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Freud et la révolution des années soixante en Occident

2009 juillet 18
by Yvan Blot

5/ Freud et la révolution des années soixante

Les idées de Freud se sont propagées, même si des écoles dissidentes de développèrent. La plus importante fut celle de Carl Gustav Jung. Il y eut toute une polémique pour savoir si Jung fut ou non pro nazi. C’est du au fait qu’il accepta de 1933  à 1937 d’être à la tête de la société de psychanalyse allemande mais il refusa d’adhérer à l’institut Göring de psychothérapie, et il collabora secrètement avec les alliés. Jung fut d’abord admirateur et le successeur quasi officiel de Freud. Mais en 1908, à Vienne, un propos de Freud est à l’origine d’un début d’éloignement : Jung dit qu’il a un vif souvenir de Freud lui disant : « mon cher Jung, promettez-moi de ne jamais abandonner la théorie sexuelle. C’est le plus essentiel ! Voyez-vous, nous devons en faire un dogme, un bastion inébranlable ». Selon Jung : « cela n’a rien d’un jugement scientifique mais relève uniquement d’une volonté personnelle de puissance » et il ajoute : « ce choc frappa au cœur notre amitié ». Dès lors, Jung voit dans la psychanalyse une théorie novatrice prise dans l’auto-justification de son créateur, une théorie qui n’admet pas les autres obédiences et que Jung nommera « le matérialisme scientifique » de Freud.

Une autre dissidence est celle des freudo-marxistes. En 1927, Wilhelm Reich publie « la fonction de l’orgasme » dans lequel il accuse les psychanalystes de se plier aux idéaux du capitalisme. En 1929, il publie « matérialisme dialectique et psychanalyse ». En 1955, Herbert

Marcuse qui fut d’abord marxiste avant de s’intéresser au freudisme, publie « Eros et Civilisation » dans lequel il désigne le principe de plaisir comme seule force permettant de lutter contre l’ordre établi. En 1986, Marie Langer, argentine, auteur de « psychanalyse et révolution » rencontre Fidel Castro et organise un colloque de psychanalyse à Cuba.

L’Ecole dite de Francfort va ici jouer un grand rôle. Elle prend la forme en 1923  d’un institut de recherches sociales. De 1933 à 1950, ses dirigeants  émigrent à New York et à Berkeley en Californie. En 1950, c’est le retour à Francfort après avoir beaucoup essaimé intellectuellement en Amérique.

Marcuse a eu beaucoup d’influence sur le mouvement contestataire étudiant des années soixante en Californie notamment mais aussi en France à l’occasion des évènements de mai 68. On se souvient des slogans de l’époque : « Il est interdit d’interdire », Jouir sans entraves », « Soyez réalistes, demandez l’impossible » « On achète ton bonheur. Vole le ! » « Le patron a besoin de toi, tu n’as pas besoin de lui » « Prenez vos désirs pour des réalités », « Même si Dieu existait, il faudrait le supprimer » ! L’influence de Freud y est plus forte que celle de Marx.

Le commentaire sur Wikipedia  sous la rubrique « origines culturelles de Mai 68 » est révélateur de toute une vulgate pseudo sociologique : (par parenthèse, les sociologues n’ont prévu ni Mai 68  ni la chute de l’URSS !) « la jeunesse a maintenant sa propre culture (..) elle a aussi ses propres malaises, ses propres revendications (notamment en matière de liberté sexuelle) que les pouvoirs publics et le monde adulte tardent à comprendre (sic) ;  au plan religieux, la France est ENCORE  très catholique ; (.) les clivages sociaux sont ENCORE  extrêmement rigides (..) le paternalisme autoritaire est omniprésent (..) il est impossible de fumer dans un établissement ( !!! )ou dans les universités d’accéder pour les hommes aux internats de filles (..) le décalage est criant entre les aspirations d’une jeunesse (formée par qui ?) et les cadres moraux qu’ils sentent comme dépassés. (..) au plan philosophique, plusieurs auteurs ont eu une influence importante (. .) le freudo-marxiste Wilhelm Reich dont le manifeste « la révolution sexuelle » est paru en 1936, le livre d’Herbert Marcuse « l’homme unidimensionnel » paru en France en 1964 »

L’auteur anonyme de cette rubrique sur internet dit justement qu’il s’agit d’une dynamique internationale avec le SDS  allemand, les mouvements étudiants de Berkeley, le mythe Che Guevara ou chinois, le mouvement noir américain, etc.. Il y a un mélange de freudisme au niveau des aspirations et de marxisme dans la rhétorique et l’agitation révolutionnaire.

Mais ces mouvements des années soixante ont été préparés par toute une propagande à la télévision ou à l’école qui s’inspire en grande partie du freudisme, lequel a atteint en profondeur la société américaine qui est devenue le modèle de tout l’Occident. Il existe un freudo marxisme de gauche et un freudo libéralisme de droite qui ont en fait beaucoup de points communs. Hayek a justement discriminé entre un « vrai » libéralisme qui comprend l’importance des traditions culturelles pour une société libre, et un libéralisme « constructiviste » qui dérive facilement vers la social-démocratie, voir le socialisme révolutionnaire.

Le « mouvement des années soixante » a été négligé par beaucoup d’observateurs. Pendant les années soixante-soixante-dix, outre l’agitation militante, beaucoup de phénomènes de fonds ont frappé le monde occidental, mais aussi les pays libérés du communisme, Russie comprise.

C’est à ce moment que s’est enclenché la plus grave crise démographique de l’Occident avec un véritable effondrement de la natalité. C’est à ce moment là que des vagues d’immigration de populations de culture non européenne se sont dirigées massivement vers le monde occidental, désarmé moralement pour s’y opposer. L’idéologie de « l’homme matière première interchangeable » a favorisé le phénomène. La rhétorique des droits de l’homme n’est que le masque idéologique de cette idéologie égalitariste de l’homme interchangeable.

C’est au même moment que la criminalité faisait un bon durable dans nos sociétés. En fait de « développement durable », nous avons créé une société de « criminalité durable » ! Les statistiques sur le nombre de crimes et délits en France, même si elles sous-estiment la réalité sont parlantes : Selon le « Que-sais-je ? » sur l’insécurité, le nombre de crimes et délits est resté stable au niveau de 1,5  millions d’actes par an, de 1945  à 1968. Depuis lors, le chiffre est monté en flèche jusqu’à 4,5 ! Le phénomène s’explique en partie par l’immigration de populations mal intégrées mais cela n’explique pas tout. Dans le même temps, beaucoup de valeurs traditionnelles, y compris religieuses, déclinaient fortement. C’est aussi à cette période que la télévision a pu développer ses stéréotypes anticulturels et renforcer la réduction de la personnalité à la masse. Le schéma suivant peut être dressé : en bas, la cause matérielle, en haut la cause formelle (les normes), à gauche la cause finale (représentations religieuses) et à droite la cause motrice (massification) de la désagrégation du monde français en système utilitaire.

Désagrégation

On pourrait aussi parler des 4 M : matérialisme, massification, mafiosisation et mortalisation (ce dernier mot s’appliquant à l’indifférence, voir l’hostilité envers la vie)

Une bonne partie de cette évolution est imputable à un freudisme vulgaire qui a envahit tout le corps social : le freudisme a favorisé le développement d’une sexualité anarchique qui n’a plus rien à voir avec la reproduction ; il a favorisé un affaiblissement de la morale répressive traditionnelle qui a favorisé  l’expansion de la criminalité, il s’est opposé aux  « contraintes éducatives excessives » qui a conduit à la déculturation, à la perte de la personnalité au profit de l’homme masse et il a tout fait pour détruire ce qu’il appelait « l’illusion religieuse ».

Ce rôle négatif a été observé par de nombreux anthropologues ou adeptes des sciences humaines : on en citera deux pour finir : Arnold Gehlen et Friedrich von Hayek.

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