; « Lettre sur l’Humanisme », Paris 1983, Aubier, p.55</p>
<p><a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/#_ftnref2">[2]</a> Ibidem, p. 111</p>
<p><a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/#_ftnref3">[3]</a> Chiffres tirés de Pierre Bréchon et Jean-François Tchernia : « La France à travers ses valeurs » ; Armand Colin 2009</p>
<p><a href="http://www.insoc.fr/wp-admin/#_ftnref4">[4]</a> Arnold Gehlen, « Anthropologie et psychologie sociale », Paris 1990, PUF</p>
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		<title>KOINON l&#8217;essence du communisme</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Jan 2010 16:58:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yvan Blot</dc:creator>
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L’essence du communisme 
Présentation du texte « Koinon »
Le texte présenté ici du philosophe existentiel Heidegger de façon inédite en français est vraiment extraordinaire au sens plein du terme. Il s’intitule « Koinon » du mot grec qui veut dire  « communauté » Aucun autre texte, à notre connaissance, ne pénètre aussi profondément l’essence du régime communiste. Il montre comment le [...]]]></description>
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<p align="center"><strong>L’essence du communisme </strong></p>
<p align="center"><strong>Présentation du texte « Koinon »</strong></p>
<p align="center">Le texte présenté ici du philosophe existentiel Heidegger de façon inédite en français est vraiment extraordinaire au sens plein du terme. Il s’intitule « Koinon » du mot grec qui veut dire  « communauté » Aucun autre texte, à notre connaissance, ne pénètre aussi profondément l’essence du régime communiste. Il montre comment le communisme a pu naître de la démocratie, ce qui surprend toujours l’amateur d’histoire. Il montre les racines communes au totalitarisme et à la démocratie, ce qui a permis un jour à Heidegger de dire : l’Union soviétique et les Etats-Unis sont métaphysiquement semblables, formule qui dans un premier temps peut scandaliser.</p>
<p> Politiquement, sociologiquement, idéologiquement, l’URSS n’a jamais été semblable à l’Amérique et Heidegger le sait autant que nous. Mais métaphysiquement, il en est autrement. Qu’est ce que la métaphysique ? C’est la question qui porte sur l’être de tout ce qui existe (tout ce qui existe s’appelle « l’étant »). L’essence de l’histoire du monde moderne actuel, son être, est, selon Heidegger, la poursuite de la puissance pour la puissance dans un monde déserté par la Divinité. Dans ce monde, le « moi » est devenu l’idole suprême et la volonté de puissance du moi est donc ce qui est déterminant. Dans un tel monde, la politique, liée à la puissance prend un rôle envahissant.</p>
<p> La puissance ne tolère le monde (réduit à l’état d’objet) que s’il est utilisable pour elle. Il en est de même de l’homme. La mobilisation implique que tous soient interchangeables d’où l’importance de l’idéal égalitaire : il permet de détruire ce qui empêche les hommes d’être interchangeables : les identités nationales, religieuses, ethniques, voire familiales ou sexuelle (le différence entre l’homme et la femme) sont autant d’obstacles.</p>
<p> La politique prétend être l’incarnation suprême du destin des hommes, dans la mesure où elle est l’outil privilégié de la puissance. Cet état de chose est caché aux hommes à qui l’on fait croire que c’est le peuple qui est souverain. Comme l’écrit Heidegger : «  en réalité, la puissance n’est dans les mains de personne mais on prétend qu’elle est dans les mains de tous.</p>
<p>On croit naïvement que le dictateur totalitaire agit selon son bon plaisir : c’est faux. Il exécute les exigences de sa puissance. »</p>
<p> C’est ce qui explique que les relations entre les dirigeants communistes ne sont pas fraternelles, ce que prétend l’idéologie. Chacun craint la perte du pouvoir et la peur règne dans la nomenklatura. L’homme, y compris le chef, n’est que l’exécutant de la prise du pouvoir par l’être de l’étant qui est volonté de puissance pour la puissance.</p>
<p> D’où cette phrase terrible de Heidegger : « ce serait sous-estimer le communisme que de le concevoir comme un désir humain de vengeance, de bonheur ou de violence pure. La réalité est bien plus inquiétante car le communisme n’a en fait rien d’humain ». Toute résistance à la puissance doit être éliminée d’où la violence du régime : c’est la le fondement métaphysique de cette violence. Le discours idéologique masque l’essence de cette réalité. Or c’est un discours qui se veut « démocratique ». Le processus censé libéré l’homme mais qui en réalité assujettit l’homme à la puissance est celui de la « révolution ».</p>
<p> Le nazisme comme totalitarisme n’est pas différent du communisme sauf que l’idéologie de justification est différente. Il n’utilise pas le mot de « démocratie » mais trouve pourtant bien sa légitimité dans la volonté du peuple, d’où l’importance des plébiscites. D’ailleurs Hitler, à l’inverse des communistes soviétiques à l’issue de la Révolution de 1917, a été élu démocratiquement et il s’en flatte.</p>
<p> Là où les choses deviennent plus délicates, c’est que Heidegger montre que les démocraties occidentales ne sont pas indemnes face à cette machination de la puissance comme essence de l’histoire moderne. C’est tout l’Occident qui se fonde, même sans le savoir, sur une métaphysique qui fait du Sujet le centre du monde. Cela remonte à Descartes pour qui « je pense donc je suis ». Pour Heidegger, c’est parce que je suis d’abord, que je pense ensuite. L’être est primordial. La pensée humaine n’existe que parce qu’il y a de l’être.</p>
<p> La démocratie, bien sûr, se dit non totalitaire car pluraliste. Mais elle prétend incarner la moralité, au dessus même du droit naturel. L’acceptation d’un droit naturel est une limite imposée à la démocratie par une tradition chrétienne laïcisée.</p>
<p> Celle-ci ne connaît en principe d’autre autorité que la volonté du peuple. Comme l’écrit Heidegger : «  on fait comme si la puissance était dans les mains du peuple. Cette apparence est nécessaire au déploiement de la puissance politique. L’apparence politique est cultivée par les gouvernants comme par les gouvernés. » Ce mensonge est plus patent dans les dictatures dites « démocratiques » ou se réclamant du peuple (dictatures du  XXème siècle) que dans les démocraties mais il existe aussi dans celle-ci.</p>
<p> Les démocraties ne vont pas, contrairement au communisme jusqu’au bout de cette logique de la puissance. C’est pourquoi elles préservent certaines libertés. Mais leurs dirigeants sont soumis à la logique de la recherche de la puissance en soi, d’où la décadence des idéologies. La puissance en soi s’exprime plus par l’argent que par le pouvoir physique. L’acquisition de la puissance pour la puissance par l’argent nécessite la mobilisation des hommes dans des processus de massification : production de masse, consommation de masse, mass media. Le processus est très différent de celui du régime communiste mais on saisit bien les ressemblances déjà remarquées dans les années 1950-1960 par ce libéral lucide et sceptique qu’était Raymond Aron, à la suite de Tocqueville.</p>
<p> Dans un tel schéma métaphysique, le souci de l’homme est largement évacué. Non pas que l’on ne fasse pas « d’humanitaire », car l’humanitaire améliore l’image et conforte la puissance, mais l’homme est réduit à une matière première de l’économie, à une « ressource humaine » au service du « dispositif utilitaire » que Heidegger appelle le « Gestell ».</p>
<p> Le Gestell est ainsi structuré :      argent (relativisme des valeurs)</p>
<p align="center">↑</p>
<p align="center">               Idolâtrie du Moi    ← Gestell → massification des hommes</p>
<p align="center">↓</p>
<p align="center">Technique</p>
<p align="center"> </p>
<p>Heidegger ne veut pas dire que le moi, l’argent, la technique, la masse, sont sans importance mais que le moi s’est substitué à la Divinité, l’argent aux valeurs transcendantales (vrai, beau et bien), la masse aux personnes humaines et la technique à l’art d’habiter la terre. Nous sommes donc dans « l’oubli de l’être » qui conduit les hommes à mener des vies « inauthentiques ».</p>
<p> A ce monde dominé par le Gestell dont l’être est la puissance pour la puissance, Heidegger oppose un nouveau commencement où l’homme occidental surmontera la métaphysique « moderne ». Ce nouveau commencement se caractérise par un retour du Sacré. L’homme n’est plus conçu comme « ressource humaine » c’est-à-dire la première des matières premières, conception utilitaire dérivée de l’homme vu comme « animal rationnel ».</p>
<p> Cet humanisme actuel ramène en effet l’homme à un animal dont il faut satisfaire les besoins par le calcul qui permet de maîtriser le monde : telle est la conception du monde moderne (et pas seulement des communistes qui sont une fraction de ce monde moderne). Pour Heidegger, l’homme dans son essence est bien plus que cela car il prend ses distances par rapport aux choses et se situe dans l’histoire contrairement à l’animal. Il est donc créateur et en cela plus proche de la Divinité que de l’animal.</p>
<p> L’homme conscient de son essence d’existant tragique (existant donc créateur, tragique car mortel) est donc apte à être selon Heidegger « le berger de l’être », plutôt que le maître de l’étant (l’exploitant de tout ce qui existe considéré comme un stock). Il ménagera alors le « quadriparti », c’est-à-dire le monde dans ses quatre dimensions issues d’Aristote : les racines , l’idéal, la Divinité et l’homme. On sera alors sorti non seulement du communisme mais de la métaphysique dite moderne qui aura permis son existence et sur laquelle repose la pseudo-démocratie dans laquelle nous vivons.</p>
<p style="text-align: center;"> Yvan BLOT</p>
<h1><em> <span id="more-152"></span></em></h1>
<h1 style="text-align: center;"><em>Koinon</em></h1>
<p align="center">La Seconde guerre mondiale a des traits bizarres. Certains le nient, la disent normale car simplement « moderne ». « Moderne » n’a rien à voir avec normal. Évoquer la modernité pour expliquer et justifier quelque chose est le plus sûr moyen d’abandonner pensée et méditation. La guerre moderne ne se distingue plus de la paix en cela qu’elle est totale. Son but n’est pas la paix avec l’adversaire (voir les guerres d’avant la Révolution française), mais la destruction de l’adversaire.</p>
<p> Au plan philosophique, cette situation nouvelle correspond à l’avènement de la puissance pour la puissance, actrice désormais déterminante du jeu mondial. La puissance est aujourd’hui l’<em>être</em> de l’<em>étant</em>. En tant qu’<em>être</em> de l’<em>étant</em>, la puissance a accaparé la moralité comme moyen. La sauvegarde des valeurs ou l’intérêt du peuple sont ravalés à l’état de prétextes au service de la puissance. Si l’on ne s’y plie pas, c’est que la propagande fonctionne mal.</p>
<p> La puissance use des dehors du droit, mais, en même temps, ne tolère aucun obstacle et ses fins peuvent donc évoluer au gré de ses caprices. La puissance ne tolère l’<em>étant</em> que s’il est exploitable, donc planifiable et bâtissable. L’homme aussi doit être exploitable et son humanité peut alors s’avérer gênante. La mobilisation implique donc que tous les hommes soient interchangeables. Lorsque la puissance se fait l’<em>être</em> de l’<em>étant</em>, l’homme devient une matière première, une « ressource ».</p>
<p> La puissance s’accomplit par l’art de faire – ou « machination », (<em>Machenschaft</em>). La puissance a besoin d’un certain type humain pour accomplir sa domination. Plus l’art de faire domine l’exercice de l’<em>être</em>, plus l’<em>étant </em>prend l’avantage sur l’<em>être</em>. Avantage pratique et succès épisodique sont les signes de la domination de l’<em>étant</em>, laquelle ne supporte aucune résistance. L’<em>être</em>, quant à lui, glisse alors dans le néant. La puissance mondiale qui ne poursuit en fait que des intérêts, met toujours des idéaux en avant. Or, la puissance ne se connaît aucune finalité.</p>
<p> La politique ne ressortit plus à la vie humaine, mais détermine tout l’<em>étant</em>. Les démocraties parlementaires le dénoncent au nom de la séparation des pouvoirs, prétendant ainsi incarner la moralité. Mais elles n’ont pas conscience de l’identité de toute puissance moderne au regard de la métaphysique. La démocratie se réclame d’un idéal défini par le « peuple ». On y fait comme si la puissance était dans les mains du peuple. Ce leurre est nécessaire au déploiement de la puissance politique. Le leurre démocratique est cultivé par les gouvernants comme par les gouvernés. La puissance, dès lors, n’est aux mains de personne, mais on la dit entre les mains de tous. Bien sûr, ce voile jeté sur la détention de la puissance se rencontre d’abord dans le despotisme et la dictature. On croit que le dictateur agit selon son bon plaisir. C’est faux. Il obéit aux exigences de sa puissance. La dictature se ferme et doit tout ramener à une conformation unique. Elle a besoin d’uniformiser tous les individus au sein du collectif pour les besoins de sa puissance planificatrice.</p>
<p> La prise du pouvoir par la puissance grâce à un art de faire que rien ne détermine est l’essence métaphysique du communisme. Il ne s’agit pas là de ses aspects politiques, sociologiques ou idéologiques. C’est le communisme au regard de l’histoire de l’<em>être</em>. Le communisme se définit usuellement comme la communauté des égaux. Il s’agit d’intégrer chacun dans l’uniformité moyenne de tous. Politiquement, cela s’accomplit par la révolution qui transmue la société bourgeoise en société sans classes. On étatise les banques, on partage les propriétés foncières, dissout les monastères et l’on remplace la culture générale par la spécialisation. On libère ainsi l’homme masse qui prend le pouvoir à travers le parti unique. Le comportement des individus est unifié et arasé. Telle est la prise du pouvoir par le « peuple ». Le prolétariat ainsi « libéré » n’a plu d’autre fin que de servir au pouvoir, mais il n’en a pas conscience. Il est prisonnier d’une vision du monde – « Weltanschauung » – qui exige la conscience de classe, l’obéissance au parti, la promotion du progrès, la création de la culture. Par une manière de maléfice s’imposent l’uniformité et l’égalité.</p>
<p> Le prolétariat au pouvoir n’a en réalité aucun pouvoir. Comme il faut bien qu’il y ait des hommes de pouvoir qui gèrent le pouvoir, ils sont peu nombreux et ne peuvent faire ce qu’ils veulent. C’est une erreur de croire qu’ils gouvernent selon leur bon plaisir. La puissance exige leur soumission à un collectif anonyme. La relation entre les dirigeants n’est pas une fraternité, mais une méfiance froide où chacun épie chacun, craignant en permanence la perte du pouvoir. La peur règne chez la <em>nomenklatura</em>. La puissance n’appartient ni au peuple, ni aux individus, ni à l’élite politique. La puissance s’exerce dans l’art de faire – ou « machination ». Le communisme est l’exercice de la puissance sur l’<em>étant</em>, la puissance s’exerçant par la « machination » comme institution de la puissance sans limites sur l’<em>étant</em>, lui-même réduit à son utilité à la « machination » elle-même.</p>
<p> Ce serait méjuger le communisme que de le concevoir comme un désir humain de vengeance, de bonheur ou de violence pure. Le communisme n’a en fait rien d’humain. L’homme n’y est plus que l’exécutant de la prise du pouvoir sur l’<em>étant</em>. La « machination » – comme essence de l’<em>être</em> – s’est emparée de l’<em>étant</em>, mais le communisme a besoin d’une façade trompeuse qui masque sa constitution métaphysique véritable – son être. Toute résistance est éliminée. Tous les liens avec tout antécédent doivent être détruits. Toute dérobade doit être impossible. Ces anéantissements sont exigés par la conquête de puissance, essence même de l’art de faire – ou « machination ». L’essence de l’histoire doit changer, y procède l’anéantissement de l’âge ancien au profit de l’ère nouvelle. Tout savoir est au service de la « machination », est fermé sur lui-même. Qu’il soit théorique ou pratique, il est l’instrument d’une pensée constructiviste qui est la forme la plus pure du communisme – prise du pouvoir de cet art de faire, ou « machination » qui met à son service le calcul utilitaire.</p>
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