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Heidegger face à Freud : l’homme est-il plus qu’un animal ?

2009 juillet 18
by Yvan Blot

A/ La conception de l’homme dans « l’introduction à la métaphysique »

Pour comprendre la question « qu’est-ce que l’homme chez Martin Heidegger ? », il est nécessaire au préalable de comprendre ce qu’il entend par l’être, la vérité de l’être, dans sa différence avec l’étant.

Un étant est toute personne ou tout objet que nous voyons et qui existe réellement. Prenons l’exemple d’une église. C’est un étant. Son être, c’est autre chose. Quel est le sens de son être ? Il n’est pas le même pour le touriste amateur d’art, pour l’enfant qui joue à l’ombre de ses murs et pour le prêtre qui y dit la messe. Pour Heidegger, seul ce dernier est dans la vérité de l’être de cette église car elle a été volontairement bâtie pour y célébrer le culte. Le culte est la cause « finale » du bâtiment.

L’homme est le seul à pouvoir saisir cette vérité de l’être, autrement dit, à entrer dans l’éclaircie de l’être, car un animal, par exemple, pourra bien voir l’église et se reposer à l’ombre de ses murs mais il ne saisira pas le sens, la  « vérité » de ce bâtiment. Heidegger n’utilise pas le mot vérité dans son sens actuel (idée conforme à la réalité) mais dans son sens originel en grec ancien. Le mot « alethéia », traduit par vérité, signifie en fait « dévoilement », c’est-à-dire création, apparition dans le monde de quelque chose qui n’existait pas auparavant. Le sens de l’être de l’église, sa vérité, est d’être la maison du Dieu chrétien et non un tas de pierre ou même une œuvre d’art. Mais elle est aussi un tas de pierre et une œuvre d’art, bien entendu, mais ces descriptions passent à côté de son essence. Ce type d’analyse, Heidegger va l’appliquer à l’homme qui est aussi un être vivant, par exemple, mais dont cette qualification ne nous dit rien de son être, de son essence.

Dans son « Introduction à la Métaphysique » (1935) qui comporte une recherche de l’essence de l’homme à l’aide d’un texte de Sophocle, Heidegger exprime son inquiétude sur notre civilisation qui, selon lui, est tombée dans « l’oubli de l’être ».

Je le cite : « nous avons dit : sur la terre, provient un obscurcissement du monde. Les événements essentiels de cet obscurcissement sont : la fuite de la divinité, la destruction de la terre, la grégarisation de l’homme, la prépondérance du médiocre. »

Le monde, entendu ici, est le monde de l’esprit. L’esprit a perdu son pouvoir car « l’Europe se trouve dans un étau entre l’URSS  et l’Amérique, qui reviennent métaphysiquement au même quant à leur appartenance au monde et à leur rapport à l’esprit ». Heidegger ne nie pas leur différence politique mais leur reproche leurs traits communs du point de vue de la métaphysique : le matérialisme, l’idolâtrie de la technique, la massification, la destruction de la terre par la technique et la rationalité étroitement économique.

Ce phénomène « d’oubli de l’être » a pris de l’ampleur au XIXème siècle en Europe : c’est « l’époque qui n’était plus assez forte pour demeurer à la mesure de la grandeur, de l’ampleur et de l’authenticité originelle du monde de l’esprit de l’idéalisme allemand (marqué par Kant et Hegel) » écrit le philosophe.

Heidegger dit de l’homme de cette époque : « l’homme (l’être-là) a commencé à glisser dans un monde qui n’avait pas la profondeur à partir de laquelle l’essentiel vient à l’homme et revient vers lui, et ainsi le force à une supériorité qui lui permette d’agir en se distinguant ». Autrement dit, Heidegger condamne un monde sans idéal. « Toutes choses sont tombées au même niveau, qui est semblable à la surface ternie d’un miroir qui n’est plus réfléchissant, qui ne renvoie plus rien. La dimension prédominante est devenue celle de l’extension et du nombre. (..) Tout cela s’est accentué ensuite en Amérique et en Russie. (..) Désormais la prédominance d’un niveau moyen où tout est égal et indifférent n’est pas une chose sans importance, (.) elle est une agression qui détruit et fait passer pour un mensonge tout ce qui a de la grandeur et toute mentalité engagée dans un monde de l’esprit. C’est l’invasion du démoniaque au sens de la malveillance dévastatrice. »

Cette crise de l’esprit ne peut être corrigée par la science car comme l’écrit Nietzsche : « un temps de barbarie commence et la science se mettra à son service ». C’est un fait : la science n’a empêché ni Hitler ni Staline, bien au contraire. Pour Heidegger, l’esprit est la résolution d’aller vers l’être, la volonté de donner du sens. Il faut un réveil de l’esprit pour « maîtriser le danger d’obscurcissement du monde et prendre en charge la mission historiale de notre peuple en tant que milieu de l’Occident, » écrit-il à propos des Allemands.

Pour Heidegger « la vraie force et la vraie beauté du corps, la sûreté et la hardiesse de l’épée, l’authenticité et l’ingéniosité de l’entendement, ont toujours leur racine dans l’esprit, et ne trouvent leur élévation ou leur décadence que dans la puissance ou l’impuissance de l’esprit. C’est lui qui porte et qui règne, qui est premier et dernier ! » On ne peut pas être plus antimatérialiste ! Mais la science comme valeur de civilisation ne peut cacher l’impuissance de l’esprit. L’esprit fonde les religions, les Etats, l’art et la poésie et la pensée philosophique. L’esprit permet d’atteindre la vérité de l’être car il donne du sens, ce que la science ne peut faire. Pour Heidegger, la science est postérieure à l’esprit, elle n’existe que parce qu’avant elle un monde de l’esprit a été créé qui lui permettait d’exister. En effet, si la recherche de la vérité ne vous motive pas, vous ne pourrez édifier une science. Il y a des préalables éthiques à l’apparition de la science. C’est pourquoi le réveil de l’esprit provoqué par le questionnement sur l’être (ou le sommeil de l’esprit provoqué par l’oubli de l’être) doit déterminer le destin de l’Occident et du monde.

La naissance d’un monde implique un combat de l’esprit : « ce combat est soutenu par ceux qui oeuvrent, poètes, penseurs, prêtres, hommes d’Etat. (..) Quand ceux qui oeuvrent se sont éloignés du peuple et ne sont plus que de simples curiosités, des ornements, sans contact avec la vie, tout juste tolérés, quand le véritable combat pour un idéal prend fin, quand le combat est réduit à la polémique, aux intrigues et machinations humaines (pour le pouvoir ou l’argent afin de dominer l’étant), alors la décadence a déjà commencé. »

Le verbe être, dans son étymologie longuement étudiée par Heidegger, veut dire  trois choses originellement : « vivre, s’épanouir, demeurer ». L’être se déploie dans le temps et l’homme a une relation spéciale au temps qui lui est propre, qui est « historiale » : dans l’historique au sens plat du terme, le passé n’existe plus (on est alors conduit à le mépriser). Le futur n’est pas encore là (on peut donc choisir de l’ignorer) et le présent est seul ce qui est. (on le surévalue : carpe diem !)

Par contre, dans la dimension historiale de l’homme, qui est celle de son être, le passé, le présent et le futur sont présents ensemble. On n’agit qu’en fonction du futur à partir des matériaux fournis par le passé : cette remarque est à méditer. Quel futur recherche-t-on ? Quel passé a-t-on pris en héritage, ou quel passé nous avons négligé, ce qui nous empêche de bâtir un futur véritable ? Ce point est important car il permet de distinguer la vie, la simple vie biologique, rivée à l’instant, de l’existence propre à l’homme qui se déroule au sein de l’histoire. L’être est ainsi connecté au devenir. Le devenir est plénitude : l’erreur du quotidien est de ressentir le temps exclusivement comme une perte : le temps s’enfuit ! Mais il faut aussi dire : le temps advient ! Le temps est aussi une ressource et il permet à l’éclaircie de l’être de se produire. C’est une des pensées essentielle de Heidegger que ce lien entre l’homme, l’être et le temps !

L’être est connecté aussi à l’apparence.  Pour les anciens Grecs, note Heidegger, l’apparaître et l’être vont de pair, d’où leur passion commune pour la vérité et pour la beauté. La gloire (doxa) est la manifestation de l’être le plus haut : doxa theou, gloria dei, gloire de Dieu. « Pour les hommes d’aujourd’hui, ajoute Heidegger, la gloire n’est plus depuis longtemps que la célébrité, et par suite quelque chose de fort douteux, un cadeau jeté et distribué ça et là par les journaux et la radio, presque le contraire de l’être ! »

Pour Heidegger, Œdipe représente le Grec type : « nous ne devons pas voir seulement en Œdipe (dans la tragédie Œdipe roi) la chute d’un homme, il faut le comprendre comme le type de l’homme en son essence (être-là) grec, comme la figure où se hasarde le plus loin la passion fondamentale de l’homme grec, qui est passion du dévoilement  de l’être, c’est-à-dire passion du combat pour l’être même. » On est ici dans un monde bien différent de celui de Freud et de son « complexe d’Œdipe ».

A ce point, Heidegger cite Pindare : c’est dans l’épreuve risquée au sein de l’étant que l’être apparaît. On est véritablement ce que l’on est qu’en ayant triomphé des épreuves du destin. « Le caractère propre à l’être homme provient de la singularité de son appartenance à l’être », écrit Heidegger. La question sur l’essence de l’homme est donc métaphysique et non anthropologique. La science ne peut que rester à la surface des choses. Elle décrit l’étant humain du point de vue biologique ou culturel, mais ne perce pas le mystère de son être. Or l’homme donne du sens au monde, en cela, il est le gardien de l’être.

1/ La conception de l’homme dans la tragédie grecque : l’homme créateur tragique !

La définition classique de l’homme, qui remonte à l’antiquité, est qu’il est un « animal rationnel ». Pour Heidegger, se représenter l’homme selon « une biologie et une psychologie vide et plate » (sic !) est un obstacle à la découverte de son essence. C’est la tragédie grecque qui crée l’essence de l’homme grec et il faut donc s’y référer dans la mesure où l’Occident est l’héritier de la pensée grecque.

Heidegger va donc analyser le premier chœur de l’Antigone de Sophocle (441 avant notre ère).

« Beaucoup de choses sont inquiétantes mais rien n’est plus inquiétant que l’homme qui s’active en s’élevant,

Par un vent du sud en hiver, il sort sur le flot écumant et navigue au milieu des vagues qui se creusent avec fureur,

Il épuise la Divinité la plus sublime, la terre indestructible et infatigable, la retournant d’année en année, faisant repasser sans cesse sur elle ses chevaux et ses charrues. »

« Intelligent, l’homme prend aussi dans ses filets la bande d’oiseaux au vol léger, il chasse les animaux des contrées sauvages et tout ce qui habite et s’agite dans la mer.

Il prévaut par ses ruses sur la bête qui passe la nuit sur les montagnes et erre,

Passant le bois sur l’encolure, il impose le joug au cheval à la rugueuse crinière et au taureau jamais dompté. »

« Il trouve aussi son lieu dans le retentissement de la parole légère comme le vent et dans la compréhension de toutes choses,  ainsi que dans l’ardeur à régir les cités. Il sait aussi comment se soustraire à l’exposition aux traits des intempéries et de gelées pénibles. »

« Partout en chemin, faisant des expériences, inexpert sans issue, il arrive au néant. De l’unique imminence, la mort, il ne peut ni fuir ni se défendre, même s’il a réussit par son adresse, à se soustraire au désarroi d’une tenace maladie »

« Créateur par sa technique, il possède magistralement l’habileté, au delà de toute espérance, mais parfois il commet l’ignoble, tandis qu’une autre fois, il commettra un acte de vaillance. Entre le statut de la terre et l’ordre juré par les Dieux, il poursuit sa route. Dominant de haut le site, exclu du site, lui pour qui toujours le non étant est étant, il existe pour l’amour du risque dans l’action. »

L’homme qui accomplit cela, qu’il ne devienne pas un intime de mon foyer et que ses illusions ne partagent pas avec moi mon savoir ».

Selon le texte, l’homme est donc défini comme ce qu’il y a de plus inquiétant (to deinotaton). « deinon » veut dire effrayant mais aussi violent : l’usage de la violence est le trait fondamental de son être. Il s’agit d’une violence constitutive et non d’une perturbation anormale. L’étant (le monde environnant) est « deinon » dans le premier sens d’inquiétant. Mais l’homme est à la fois inquiétant et violant. Il est inquiétant parce que sortant de la quiétude, du familier. L’homme est un aventurier par essence, pour les Grecs. Il se fraye une voie nouvelle et se risque dans toutes les régions de l’étant. Il fait l’épreuve de l’étant et l’on retrouve la phrase de Pindare citée plus haut. Il exploite la terre, domine les animaux, fonde des cités. Pour Heidegger, « polis » est plus que la cité au sens physique du terme, c’est le site historial de l’homme. « A ce site de l’histoire appartiennent les dieux, les temples, les prêtres, les fêtes, les jeux, les poètes, les penseurs, le roi, le conseil des anciens, l’assemblée du peuple, l’armée et la marine. » Tout cela est politique mais au sens d’historial : là, l’homme dans son peuple accomplit l’histoire.

Pour Heidegger, les rois sont des rois, les soldats des soldats, les penseurs, des penseurs etc.. mais le mot « sont » veut dire : « emploient la violence (..) et deviennent éminents dans l’être historial comme des créateurs, des hommes d’action. En même temps, ils doivent fonder tout ce qui constitue la polis.

Dans tous ces actes de création, ce qu’il y a de plus grand est toujours le commencement. C’est pourquoi Heidegger écrit : « l’erreur fondamentale est de croire que le commencement est constitué par ce qui est primitif, arriéré, maladroit et faible. Le commencement est ce qu’il y a de plus inquiétant et de plus violent. Ce qui vient ensuite n’est pas un développement du commencement, mais celui-ci s’affadit (..) devient anodin et excessif dans la difformité du grand quantitatif ». Exemple : les martyrs du début du christianisme comparés à certains évêques d’aujourd’hui ! Autre exemple : un compositeur (Wagner) et ses disciples : il y a affadissement de l’œuvre.

L’homme cependant a l’illusion de créer ses passions et son langage : « A quel point l’homme est étranger dans sa propre essence, c’est ce que trahit l’opinion qu’il nourrit de lui-même, croyant avoir créé, avoir pu créé le langage et l’intelligence, avoir pu inventé la construction et la poésie. Comment l’homme pourrait-il jamais inventer ce qui le per-domine et qui est le fondement sans lequel il ne pourrait pas être lui-même comme homme ? (..) Le faire violence du dire poétique, de l’esquisse par la pensée, de la fondation édificatrice, de l’action créatrice d’Etats, n’est pas l’exercice de pouvoirs que l’homme aurait mais consiste à dompter et à harmoniser les puissances grâce auxquelles l’étant se découvre comme tel du fait que l’homme entre en lui. Cette ouverture de l’étant est la violence que l’homme a à maîtriser pour que, dans ce faire violence au milieu de l’étant, il soit lui-même, c’est-à-dire un être historial. » Ceci est aussi exprimé par le chœur de Sophocle dans Antigone : l’homme n’a pas tout inventé.

De plus, cette action violente empêtre l’homme et lui fait oublier l’être. Mais il y a une chose qui fait échec à son faire violence : c’est la mort ! En son essence, l’homme est face à la mort.

Cette action violente de l’homme se dit en Grec « techné ». C’est un savoir mais savoir, c’est pouvoir mettre en œuvre l’être comme un étant. Techné, c’est aussi l’art car l’art affirme en l’oeuvre l’être, c’est-à-dire l’apparaître qui réside en soi-même. L’œuvre effectue l’être dans un étant (créé une signification avec des sons, ou des objets). Mais cette techné est aussi l’inquiétant.

Il y a par ailleurs un autre inquiétant qui nous domine, c’est la « diké », l’ordre du monde. « Diké » et « techné » sont face à face. Selon Heidegger, « ce face à face consiste en ceci que la tekné se soulève contre la diké, qui de son côté en tant qu’ordre, dispose de toute tekné. Ce face à face est. Il est en tant que ce qu’il y a de plus inquiétant,. Le trait fondamental du plus inquiétant (deinotaton), réside dans le rapport des deux sens du deinon, inquiétant et violent. Celui qui sait, qui maîtrise la tekné, se jette en plein milieu de l’ordre et esquisse l’être (le sens) dans l’étant, mais il ne peut jamais maîtriser l’ordre prévalant. C’est pourquoi il est ballotté entre l’ordre et le désordre, entre le vilain et le noble. Tout domptage du violent par la violence est victoire ou défaite. (..) Toutes deux, de différentes façons, risquent d’aller à leur perte. Celui qui fait violence, le créateur, qui avance dans ce qui n’est pas dit et fait irruption dans ce qui n’est pas pensé, qui obtient par force ce qui n’est pas arrivé et fait apparaître ce qu’on n’a pas vu, celui-là, faisant violence, se tient constamment dans le risque. En se risquant à maîtriser l’être, il doit s’attendre à l’afflux de l’étant négatif, à la dislocation, à l’instabilité, à l’inadaptation et au désordre. Plus éminent est le sommet de l’homme historial, plus béant est l’abîme pour la chute soudaine dans le non historial, dont on peut dire qu’il va à la dérive dans la confusion sans issue et sans site ». Le plus inquiétant est donc l’affrontement de la « diké » et de la « tekné ». C’est le propre de l’homme.

Selon Heidegger, « c’est l’être lui-même qui jette l’homme sur la voie d’un entraînement qui, forçant l’homme à se mettre en marche au-delà de lui-même, le lie à l’être pour mettre celui-ci en œuvre, et par là maintenir ouvert l’étant (..). C’est comme histoire que se confirme l’être ».

L’essence de l’homme est donc l’inquiétance ; l’être est diké et l’homme par sa tekné se heurte à lui tout en le mettant en œuvre : c’est l’histoire. L’homme en son essence est historial.

Heidegger dit aussi que le « logos » (discours, raison), en face de la phusis (monde extérieur) est le fondement de l’être homme. « être homme, c’est assumer l’appréhension de l’être de l’étant par le logos, la mise en œuvre de l’apparaître par la tekné . Etre homme, c’est donc gérer la vérité en tant que création, la préserver du voilement ». « Nous savons, écrit-il, par Héraclite et Parménide que (..) l’apparition vérité ne vient à l’étant qu’en étant effectuée par l’œuvre : l’œuvre de la parole qu’est la poésie, l’œuvre de la pierre dans le temple et la statue, l’œuvre de la parole qu’est la pensée, l’œuvre qu’est la cité en tant que site de l’histoire fondant et gardant tout cela. (..) La conquête de l’être dans l’œuvre ne se produit que sous forme d’un antagonisme constant, lutte contre le voilement, contre l’apparence ».

L’homme et donc un mortel, un créateur et un combattant, ce qui fait de lui un être risqué. On est bien au-dessus de la définition de l’homme comme d’un animal, fut-il calculateur (rationnel).

Heidegger pose alors la question du fondement ontologique de la morale : Que devient le devoir par rapport à l’être ? Pour Platon, la mesure est le Bien, « le vaillant qui peut réaliser ce qui convient » précise Heidegger. L’être ne perd pas sa vocation de modèle car « c’est l’être même qui comporte, dans son interprétation comme idée, la référence à ce qui est exemplaire et à ce qui est dû ». L’être est à la fois idea et phusis.

Si l’on oublie l’être au profit de l’étant, le devoir étant menacé par l’étant, on croit le restaurer en parlant de « valeurs ».  Pour Heidegger, les valeurs renvoient au sujet : elles sont subjectives et valoriser l’être est en fait le dévaluer ! Dieu est une valeur signifie : je choisis d’en faire une valeur, donc j’ignore son être ! Heidegger reproche au 19ème siècle et notamment à Nietzsche cette notion confuse de valeurs. Pour Nietzsche, l’homme est évaluateur en fonction de la vie ! Heidegger s’oppose à cette idée : l’homme créé du sens, et cela ne se réduit pas à des processus vitaux.

L’être est permanent dans le devenir, modèle dans l’apparence, sous-jaçant à la pensée, et pro-jaçant comme idéal. C’est un quadriparti. En dehors de l’être, l’homme titube dans l’histoire. Le nihilisme est d’être collé à l’étant. L’étant doit être fondé dans le quadriparti de l’être pour porter l’histoire.

Heidegger conclut : « Qui est l’homme ? La détermination de l’essence de l’homme n’est pas l’affaire d’une anthropologie sans base qui au fond représente l’homme de la même façon que la zoologie représente les animaux. La question vers l’être de l’homme est déterminée par la question vers l’être. L’essence de l’homme doit être comprise comme le site que l’être exige pour son ouverture. En ce Là (le site) qui est l’essence de l’homme, l’étant se tient et devient œuvre. (..) Toute la conception de l’être de la tradition occidentale se trouve ramassée dans le titre « être et penser ». Cela se fait dans le temps historial où passé, présent et avenir coexistent en l’homme. »

L’homme est mortel, créateur, combattant, historial, plongé dans un temps à trois dimensions : c’est cela « exister » et pas seulement « vivre » !

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