Skip to content

Freud et la révolution des années soixante en Occident

2009 juillet 18
by Yvan Blot

Sigmund Freud

Sigmund Freud

Après le prophète de la révolution religieuse Voltaire, le prophète de la révolution politique, Rousseau, le prophète de la révolution économique et sociale, Marx, nous avons le prophète de la révolution de la morale et du sexe, Freud.

Rousseau et Marx ont engendré des révolutions totalitaires qui ont conduit à des crimes de masse. Il n’en est pas ainsi de Freud, mais ses épigones ont réussi à provoquer une révolution « silencieuse » comme on dit au Québec, dans les années soixante, dont les conséquences sont si graves qu’elles peuvent entraîner la mort démographique, donc la mort tout court, de l’Occident et des peuples blancs (j’ose le terme puisqu’on parle de peuple noir sans provoquer de scandale semble-t-il) . C’est sans doute Freud le plus actuel de nos quatre faux prophètes et son influence explique largement les particularités de la désagrégation sociale développée dans les années soixante.

Qui fut ce Schlomo Sigismund Freud, né en 1856  à Freiberg, aujourd’hui Pribor, en république tchèque, et mort à Londres par suicide assisté en 1939 ? Le père de Freud était un commerçant juif ruiné en 1859 ; La Famille, très religieuse, s’installe à Vienne. Freud y fait ses études. Au lycée, il lit Feuerbach et conservera de ses lectures de profondes convictions matérialistes, athées et scientistes. Il fait des études de médecine. Il traduit en 1880 quatre essais de Stuart Mill, le libéral anglais à tendances sociales. En 1882, il épouse Martha Bernays, la fille du grand rabbin de Hambourg. Il devient médecin et Breuer l’intéresse à un cas d’hystérie. En 1885, il soigne à la cocaïne son ami Fleischl qu’il intoxique gravement. Il va voir Charcot à Paris pour suivre des cours. En 1895 avec Breuer, il publie des études sur l’hystérie à Vienne. Il rédige l’esquisse d’une psychologie scientifique et adresse à Fliess un schéma sur la sexualité.

En 1895 encore, il adhère à l’association maçonnique juive B’nai B’rith. Il semble que cette société l’ait beaucoup aidé d’après l’allocution de lui qui fut lue par son frère le 6 mai 1926, à la loge « Vienne », Freud étant malade. Freud prononça entre 1897 et 1917  vingt et une conférences aux B’nai B’rith, notamment sur les rêves et l’inconscient mais aussi sur Emile Zola et Anatole France. Voici quelques citations de son allocution de remerciements de Freud aux B’nai B’rith publiée dans les œuvres complètes (volume 18) parues en français  aux PUF à Paris. Freud leur est d’une grande reconnaissance et s’explique ainsi : « d’une part, j’étais parvenu pour la première fois à pénétrer dans les profondeurs de la vie pulsionnelle humaine (..) d’autre part, la communication de mes découvertes déplaisantes eut pour résultat de me faire perdre la plus grande partie de mes relations humaines d’alors ; je me sentais comme proscrit, évité de tous. Dans cet esseulement s’éveilla en moi le désir d’un cercle d’hommes choisi, à l’esprit élevé, qui m’accueilleraient amicalement en dépit de ma témérité. Votre association me fut désignée comme le lieu où pouvaient se trouver de tels hommes. »

Freud ajoute : « le fait que vous soyez juifs ne pouvaient que répondre à mon souhait car j’étais moi-même juif et il m’avait toujours paru non seulement indigne mais franchement insensé de le dénier ».  Freud précise cependant qu’il est incroyant et insensible à l’orgueil national. Mais il avoue être attiré par le monde juif par « d’obscures puissances du sentiment, d’autant plus violentes qu’elles se laissaient moins saisir en des mots ». Et surtout « c’est parce que j’étais juif que je me trouvais libre de nombreux préjugés » ; il pensait que cela le rendait intellectuellement libre pour critiquer mœurs et traditions.

Il conclut en disant à ses amis juifs francs-maçons : « vous avez été mon premier auditoire (..) je suis allé chercher rafraîchissement et incitation dans le commerce avec vous (..) que vous ayez signifié beaucoup pour moi, et beaucoup fait dans les années où j’étais des vôtres » (avant d’être malade) «  c’est ce dont je me permets de vous assurer. Recevez donc pour autrefois comme pour aujourd’hui, mes remerciements les plus chaleureux. In W.B. und E  (in Wohlwollen, Bruderliebe und Eintracht (avec bienveillance, amour fraternel et harmonie : devise du B’Nai B’rith !) votre Sigmund Freud.

Il ne faut pas en tirer la conclusion que la relation de Freud avec la communauté juive était sans nuages. Certes, avec les franc-maçons juifs, du B’nai B’rith, tout allait bien. Mais Freud se nommait lui-même avec humour « the infidel Jew » et lorsqu’il publia vers la fin de sa vie « Moïse et la religion monothéïste », il suscita un tollé dans les milieux juifs. Le livre de René Major et Chantal Talagrand « Freud, biographie » montre à quel point Freud fut haï des juifs traditionnalistes ou même simplement conservateurs : « pour Abraham Yahuda, les paroles de Freud sont aussi  « haineuses pour Israël que celles du plus fanatique des Chrétiens (sic) ».  Martin Buber, spécialiste du hassidisme, parle à propos du livre sur Moïse (qui soutient notamment que Moïse est égyptien), d’un « ouvrage regrettable, non scientifique et fondé sur des hypothèses indémontrables » (..) A Max Eitington, qui s’ouvre à Freud de sa discussion avec Martin Buber, Freud répond (.) : « les phrases pieuses de Martin Buber ne feront pas de ma à mon livre « l’interprétation des rêves ». Le « Moïse » est bien plus vulnérable et je me prépare à un assaut des Juifs contre lui ». Outre les critiques juives, il y a aussi la critique des Chrétiens : le père Vincent McNabb  du « Catholic Herald » de Londres, juge par exemple qu’ « il ne peut citer certaines pages de « l’homme Moïse », des pages qui nous incitent à nous demander si l’auteur n’est pas un obsédé sexuel ».

En résumé, Freud se sent bien parmi les juifs irréligieux ; il apprécie le sionisme dans son côté laïc. Il est fier d’être juif parce que cela lui permet de tout critiquer librement, pense-t-il ! Mais  les juifs attachés à leur tradition en vu en lui un dangereux démolisseur de leur culture !

Reprenons sa vie : en 1896, il utilise pour la première fois le terme « psychoanalyse » dans un article sur les causes des névroses.  En 1897, il commence à interpréter la tragédie de Sophocle « Œdipe roi ». Il va en Italie mais n’ose pas aller à Rome : jeune, il détestait les Romains et admirait Hannibal, le héros « sémite » !

En 1902, l’empereur François-Joseph le nomme par décret professeur extraordinaire. En 1906, ses amis pour ses cinquante ans lui offre une médaille avec son profil gravé et au revers Œdipe !  Son ami Ferenczi, psychanalyste hongrois, écrit : « les Etats sexuels intermédiaires » qui prend la défense des homosexuels. En 1907, Jung crée à Zurich la société Freud ! Ce dernier s’en félicite car il a peur que la psychanalyse soit considérée comme une « science juive » or Jung n’est pas juif ! En 1912, avec l’accord de Freud, Jones crée un « Comité secret pour veiller à la diffusion de la cause psychanalytique ». En 1913, Freud rompt avec Jung qui relativise l’importance de la sexualité dans le psychisme et qui s’intéresse aux mentalités collectives des peuples. En 1927, Freud publie son livre anti-religieux : « l’avenir d’une illusion ». En 1935, il publie « Malaise dans la civilisation ». C’est l’année où le psychanalyste Rittmeister est exécuté par les nazis pour participation au réseau Orchestre Rouge, réseau de renseignement créé pour le compte de l’armée rouge de Staline.

En 1938, se sentant menacé par le régime nazi qui annexe l’Autriche, Freud quitte Vienne  pour Londres. C’est la même année qu’il publie le début de « l’homme Moïse et la religion monothéïste » qui sera tant critiqué dans les communautés juives. En 1939, 23 septembre, le médecin de Freud Max Schur lui donne la mort par injection de morphine.

Freud n’est pas qu’un médecin et l’inventeur de la psychanalyse. Il crée autour d’elle un véritable mouvement d’idées dont il pense d’ailleurs qu’il va révolutionner la civilisation.

Pages : 1 2 3 4 5 6

No comments yet

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.