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Deux autres contrepoisons : la démocratie directe et la tradition religieuse

22 juin 2010
par Yvan Blot

Deux autres contrepoisons contre l’idéologie

oligarchique du Gestell :

La démocratie directe et la tradition religieuse

 

La dernière fois, nous avons vu les deux contrepoisons que sont la philosophie existentielle et la tradition nationale.

 Cette fois, nous allons analyser deux autres contrepoisons, la démocratie directe et la tradition religieuse

 1/ La démocratie directe

 Extension géographique

 La démocratie directe qui permet au peuple, et pas seulement à ses représentants élus, d’abroger ou d’adopter des lois, est encore très minoritaire dans le monde. C’est la démocratie représentative pure, où seuls les représentants élus du peuple adoptent formellement les lois, qui demeure encore la règle de droit commun.

 La démocratie directe fonctionne depuis 1848 en Suisse (au niveau fédéral, cantonal et local) et aux Etats-Unis (au niveau de 26 Etats fédérés sur 50 et au niveau local). Le petit Liechtenstein la pratique aussi. Depuis 1970, le référendum d’initiative populaire pour abroger une loi existe en Italie. Depuis la réunification allemande du 3 octobre 1990, la démocratie directe a été progressivement introduite dans les tous les Länder allemands et souvent aussi au niveau communal. Peu à peu, la démocratie directe gagne en extension.

 Outils de la démocratie directe

 Il y a deux outils essentiels, le référendum veto et l’initiative populaire, un frein et un moteur.

Le référendum veto consiste à permettre au peuple d’annuler une loi votée par le parlement. Il faut une pétition de citoyens, (50 000 en  Suisse, 500 000  en Italie) qui demande l’annulation de la loi. Si le nombre minimum de signatures est atteint, un débat est lancé et le référendum populaire a lieu environ six mois plus tard. Si le non l’emporte, la loi est annulée. Si le « oui » l’emporte, la loi est confirmée. C’est un frein pour s’assurer que les élus ne votent pas une loi que la majorité des citoyens réprouve, ce qui peut arriver compte tenu des puissants lobbies qui font aujourd’hui pression sur le gouvernement ou le parlement. C’est un moyen de redonner la parole aux citoyens non organisés en lobbies, en groupes de pression.

 L’initiative populaire est une pétition pour soumettre au référendum un projet de loi voulu par les citoyens signataires sur un sujet que le gouvernement ou le parlement ignorent ou ont peur d’aborder. En Suisse, le chiffre pour qu’une pétition soit valable a été relevé à 100 000 signatures. Aux Etats-Unis, le chiffre à atteindre est un pourcentage des électeurs, et il varie selon les Etats. Si le nombre de signatures est atteint, un débat est organisé sur les medias et le parlement donne son avis sur le projet en question. Il peut aussi rédiger un contre-projet qui sera soumis le même jour au référendum. Ainsi, le parlement n’est nullement mis à l’écart. La démocratie directe organise plutôt une saine concurrence entre les citoyens et les élus pour faire les lois : personne ne doit être exclu alors que la démocratie représentative pure exclut les citoyens de la fonction législative.

 Pratique

 La pratique varie beaucoup selon les Etats. En Suisse ou au Liechtenstein, tout sujet, y compris fiscal, peut être abordé. Aux Etats-Unis, c’est le cas dans le domaine de compétence de la commune ou de l’Etat fédéré car il n’y a pas de démocratie directe au niveau fédéral à l’inverse de la Suisse. En Italie (au niveau national) ou dans les Länder allemands, les sujets traitant des dépenses publiques ou des impôts sont exclus de la démocratie directe.

 Il y a eu en Suisse des référendums ou des initiatives sur les sujets les plus divers comme le financement de la sécurité sociale, l’adhésion ou non à l’Union Européenne, la construction de minarets, l’adoption de la TVA, les 35 heures, et même la suppression de l’armée (rejetée).

 Aux Etats-Unis, les grands sujets ces dernières années ont été les réductions d’impôts (la fameuse proposition 13 en Californie qui s’est ensuite diffusée dans les autres Etats), la protection de l’environnement, la lutte contre la criminalité, la peine de mort, l’avortement ou l’enseignement. Aux Etats-Unis, le citoyen conserve la possibilité de faire un recours contre le résultat d’un référendum devant la Cour Suprême d’un Etat pour violation des droits de l’homme alors que rien de semblable n’existe en Suisse. En Allemagne, le contrôle de constitutionnalité est préalable à la tenue du référendum pour éviter que le juge casse une décision populaire sortie des urnes.

 En Italie, il y a eu des référendums sur le divorce, l’échelle mobile des salaires (rejetée) notamment. En Allemagne, il y a eu des référendums sur les lois électorales, l’enseignement de la religion à l’école, l’urbanisme (faut-il autoriser la construction de tours en centre ville ?)

 Effets

 Des études universitaires très poussées en Suisse, en Allemagne aux USA  notamment ont montré que les décisions du peuple étaient toujours modérées et raisonnables. Par exemple, les Suisses ont rejeté des mesures démagogiques comme l’adoption des 35H  ou bien la suppression de l’armée.

 Sur le plan des finances publiques, les travaux des professeurs Feld et Kirchgässner ont montré en étudiant les résultats des référendums financiers aux USA  et dans les cantons suisses que là où la démocratie directe existe, les impôts et les dépenses publiques sont un tiers plus bas que dans les pays où la démocratie est purement représentative. L’endettement public est de moitié plus faible. Ce résultat est d’une extrême importance.

 Objections courantes

 Les adversaires à la démocratie directe allèguent la non-maturité et la désinformation des citoyens. Ceci n’est pas du tout avéré par les études empiriques qui portent sur près d’un siècle de pratique référendaire en Suisse et aux Etats-Unis. Le référendum donne l’occasion au citoyen d’exprimer ce qu’il vit tous les jours d’où un degré d’information et de bon sens élevé. Par contre, le citoyen, lors d’une élection, vote souvent par mimétisme et non par expérience personnelle. Hitler est arrivé au pouvoir grâce à des élections parlementaires et non par un référendum. L’élection offre par rapport au référendum moins de garanties de rationalité car le citoyen est plus rationnel pour répondre à une question concrète que pour choisir un homme.

 Circonstances d’adoption

 A chaque fois, l’adoption de la démocratie directe s’est faite pour résoudre une crise : révolte populaire en Suisse dans le canton de St Gall, corruption de la classe politique en Californie,  débat sur le divorce en Italie, suites de la réunification en Allemagne.

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deux contrepoisons : la philosophie existentielle et l’enracinement national

22 juin 2010
par Yvan Blot

Dans la précédente conférence, nous avons vu les forces de résistances sociologiques à l’oligarchie. Il s’agit à présent de voir quelles sont les armes idéologiques à la disposition de ces forces pour libérer le peuple de l’emprise du « Gestell ». Nous allons étudier quatre armes : la philosophie existentielle, l’idée de Nation, l’information expérimentale et la tradition religieuse de l’Occident. Ces quatre armes correspondent aux quatre causes de la métaphysique d’Aristote : cause formelle, cause matérielle, cause motrice et cause finale.

1/ La philosophie existentielle

La philosophie existentielle a des précurseurs comme Saint Augustin ou Pascal. Mais elle s’est développée plus tardivement en réaction contre la philosophie des Lumières centrée sur les prétentions du « moi » et de la « raison » de fonder tout le savoir et toute l’action humaine. Ce sont ces prétentions qui ont conduit peu à peu au système du Gestell qui a réduit les hommes à devenir de simples matières premières du système techno-économique.

 En général, on considère que le fondateur des philosophies existentielles est le danois Kierkegaard. Kierkegaard prenait partie pour l’individu contre le déterminisme historique de Hegel. C’est le philosophe « anti-système » par excellence. On peut citer aussi Nietzsche, Heidegger et Patocka. Tous ces philosophes distinguent la vie authentique de l’homme libre de la vie inauthentique de l’homme asservi à un système. Ce sont des philosophes de la libération et du retour aux sources, autrement dit de l’enracinement. Nous allons nous en tenir au plus grand d’entre eux, à notre avis, Martin Heidegger.

 

Le Gestell

 Heidegger a parfaitement identifié l’adversaire du peuple qui n’est pas un homme mais un système avec une gouvernance oligarchique, celle du Gestell.

 Notre monde actuel est caractérisé par la domination sur les hommes du « Gestell », terme utilisé par Heidegger pour désigner le système de mobilisation des hommes et des choses dans une perspective uniquement utilitaire. Ce système s’est développé exclusivement en Occident et s’est ensuite étendu au monde tout entier mais c’est l’Occident qui lui est le plus soumis, en l’absence de traditions contraires dues à des cultures différentes.

 Que devient l’homme dans le système du Gestell ?

 L’homme voit niée son essence qui consiste en l’ouverture à l’être, exprimée par la méditation sur le sens de la vie. L’homme du Gestell ne médite plus, il ne fait plus que calculer. Il vit « le nez dans le guidon » en se consacrant exclusivement à des tâches de production et de consommation. Son cerveau rationnel est voué au calcul et son cerveau reptilien est voué à l’Erlebnis, c’est-à-dire la satisfaction instinctive vécue dans l’instant. Il n’est plus qu’une « bête calculatrice », décrite par Ernst Jünger comme « le travailleur ». Il travaille « bêtement ». Il est étranger à la « Stimmung » la tonalité fondamentale affective qui baigne l’existence humaine douée de sens. Autrement dit, l’homme est menacé de perdre son humanité même. Il est pour le Gestell la plus importante des matières premières.

Que deviennent les libertés ?

Pour être une parfaite matière première, il est nécessaire que les hommes soient égalisés, interchangeables. Cet objectif inhumain n’est jamais présenté comme tel mais est paré des belles apparences de la lutte pour l’égalité et contre les discriminations. Cette lutte conduit directement à la réduction des libertés. Le Gestell tue ce qui reste de liberté humaine. Ce fut évident sous les formes totalitaires du communisme et du fascisme. Mais de façon plus insidieuse, on arrive métaphysiquement au même résultat dans les sociétés occidentales actuelles prétendument libérales. Le système utilise l’égalitarisme pour tuer la liberté.

Que devient la démocratie ?

 Dans le système du Gestell, la démocratie est vidée de son sens au profit de la « gouvernance oligarchique ». Cette gouvernance s’attache à faire en sorte que l’homme soit soumis aux quatre idoles que sont la technique, l’argent, la masse et l’ego qui assurent la permanence de la domination du Gestell.

 

Que devient l’égalité ?

 

L’égalité devant la loi est remise en cause par la volonté de nivellement qui passe entre autres par les politiques dites de discrimination positive. Le mérite individuel est mis en parenthèse.

 Que devient la nation ?

 La nation est niée car elle est un élément de différenciation par les racines qui gêne l’objectif de réduire les hommes à l’état de matières premières interchangeables pour l’économie.

 Que devient la propriété ?

 La propriété est aussi un élément d’enracinement et de différenciation et gêne donc l’objectif d’uniformisation des hommes dans la masse. En pratique, la propriété authentique est remise en cause par des formes de pseudo propriétés comme celles des sociétés anonymes (le mot est révélateur) où le pouvoir est dans les mains de salariés managers qui ne recherchent que des buts de profit à très court terme. C’est le règne du « court-termisme » !

 Que devient la paix ?

 La paix a perdu son sens depuis que la guerre a été mise hors la loi. Car le mot paix n’a plus de sens si le mot de guerre perd le sien. C’est comme le jour qui n’a de sens que par rapport à la nuit ! (Héraclite). En pratique, la guerre se développe autour des objectifs du Gestell : pour le contrôle des ressources pétrolières au Moyen Orient par exemple !  Mais le discours de l’oligarchie qui gère le Gestell masque toujours la réalité au nom de « valeurs » mises en avant à des fins de manipulation. On ne dira jamais que l’on fait la guerre pour contrôler des sources d’énergie mais pour « défendre les valeurs de la démocratie » démocratie niée par ailleurs par le système de « gouvernance » oligarchique dont la commission de Bruxelles est un bon exemple.

Que devient la sécurité ?

 Les migrations organisées par la logique du Gestell (il faut que les matières premières humaines soient totalement mobiles au moindre coût !) créent des situations de déracinement qui secrètent la délinquance et l’insécurité. Le Gestell par nature laisse prospérer le crime lorsqu’il correspond à une logique de profit à court terme comme c’est le cas avec le trafic de drogue. La morale de l’Erlebnis (plaisir instantané satisfaisant le cerveau reptilien) favorise le comportement délinquant infantile (déresponsabilisation). La morale du calcul fonctionnel comme formule de la volonté de puissance pour la puissance aboutit à la perte du sens moral fondé sur la tonalité affective. L’affectivité est un obstacle au tout calcul et au tout instinct. Dans ce contexte de déshumanisation, l’insécurité se développe partout où le Gestell est la force dominante.

 Que devient la famille ?

 La famille est un élément d’enracinement et une institution fondée sur l’affectivité donc elle a une essence contradictoire avec celle du Gestell. Ce dernier va donc la détruire sans le dire en mobilisant les forces du cerveau reptilien (soit disant liberté sexuelle) et du cerveau calculateur (l’ego au-dessus de tout). Cela entraine la chute démographique de l’Occident donc l’auto destruction du système lui-même à moyenne échéance.

Le Gestell débouche donc sur l’inhumain. Il l’a montré avec les deux dernières guerres mondiales et avec les systèmes totalitaires. Mais le Gestell a survécu à la chute de ces derniers systèmes. Mais il n’est pas possible de construire durablement sur de l’inhumain comme les crises financières, démographiques ou autres le montrent. Le Gestell contient donc une contradiction interne qui peut permettre à l’homme de s’en libérer. Cette libération ne peut se faire que dans des crises douloureuses comme Heidegger l’a annoncé. Alors, les citoyens prennent conscience du danger contenu dans le Gestell. C’est pour l’oligarchie le « populisme ». Ce mouvement ramène l’homme à son essence au sein du quadriparti (racines, idéaux, personne humaine, retour du sacré). Tout ce qui va dans ces quatre directions contribue à libérer l’homme de la tyrannie du Gestell.

 Mais Heidegger ne pense pas que la victoire de l’identité humaine sur le Gestell se fera sans heurts. La prise de conscience permettant de sortir du Gestell ne peut se faire que par des crises et des souffrances.

 Dans le chapitre « dépassement de la métaphysique » d’Essais et Conférences[1], Heidegger écrit : « le déclin s’accomplit à la fois par l’effondrement du monde marqué par la métaphysique et par la dévastation de la terre, résultat de la métaphysique[2]. Effondrement et dévastation trouvent l’accomplissement qui leur convient, en ceci que l’homme de la métaphysique, l’animal calculateur s’installe comme bête de travail. Cette installation confirme l’extrême aveuglement de l’homme touchant l’oubli de l’être. Mais l’homme veut être lui-même le volontaire de la volonté de volonté, pour lequel toute vérité se transforme en l’erreur même dont il a besoin, afin qu’il puisse être sûr de se faire illusion. Il s’agit pour lui de ne pas voir que la volonté de volonté ne peut rien vouloir d’autre que la nullité du néant, en face de laquelle il s’affirme sans pouvoir connaître sa propre et complète nullité.

 Avant que l’être puisse se montrer dans sa vérité primordiale, il faut que l’être comme volonté soit brisé, que le monde soit renversé, la terre livrée à la dévastation et l’homme contraint à ce qui n’est que travail. C’est seulement après ce déclin que devient sensible la durée abrupte du commencement. Dans le déclin, tout prend fin. Tout c’est-à-dire l’étant dans l’horizon entier de la vérité de la métaphysique. Le déclin s’est déjà produit. Les suites de cet événement sont les grands faits de l’histoire mondiale qui ont marqué ce siècle.

 La vérité cachée de l’être se refuse aux hommes de la métaphysique. La bête de travail est abandonnée au vertige de ses fabrications, afin qu’elle se déchire elle-même, qu’elle se détruise et qu’elle tombe dans la nullité du néant ».

 Le Geviert

 Quelle est la politique qui serait celle d’un monde libéré du Gestell ? Une politique qui permette à l’homme d’habiter dans le « Geviert », le quadriparti. En effet, pour Heidegger, l’homme n’est pas dissociable de l’être et de son environnement. L’homme fidèle à son essence est inséré dans le « Geviert » dont les quatre pôles sont la terre, le ciel, la Divinité et les hommes. L’homme, pour Heidegger, est en habitant sur la terre, sous le ciel, face à Dieu et parmi les autres hommes.

La terre, ce sont ses racines, famille, lignée, patrie. Il est « jeté » à sa naissance dans le monde et bénéficie d’un héritage terrestre envers lequel il est endetté, qu’il l’admette ou non.

 Le ciel correspond au déroulement du temps dans lequel l’homme formule un projet à partir de ses racines.

 Le Dieu face auquel l’homme se mesure donne le sens final de sa vie.

 Les hommes sont les mortels avec lesquels il vit de façon responsable. Tout ceci forme un monde sans lequel l’homme est déshumanisé. La politique de l’homme qui retrouve son essence humaine consiste à « ménager » le Geviert, à le respecter. Cela suppose de faire une place à ce qui ne se calcule pas : l’héroïsme, la générosité, l’amour du don de l’être, toutes sortes de valeurs cultivées autrefois par le clergé et l’aristocratie, mais aussi par le petit peuple, mais qui ont été reniées par les fonctionnaires bourgeois du Gestell. C’est là la part de vérité de Marx lorsqu’il écrit : « la grande bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, l’enthousiasme chevaleresque et la sentimentalité petite bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste ».

 L’habitation dans le Geviert suppose la relativisation des quatre idoles du Gestell qui sont la technique, l’argent, la masse et l’ego au profit des racines chaleureuses, des idéaux gratuits, de la personnalité et du Sacré divin. Le ménagement du Geviert doit être conduit selon Heidegger par des personnalités dont la vocation est celle du don : le prêtre, le soldat qui est aussi homme d’Etat, le penseur et le poète.

 2/ les institutions d’enracinement : Famille, lignée, patrie, nation

 a/ La nation, socle sur lequel l’homme vient habiter.

 Je dis bien l’homme, pas l’animal. L’animal ne connaît pas la nation. L’absence de conscience nationale est de ce point de vue une régression historique, voire anthropologique. L’animal calculateur du Gestell (pompeusement appelé rationnel) ignore aussi la nation. Il n’est en effet qu’une matière première pour la production (calcul) et pour la consommation (satisfaction des instincts). Ce n’est pas étonnant car le Gestell déshumanise l’homme 

Qu’est-ce que la Nation ? A notre avis, la notion est dérivée de la « polis » grecque. Selon Michel Haar [3] , « la polis est la place essentielle de l’homme grec, l’espace où il vient à lui-même, à son histoire (..) c’est à l’intérieur de la polis que l’art, la techné, de même que la relation aux dieux, dans les œuvres, le culte, les liturgies théâtrales et les sacrifices prennent sens et trouvent place ». Aristote a pu dire que l’homme est « zoon politikon » ce qui ne veut pas dire que l’homme est politique mais qu’il est un vivant habitant une cité nation. C’est une erreur de dire de la polis qu’elle est cité état. Son essence est, comme le montre Thucydide dans la « Guerre du Péloponnèse » dans les hommes et dans les dieux. Son essence n’est pas dans le sol ni dans les lois qui définissent l’Etat. Quand Athènes change de régime politique et donc de lois, et ce fut fréquent, elle reste Athènes. Thémistocle demande au peuple d’embarquer sur les bateaux et de laisser les Perses occuper la ville. Car Athènes est là où il y a des Athéniens.

 A présent, c’est l’inverse, La France serait là où il y a l sol et les lois ; on se désintéresse des hommes et de la divinité. C’est le matérialisme du Gestell : avec un sol et des lois, on peut obtenir des résultats économiques. Par contre, les dieux sont inutiles et les hommes interchangeables. On peut dire que l’article de notre constitution qui dit que la souveraineté est dans la nation est caduc. La souveraineté a été transférée à des normes fixées par l’oligarchie sur le sol français. Le peuple ne la maîtrise plus.

 Notre conception de la nation est un produit de l’histoire, de notre histoire issue des Grecs et des romains et remaniée au fil du temps. Dire que la nation date de la révolution et n’existait pas sous Jeanne d’Arc est une aberration. 

 Mais alors, si la nation est un contrepoison à l’idéologie du Gestell, qu’est-elle donc ? Pour répondre à cette question, il faut la mettre en relation avec deux événements clés qui font la vie humaine dans son essence, la vie et la mort.

b/ Naissance et mort

 1/ Il y a comme le suggère l’étymologie, tout d’abord, un lien entre naissance et nation. La nation se compose des personnes issues par filiation des mêmes familles. C’est le droit du sang et non du sol qui est déterminant. De même, la patrie est la terre des pères. Il y a indiscutablement une connexion entre l’idée de famille et l’idée de nation. La nation est un ensemble de familles, voir de tribus. C’est la famille qui permet à la nation de survivre dans le temps. La famille dans le temps s’appelle la lignée. La cause finale de la famille est la reproduction. Le mariage n’est que la cause formelle, l’amour la cause motrice et la sexualité la cause matérielle, pour utiliser les catégories d’Aristote.

 2/ Le lien entre la mort et la nation.

 Pas de nation sans naissances donc sans familles. Pas de nation non plus sans un rapport particulier avec la mort. Pour Heidegger, l’homme est d’abord un mortel et non un animal calculateur (animal « raisonnable » n’est qu’un embellissement rhétorique pour animal calculateur). L’animal ignore qu’il mourra un jour : il ne meurt pas, il périt ! Seul l’homme peut mourir y compris volontairement. Dans le Christianisme, le Dieu meurt : c’est en cela qu’il s’est vraiment fait homme ! L’armée est une institution sacrée car elle gère la mort. C’est pourquoi il y a des monuments aux morts pour raviver le souvenir de ceux qui sont morts pour la nation. Le soldat est d’abord celui qui donne sa vie, qui offre son sang à la nation. Il n’est rien de plus haut que d’offrir sa vie pour défendre ce que l’on aime.

Par la mort, le soldat sauve la nation. Par la naissance, la famille sauve la nation. Ces deux institutions sont pour cela sacrées, et non un simple « contrat ». Dans le Gestell, la famille est un simple contrat utilitaire, quasi commercial, et le soldat est un contractuel mercenaire. Le mercenaire peut être un étranger, non le véritable soldat, comme on le voit avec l’utilisation généralisée des mercenaires par l’armée américaine en Irak.

 C’est tout le problème de « la guerre à l’américaine » : on cherche le maximum de rendement et la notion d’honneur est évacuée comme archaïque car non purement utilitaire. Cela donne notamment le bombardement indistinct des civils et des militaires par l’aviation. Auschwitz et le Goulag furent des choses abominables mais ont été instrumentalisés pour faire oublier Hiroshima et Dresde : des bombardements massifs de villes peuplées essentiellement de vieillards, de femmes et d’enfants, non de soldats. Les crimes sont les mêmes (assassinat de civils désarmés) mais l’idéologie veut exempter les anglo-américains. De plus, dans le Gestell, tous les hommes sont interchangeables. La distinction soldat/ civil est effacée au même titre que la distinction national/ étranger ! Après tout, pour le Gestell, les civils comme matière premières participent aussi à l’effort de guerre, dans les usines par exemple, et on peut donc les tuer pour des raisons fonctionnelles.

3/ L’habitation dans la nation.

Heidegger insiste sur le fait que l’homme n’est pas séparable du monde qui l’entoure et qui le pénètre. Il y a co appartenance entre le monde et l’homme à travers l’être. Etre, c’est habiter. Or, l’homme habite dans la nation qui établit un lien communautaire entre l’individu et le collectif. Ce lien est affectif, comme l’a montré le sociologue Tönnies. C’est pourquoi le Gestell s’acharne à détruire ce lien, soit en le relativisant (société multiculturelle) soit en l’asséchant (tout réduire au marché et à l’échange utilitaire, élimination du don). On ne veut dans le système du Gestell n’avoir à faire qu’à des masses et des egos, ni nations, ni personnes humaines véritables.

 Michel Haar décrit bien cette situation : « le règne des masses fait partie du gigantesque, c’est-à-dire de ce par quoi le quantitatif devient une qualité propre. Il ne faut pas comprendre ce règne seulement comme un phénomène social, démographique ou politique, bien que le collectivisme ou l’américanisme en soient les manifestations les plus frappantes. La massification suppose une mutation logique du sujet qui prélude à son effacement. Le citoyen (national) d’autrefois est maintenant réprimé et embrigadé dans le Nous qui par l’intermédiaire des moyens d’information de masse normalise et standardise toutes les possibilités de décisions économiques et politiques. (..) L’homme ne subsiste plus que comme un matériau exploitable et manipulable aux seules fins de la conservation et de l’accroissement de tels ensembles

Désormais installé sur toute la planète (..) où les conditions d’existence tendent hâtivement à s’uniformiser, l’homme habite-t-il encore quelque part ? Le « où » de son habitation semble anéanti. L’habitation est l’incarnation dans un lieu d’une relation spécifique à l’ensemble du monde. Habiter, c’est être, et être, c’est habiter. C’est pourquoi l’oubli de l’être est aussi l’oubli de l’habitation. (..) se déplaçant de plus en plus souvent et de plus en plus rapidement, l’homme tend à perdre ses attaches avec un lieu familier rassemblant son être et dont son être dépend, lieu natal ou lieu d’élection. Pourtant, ce n’est pas la planétarisation qui menace ou détruit le lieu familier, c’est inversement l’absence de terre familière (Heimatlosigkeit : absence de patrie) à demi avouée, à demi niée, de l’homme relativement à son essence est compensée par la conquête organisée de la terre (..) La Heimatlosigkeit (absence de patrie) a donc une double signification ; c’est le manque d’enracinement de l’existence et des œuvres dans une terre particulière (les productions de la culture se standardisent et s’universalisent toujours davantage dans le mauvais sens) ; c’est plus profondément une perte de familiarité de l’homme avec lui-même (..) La subjectivité ne lui assure plus de point d’appuis ou d’assisse.  Il se voit contraint de fuir le vide de son identité métaphysique par le pur accroissement quantitatif de puissance. (..) Mais l’homme techniquement aliéné ne peut pas sortir de son aliénation par une prise de conscience : celle-ci lui est interdite. L’errance constitue un esclavage plus radical que toute aliénation ».

C’est pourquoi il faut que l’homme moderne subisse la crise de façon douloureuse pour pouvoir prendre conscience des conditions du salut. Ces conditions sont pour Heidegger le détachement à l’égard des choses (Gelassenheit) et l’ouverture au mystère de notre existence qui le conduiront à penser, c’est-à-dire à questionner, et donc à remettre en cause le Gestell.

 On se trouve donc, selon Heidegger, en présence de deux types d’hommes, l’animal calculateur et le « mortel » ! Le premier est destructeur de la nation : elle empêche en effet de rendre les hommes totalement interchangeables en tant que matières premières. Le mortel au contraire trouve un sens à sa vie car la possibilité de la mort accroît sa valeur, et même un sens à sa mort comme c’est le cas d’un héros.

Par contre, en détruisant la nation, le Gestell ramène l’homme au calcul et à l’animalité. Le calcul fait-il la supériorité de l’homme sur l’animal ? Toute notre tradition civilisatrice le nie : le martyr chrétien ou le héros guerrier qui peuvent parfois fusionner comme chez Jeanne d’Arc, ne calculent pas dans un but utilitaire pour donner un sens à leur vie !

Les composants de la nation sont multiples : Dans le cas de la France, selon le général De Gaulle, il y a la race blanche (dans sa majorité), la langue latine, la culture d’origine gréco-romaine et la religion chrétienne. Par contre, ni l’argent, ni la technique, ni la science, ni même le droit ne font la nation (en supprimant le droit de propriété, les communistes ont mutilé les hommes mais ils n’ont pas fait disparaître la Russie. Par contre, si vous enlevez un des quatre critères de De Gaulle, la France ne serait plus la France !

4/ Le ménagement (schonen) de la nation

Heidegger explique dans son extraordinaire livre « Essais et conférences » ou « Recueillement » ce qu’est le ménagement du quadriparti.[4]

 Le quadriparti est constitué de la terre, du ciel, de la divinité et des hommes. Ménager le quadriparti consiste à « sauver la terre », à sauver les racines au lieu de les exploiter jusqu’à épuisement. Ménager le quadriparti, c’est accueillir le ciel comme ciel, donc respecter le déroulement du temps, le murissement des choses, ne pas faire de révolution. Ménager le quadriparti, c’est attendre le Divin comme tel et ne pas tomber dans l’adoration des idoles, dans la superstition. Enfin, ménager le quadriparti, c’est conduire les mortels en dehors de la futilité et de la dispersion afin qu’ils existent conformément à leur être propre. Ce quadruple ménagement est ce que Heidegger appelle pratiquer l’habitation. Ménager la nation correspond surtout au premier volet de ce programme, à savoir sauver la terre et les racines d’une exploitation dévastatrice.

Ménager la nation, la respecter, est un moyen de lutter contre l’uniformisation et la déshumanisation du monde : cela suppose comme on l’a vu, de conserver le caractère sacré de la famille procréatrice et de l’armée, les deux institutions indispensables à la survie nationale car gérant la naissance et la mort.

 Cela suppose aussi d’inverser les priorités du Gestell qui règnent aujourd’hui :

 - mettre l’homme avant le sol.

 - mettre Dieu avant le droit. Car la liberté ne donne de bons fruits que si le sacré est respecté, par exemple, le caractère sacré de la vie humaine. La liberté sans aucun sens du Sacré mène vite au crime.

 - mettre l’identité (qui rassemble) avant l’égalité (qui disperse) comme le montre Heidegger dans Essais et Conférences : « l’homme habite en poète[5] » : « L’identité écarte tout empressement à résoudre les différences dans l’égal ; l’identité rassemble le différent dans une union originelle. L’égal au contraire disperse dans l’unité fade de l’un simplement uniforme »

 - mettre l’histoire avant l’instant. Exister au sein d’une nation suppose la connaissance de son histoire et sa prise en charge affective.

 Finalement, nous avons trouvé deux premiers contrepoisons à l’idéologie du Gestell, la philosophie existentielle et l’enracinement dans la nation. Il y a encore deux autres contrepoisons : l’un est politique (la démocratie directe), l’autre est religieux (restauration du Sacré) : ces deux derniers thèmes seront vus dans le prochain chapitre.

 

 

Yvan Blot

 


[1] Essais et conférences, Gallimard, p.82

[2] Dévastation pour Heidegger est plus que destruction. La destruction touche le passé. La dévastation, en outre, empêche un avenir de se construire : la dévastation est élimination de la mémoire donc de l’identité

[3] Michel Haar, « Heidegger et l’essence de l’homme » Millon, 2002 p.221

[4] Op.cit. p.178

[5] Essais et conférences, Chapitre : « l’homme habite en poète » op.cit. p.23

Dans la précédente conférence, nous avons vu les forces de résistances sociologiques à l’oligarchie. Il s’agit à présent de voir quelles sont les armes idéologiques à la disposition de ces forces pour libérer le peuple de l’emprise du « Gestell ». Nous allons étudier quatre armes : la philosophie existentielle, l’idée de Nation, l’information expérimentale et la tradition religieuse de l’Occident. Ces quatre armes correspondent aux quatre causes de la métaphysique d’Aristote : cause formelle, cause matérielle, cause motrice et cause finale.

 

1/ La philosophie existentielle

 

La philosophie existentielle a des précurseurs comme Saint Augustin ou Pascal. Mais elle s’est développée plus tardivement en réaction contre la philosophie des Lumières centrée sur les prétentions du « moi » et de la « raison » de fonder tout le savoir et toute l’action humaine. Ce sont ces prétentions qui ont conduit peu à peu au système du Gestell qui a réduit les hommes à devenir de simples matières premières du système techno-économique.

 

En général, on considère que le fondateur des philosophies existentielles est le danois Kierkegaard. Kierkegaard prenait partie pour l’individu contre le déterminisme historique de Hegel. C’est le philosophe « anti-système » par excellence. On peut citer aussi Nietzsche, Heidegger et Patocka. Tous ces philosophes distinguent la vie authentique de l’homme libre de la vie inauthentique de l’homme asservi à un système. Ce sont des philosophes de la libération et du retour aux sources, autrement dit de l’enracinement. Nous allons nous en tenir au plus grand d’entre eux, à notre avis, Martin Heidegger.

 

Le Gestell

 

Heidegger a parfaitement identifié l’adversaire du peuple qui n’est pas un homme mais un système avec une gouvernance oligarchique, celle du Gestell.

 

Notre monde actuel est caractérisé par la domination sur les hommes du « Gestell », terme utilisé par Heidegger pour désigner le système de mobilisation des hommes et des choses dans une perspective uniquement utilitaire. Ce système s’est développé exclusivement en Occident et s’est ensuite étendu au monde tout entier mais c’est l’Occident qui lui est le plus soumis, en l’absence de traditions contraires dues à des cultures différentes.

 

Que devient l’homme dans le système du Gestell ?

 

L’homme voit niée son essence qui consiste en l’ouverture à l’être, exprimée par la méditation sur le sens de la vie. L’homme du Gestell ne médite plus, il ne fait plus que calculer. Il vit « le nez dans le guidon » en se consacrant exclusivement à des tâches de production et de consommation. Son cerveau rationnel est voué au calcul et son cerveau reptilien est voué à l’Erlebnis, c’est-à-dire la satisfaction instinctive vécue dans l’instant. Il n’est plus qu’une « bête calculatrice », décrite par Ernst Jünger comme « le travailleur ». Il travaille « bêtement ». Il est étranger à la « Stimmung » la tonalité fondamentale affective qui baigne l’existence humaine douée de sens. Autrement dit, l’homme est menacé de perdre son humanité même. Il est pour le Gestell la plus importante des matières premières.

 

Que deviennent les libertés ?

 

Pour être une parfaite matière première, il est nécessaire que les hommes soient égalisés, interchangeables. Cet objectif inhumain n’est jamais présenté comme tel mais est paré des belles apparences de la lutte pour l’égalité et contre les discriminations. Cette lutte conduit directement à la réduction des libertés. Le Gestell tue ce qui reste de liberté humaine. Ce fut évident sous les formes totalitaires du communisme et du fascisme. Mais de façon plus insidieuse, on arrive métaphysiquement au même résultat dans les sociétés occidentales actuelles prétendument libérales. Le système utilise l’égalitarisme pour tuer la liberté.

 

Que devient la démocratie ?

 

Dans le système du Gestell, la démocratie est vidée de son sens au profit de la « gouvernance oligarchique ». Cette gouvernance s’attache à faire en sorte que l’homme soit soumis aux quatre idoles que sont la technique, l’argent, la masse et l’ego qui assurent la permanence de la domination du Gestell.

 

Que devient l’égalité ?

 

L’égalité devant la loi est remise en cause par la volonté de nivellement qui passe entre autres par les politiques dites de discrimination positive. Le mérite individuel est mis en parenthèse.

 

Que devient la nation ?

 

La nation est niée car elle est un élément de différenciation par les racines qui gêne l’objectif de réduire les hommes à l’état de matières premières interchangeables pour l’économie.

 

Que devient la propriété ?

 

La propriété est aussi un élément d’enracinement et de différenciation et gêne donc l’objectif d’uniformisation des hommes dans la masse. En pratique, la propriété authentique est remise en cause par des formes de pseudo propriétés comme celles des sociétés anonymes (le mot est révélateur) où le pouvoir est dans les mains de salariés managers qui ne recherchent que des buts de profit à très court terme. C’est le règne du « court-termisme » !

 

Que devient la paix ?

 

La paix a perdu son sens depuis que la guerre a été mise hors la loi. Car le mot paix n’a plus de sens si le mot de guerre perd le sien. C’est comme le jour qui n’a de sens que par rapport à la nuit ! (Héraclite). En pratique, la guerre se développe autour des objectifs du Gestell : pour le contrôle des ressources pétrolières au Moyen Orient par exemple !  Mais le discours de l’oligarchie qui gère le Gestell masque toujours la réalité au nom de « valeurs » mises en avant à des fins de manipulation. On ne dira jamais que l’on fait la guerre pour contrôler des sources d’énergie mais pour « défendre les valeurs de la démocratie » démocratie niée par ailleurs par le système de « gouvernance » oligarchique dont la commission de Bruxelles est un bon exemple.

 

Que devient la sécurité ?

 

Les migrations organisées par la logique du Gestell (il faut que les matières premières humaines soient totalement mobiles au moindre coût !) créent des situations de déracinement qui secrètent la délinquance et l’insécurité. Le Gestell par nature laisse prospérer le crime lorsqu’il correspond à une logique de profit à court terme comme c’est le cas avec le trafic de drogue. La morale de l’Erlebnis (plaisir instantané satisfaisant le cerveau reptilien) favorise le comportement délinquant infantile (déresponsabilisation). La morale du calcul fonctionnel comme formule de la volonté de puissance pour la puissance aboutit à la perte du sens moral fondé sur la tonalité affective. L’affectivité est un obstacle au tout calcul et au tout instinct. Dans ce contexte de déshumanisation, l’insécurité se développe partout où le Gestell est la force dominante.

 

Que devient la famille ?

 

La famille est un élément d’enracinement et une institution fondée sur l’affectivité donc elle a une essence contradictoire avec celle du Gestell. Ce dernier va donc la détruire sans le dire en mobilisant les forces du cerveau reptilien (soit disant liberté sexuelle) et du cerveau calculateur (l’ego au-dessus de tout). Cela entraine la chute démographique de l’Occident donc l’auto destruction du système lui-même à moyenne échéance.

 

Le Gestell débouche donc sur l’inhumain. Il l’a montré avec les deux dernières guerres mondiales et avec les systèmes totalitaires. Mais le Gestell a survécu à la chute de ces derniers systèmes. Mais il n’est pas possible de construire durablement sur de l’inhumain comme les crises financières, démographiques ou autres le montrent. Le Gestell contient donc une contradiction interne qui peut permettre à l’homme de s’en libérer. Cette libération ne peut se faire que dans des crises douloureuses comme Heidegger l’a annoncé. Alors, les citoyens prennent conscience du danger contenu dans le Gestell. C’est pour l’oligarchie le « populisme ». Ce mouvement ramène l’homme à son essence au sein du quadriparti (racines, idéaux, personne humaine, retour du sacré). Tout ce qui va dans ces quatre directions contribue à libérer l’homme de la tyrannie du Gestell.

 

Mais Heidegger ne pense pas que la victoire de l’identité humaine sur le Gestell se fera sans heurts. La prise de conscience permettant de sortir du Gestell ne peut se faire que par des crises et des souffrances.

 

Dans le chapitre « dépassement de la métaphysique » d’Essais et Conférences[1], Heidegger écrit : « le déclin s’accomplit à la fois par l’effondrement du monde marqué par la métaphysique et par la dévastation de la terre, résultat de la métaphysique[2]. Effondrement et dévastation trouvent l’accomplissement qui leur convient, en ceci que l’homme de la métaphysique, l’animal calculateur s’installe comme bête de travail. Cette installation confirme l’extrême aveuglement de l’homme touchant l’oubli de l’être. Mais l’homme veut être lui-même le volontaire de la volonté de volonté, pour lequel toute vérité se transforme en l’erreur même dont il a besoin, afin qu’il puisse être sûr de se faire illusion. Il s’agit pour lui de ne pas voir que la volonté de volonté ne peut rien vouloir d’autre que la nullité du néant, en face de laquelle il s’affirme sans pouvoir connaître sa propre et complète nullité.

 

Avant que l’être puisse se montrer dans sa vérité primordiale, il faut que l’être comme volonté soit brisé, que le monde soit renversé, la terre livrée à la dévastation et l’homme contraint à ce qui n’est que travail. C’est seulement après ce déclin que devient sensible la durée abrupte du commencement. Dans le déclin, tout prend fin. Tout c’est-à-dire l’étant dans l’horizon entier de la vérité de la métaphysique. Le déclin s’est déjà produit. Les suites de cet événement sont les grands faits de l’histoire mondiale qui ont marqué ce siècle.

 

La vérité cachée de l’être se refuse aux hommes de la métaphysique. La bête de travail est abandonnée au vertige de ses fabrications, afin qu’elle se déchire elle-même, qu’elle se détruise et qu’elle tombe dans la nullité du néant ».

 

Le Geviert

 

Quelle est la politique qui serait celle d’un monde libéré du Gestell ? Une politique qui permette à l’homme d’habiter dans le « Geviert », le quadriparti. En effet, pour Heidegger, l’homme n’est pas dissociable de l’être et de son environnement. L’homme fidèle à son essence est inséré dans le « Geviert » dont les quatre pôles sont la terre, le ciel, la Divinité et les hommes. L’homme, pour Heidegger, est en habitant sur la terre, sous le ciel, face à Dieu et parmi les autres hommes.

La terre, ce sont ses racines, famille, lignée, patrie. Il est « jeté » à sa naissance dans le monde et bénéficie d’un héritage terrestre envers lequel il est endetté, qu’il l’admette ou non.

 

Le ciel correspond au déroulement du temps dans lequel l’homme formule un projet à partir de ses racines.

 

Le Dieu face auquel l’homme se mesure donne le sens final de sa vie.

 

Les hommes sont les mortels avec lesquels il vit de façon responsable. Tout ceci forme un monde sans lequel l’homme est déshumanisé. La politique de l’homme qui retrouve son essence humaine consiste à « ménager » le Geviert, à le respecter. Cela suppose de faire une place à ce qui ne se calcule pas : l’héroïsme, la générosité, l’amour du don de l’être, toutes sortes de valeurs cultivées autrefois par le clergé et l’aristocratie, mais aussi par le petit peuple, mais qui ont été reniées par les fonctionnaires bourgeois du Gestell. C’est là la part de vérité de Marx lorsqu’il écrit : « la grande bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, l’enthousiasme chevaleresque et la sentimentalité petite bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste ».

 

L’habitation dans le Geviert suppose la relativisation des quatre idoles du Gestell qui sont la technique, l’argent, la masse et l’ego au profit des racines chaleureuses, des idéaux gratuits, de la personnalité et du Sacré divin. Le ménagement du Geviert doit être conduit selon Heidegger par des personnalités dont la vocation est celle du don : le prêtre, le soldat qui est aussi homme d’Etat, le penseur et le poète.

 

2/ les institutions d’enracinement : Famille, lignée, patrie, nation

 

a/ La nation, socle sur lequel l’homme vient habiter.

 

Je dis bien l’homme, pas l’animal. L’animal ne connaît pas la nation. L’absence de conscience nationale est de ce point de vue une régression historique, voire anthropologique. L’animal calculateur du Gestell (pompeusement appelé rationnel) ignore aussi la nation. Il n’est en effet qu’une matière première pour la production (calcul) et pour la consommation (satisfaction des instincts). Ce n’est pas étonnant car le Gestell déshumanise l’homme.

 

Qu’est-ce que la Nation ? A notre avis, la notion est dérivée de la « polis » grecque. Selon Michel Haar [3] , « la polis est la place essentielle de l’homme grec, l’espace où il vient à lui-même, à son histoire (..) c’est à l’intérieur de la polis que l’art, la techné, de même que la relation aux dieux, dans les œuvres, le culte, les liturgies théâtrales et les sacrifices prennent sens et trouvent place ». Aristote a pu dire que l’homme est « zoon politikon » ce qui ne veut pas dire que l’homme est politique mais qu’il est un vivant habitant une cité nation. C’est une erreur de dire de la polis qu’elle est cité état. Son essence est, comme le montre Thucydide dans la « Guerre du Péloponnèse » dans les hommes et dans les dieux. Son essence n’est pas dans le sol ni dans les lois qui définissent l’Etat. Quand Athènes change de régime politique et donc de lois, et ce fut fréquent, elle reste Athènes. Thémistocle demande au peuple d’embarquer sur les bateaux et de laisser les Perses occuper la ville. Car Athènes est là où il y a des Athéniens.

 

A présent, c’est l’inverse, La France serait là où il y a le sol et les lois ; on se désintéresse des hommes et de la divinité. C’est le matérialisme du Gestell : avec un sol et des lois, on peut obtenir des résultats économiques. Par contre, les dieux sont inutiles et les hommes interchangeables. On peut dire que l’article de notre constitution qui dit que la souveraineté est dans la nation est caduc. La souveraineté a été transférée à des normes fixées par l’oligarchie sur le sol français. Le peuple ne la maîtrise plus.

 

Notre conception de la nation est un produit de l’histoire, de notre histoire issue des Grecs et des romains et remaniée au fil du temps. Dire que la nation date de la révolution et n’existait pas sous Jeanne d’Arc est une aberration. 

 

Mais alors, si la nation est un contrepoison à l’idéologie du Gestell, qu’est-elle donc ? Pour répondre à cette question, il faut la mettre en relation avec deux événements clés qui font la vie humaine dans son essence, la vie et la mort.

 

b/ Naissance et mort

 

1/ Il y a comme le suggère l’étymologie, tout d’abord, un lien entre naissance et nation. La nation se compose des personnes issues par filiation des mêmes familles. C’est le droit du sang et non du sol qui est déterminant. De même, la patrie est la terre des pères. Il y a indiscutablement une connexion entre l’idée de famille et l’idée de nation. La nation est un ensemble de familles, voir de tribus. C’est la famille qui permet à la nation de survivre dans le temps. La famille dans le temps s’appelle la lignée. La cause finale de la famille est la reproduction. Le mariage n’est que la cause formelle, l’amour la cause motrice et la sexualité la cause matérielle, pour utiliser les catégories d’Aristote.

 

2/ Le lien entre la mort et la nation.

 

Pas de nation sans naissances donc sans familles. Pas de nation non plus sans un rapport particulier avec la mort. Pour Heidegger, l’homme est d’abord un mortel et non un animal calculateur (animal « raisonnable » n’est qu’un embellissement rhétorique pour animal calculateur). L’animal ignore qu’il mourra un jour : il ne meurt pas, il périt ! Seul l’homme peut mourir y compris volontairement. Dans le Christianisme, le Dieu meurt : c’est en cela qu’il s’est vraiment fait homme ! L’armée est une institution sacrée car elle gère la mort. C’est pourquoi il y a des monuments aux morts pour raviver le souvenir de ceux qui sont morts pour la nation. Le soldat est d’abord celui qui donne sa vie, qui offre son sang à la nation. Il n’est rien de plus haut que d’offrir sa vie pour défendre ce que l’on aime.

 

Par la mort, le soldat sauve la nation. Par la naissance, la famille sauve la nation. Ces deux institutions sont pour cela sacrées, et non un simple « contrat ». Dans le Gestell, la famille est un simple contrat utilitaire, quasi commercial, et le soldat est un contractuel mercenaire. Le mercenaire peut être un étranger, non le véritable soldat, comme on le voit avec l’utilisation généralisée des mercenaires par l’armée américaine en Irak.

 

 C’est tout le problème de « la guerre à l’américaine » : on cherche le maximum de rendement et la notion d’honneur est évacuée comme archaïque car non purement utilitaire. Cela donne notamment le bombardement indistinct des civils et des militaires par l’aviation. Auschwitz et le Goulag furent des choses abominables mais ont été instrumentalisés pour faire oublier Hiroshima et Dresde : des bombardements massifs de villes peuplées essentiellement de vieillards, de femmes et d’enfants, non de soldats. Les crimes sont les mêmes (assassinat de civils désarmés) mais l’idéologie veut exempter les anglo-américains. De plus, dans le Gestell, tous les hommes sont interchangeables. La distinction soldat/ civil est effacée au même titre que la distinction national/ étranger ! Après tout, pour le Gestell, les civils comme matière premières participent aussi à l’effort de guerre, dans les usines par exemple, et on peut donc les tuer pour des raisons fonctionnelles.

 

3/ L’habitation dans la nation.

 

Heidegger insiste sur le fait que l’homme n’est pas séparable du monde qui l’entoure et qui le pénètre. Il y a co appartenance entre le monde et l’homme à travers l’être. Etre, c’est habiter. Or, l’homme habite dans la nation qui établit un lien communautaire entre l’individu et le collectif. Ce lien est affectif, comme l’a montré le sociologue Tönnies. C’est pourquoi le Gestell s’acharne à détruire ce lien, soit en le relativisant (société multiculturelle) soit en l’asséchant (tout réduire au marché et à l’échange utilitaire, élimination du don). On ne veut dans le système du Gestell n’avoir à faire qu’à des masses et des egos, ni nations, ni personnes humaines véritables.

 

Michel Haar décrit bien cette situation : « le règne des masses fait partie du gigantesque, c’est-à-dire de ce par quoi le quantitatif devient une qualité propre. Il ne faut pas comprendre ce règne seulement comme un phénomène social, démographique ou politique, bien que le collectivisme ou l’américanisme en soient les manifestations les plus frappantes. La massification suppose une mutation logique du sujet qui prélude à son effacement. Le citoyen (national) d’autrefois est maintenant réprimé et embrigadé dans le Nous qui par l’intermédiaire des moyens d’information de masse normalise et standardise toutes les possibilités de décisions économiques et politiques. (..) L’homme ne subsiste plus que comme un matériau exploitable et manipulable aux seules fins de la conservation et de l’accroissement de tels ensembles.

 

Désormais installé sur toute la planète (..) où les conditions d’existence tendent hâtivement à s’uniformiser, l’homme habite-t-il encore quelque part ? Le « où » de son habitation semble anéanti. L’habitation est l’incarnation dans un lieu d’une relation spécifique à l’ensemble du monde. Habiter, c’est être, et être, c’est habiter. C’est pourquoi l’oubli de l’être est aussi l’oubli de l’habitation. (..) se déplaçant de plus en plus souvent et de plus en plus rapidement, l’homme tend à perdre ses attaches avec un lieu familier rassemblant son être et dont son être dépend, lieu natal ou lieu d’élection. Pourtant, ce n’est pas la planétarisation qui menace ou détruit le lieu familier, c’est inversement l’absence de terre familière (Heimatlosigkeit : absence de patrie) à demi avouée, à demi niée, de l’homme relativement à son essence est compensée par la conquête organisée de la terre (..) La Heimatlosigkeit (absence de patrie) a donc une double signification ; c’est le manque d’enracinement de l’existence et des œuvres dans une terre particulière (les productions de la culture se standardisent et s’universalisent toujours davantage dans le mauvais sens) ; c’est plus profondément une perte de familiarité de l’homme avec lui-même (..) La subjectivité ne lui assure plus de point d’appuis ou d’assisse.  Il se voit contraint de fuir le vide de son identité métaphysique par le pur accroissement quantitatif de puissance. (..) Mais l’homme techniquement aliéné ne peut pas sortir de son aliénation par une prise de conscience : celle-ci lui est interdite. L’errance constitue un esclavage plus radical que toute aliénation ».

 

C’est pourquoi il faut que l’homme moderne subisse la crise de façon douloureuse pour pouvoir prendre conscience des conditions du salut. Ces conditions sont pour Heidegger le détachement à l’égard des choses (Gelassenheit) et l’ouverture au mystère de notre existence qui le conduiront à penser, c’est-à-dire à questionner, et donc à remettre en cause le Gestell.

 

On se trouve donc, selon Heidegger, en présence de deux types d’hommes, l’animal calculateur et le « mortel » ! Le premier est destructeur de la nation : elle empêche en effet de rendre les hommes totalement interchangeables en tant que matières premières. Le mortel au contraire trouve un sens à sa vie car la possibilité de la mort accroît sa valeur, et même un sens à sa mort comme c’est le cas d’un héros.

 

Par contre, en détruisant la nation, le Gestell ramène l’homme au calcul et à l’animalité. Le calcul fait-il la supériorité de l’homme sur l’animal ? Toute notre tradition civilisatrice le nie : le martyr chrétien ou le héros guerrier qui peuvent parfois fusionner comme chez Jeanne d’Arc, ne calculent pas dans un but utilitaire pour donner un sens à leur vie !

 

Les composants de la nation sont multiples : Dans le cas de la France, selon le général De Gaulle, il y a la race blanche (dans sa majorité), la langue latine, la culture d’origine gréco-romaine et la religion chrétienne. Par contre, ni l’argent, ni la technique, ni la science, ni même le droit ne font la nation (en supprimant le droit de propriété, les communistes ont mutilé les hommes mais ils n’ont pas fait disparaître la Russie. Par contre, si vous enlevez un des quatre critères de De Gaulle, la France ne serait plus la France !

 

4/ Le ménagement (schonen) de la nation

 

Heidegger explique dans son extraordinaire livre « Essais et conférences » ou « Recueillement » ce qu’est le ménagement du quadriparti.[4]

 

Le quadriparti est constitué de la terre, du ciel, de la divinité et des hommes. Ménager le quadriparti consiste à « sauver la terre », à sauver les racines au lieu de les exploiter jusqu’à épuisement. Ménager le quadriparti, c’est accueillir le ciel comme ciel, donc respecter le déroulement du temps, le murissement des choses, ne pas faire de révolution. Ménager le quadriparti, c’est attendre le Divin comme tel et ne pas tomber dans l’adoration des idoles, dans la superstition. Enfin, ménager le quadriparti, c’est conduire les mortels en dehors de la futilité et de la dispersion afin qu’ils existent conformément à leur être propre. Ce quadruple ménagement est ce que Heidegger appelle pratiquer l’habitation. Ménager la nation correspond surtout au premier volet de ce programme, à savoir sauver la terre et les racines d’une exploitation dévastatrice.

 

Ménager la nation, la respecter, est un moyen de lutter contre l’uniformisation et la déshumanisation du monde : cela suppose comme on l’a vu, de conserver le caractère sacré de la famille procréatrice et de l’armée, les deux institutions indispensables à la survie nationale car gérant la naissance et la mort.

 

Cela suppose aussi d’inverser les priorités du Gestell qui règnent aujourd’hui :

 

- mettre l’homme avant le sol.

 

- mettre Dieu avant le droit. Car la liberté ne donne de bons fruits que si le sacré est respecté, par exemple, le caractère sacré de la vie humaine. La liberté sans aucun sens du Sacré mène vite au crime.

 

- mettre l’identité (qui rassemble) avant l’égalité (qui disperse) comme le montre Heidegger dans Essais et Conférences : « l’homme habite en poète[5] » : « L’identité écarte tout empressement à résoudre les différences dans l’égal ; l’identité rassemble le différent dans une union originelle. L’égal au contraire disperse dans l’unité fade de l’un simplement uniforme »

 

- mettre l’histoire avant l’instant. Exister au sein d’une nation suppose la connaissance de son histoire et sa prise en charge affective.

 

Finalement, nous avons trouvé deux premiers contrepoisons à l’idéologie du Gestell, la philosophie existentielle et l’enracinement dans la nation. Il y a encore deux autres contrepoisons : l’un est politique (la démocratie directe), l’autre est religieux (restauration du Sacré) : ces deux derniers thèmes seront vus dans le prochain chapitre.

 

 

 

Yvan Blot

 


[1] Essais et conférences, Gallimard, p.82

[2] Dévastation pour Heidegger est plus que destruction. La destruction touche le passé. La dévastation, en outre, empêche un avenir de se construire : la dévastation est élimination de la mémoire donc de l’identité

[3] Michel Haar, « Heidegger et l’essence de l’homme » Millon, 2002 p.221

[4] Op.cit. p.178

[5] Essais et conférences, Chapitre : « l’homme habite en poète » op.cit. p.231

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6ème conférence: L’idéologie de justification de l’oligarchie

16 février 2010
par Yvan Blot

 

6ème conférence : L’idéologie de justification de l’oligarchie

 Les oligarques qui règnent sur le « Gestell », et qui ne poursuivent d’autre objectif que la puissance pour la puissance, sont bien obligés de trouver une justification de leur pouvoir. C’est là, selon Heidegger, le rôle des « idées » et des « valeurs » affirmées de façon subjective et arbitraire car elles n’ont pas de fondement dans l’être.

 Le Gestell ou « dispositif utilitaire » a remplacé ce monde dans lequel nous habitions par un im-monde fondé sur 4 idoles : l’ego, l’argent, la masse et la technique. Cela donne le schéma ci-dessous :

Argent

                                                                                             Ego  ←  im-monde    → Masse

Technique

  1.  Les hommes font de ces quatre choses (l’ego, l’argent, les masses, la technique) des idoles. Mais les hommes du dispositif utilitaire (nos contemporains tombés dans l’oubli de l’être) ne sont pas conscients véritablement d’avoir adopté ces quatre idoles. Il est vrai qu’ils méditent peu et se consacrent à poursuivre les idoles sans réfléchir au sens de leur vie. Le dispositif utilitaire fait tout par ailleurs pour empêcher cette prise de conscience. Les quatre idoles sont donc masquées par un habillage idéologique qui a pour but de faire perdre au citoyen la conscience de son être véritable afin qu’il soit une véritable « matière première » pour l’économie etla politique : consommateur ou électeur interchangeable.

 L’habillage (les soi-disant « valeurs ») qui permet de justifier le pouvoir des oligarques qui gouvernent l’Occident correspond au schéma ci-dessous :

 

 Egalitarisme

                                                      Droits de l’hommisme  ← justification →  gouvernance dite démocratique

Progrès

 Nous touchons là aux dogmes « sacrés » de notre société dite laïque et moderne qui s’identifie au dispositif utilitaire.

 1/ L’idéologie du « progrès »

 Quoi de plus « sacré » pour le monde actuel que le « progrès » fondé sur les techniques et les sciences ? On a oublié la prédiction de Nietzsche juste avant les deux guerres mondiales et la terreur des totalitarismes : « un monde de barbarie s’avance et la science se mettra à son service ». Les communistes notamment étaient persuadés d’avoir une vision « scientifique » de l’histoire et de la politique. Que leur « science » soit fausse ne change rien au fait qu’ils en aient fait une idole.

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KOINON l’essence du communisme

1 janvier 2010
par Yvan Blot

 

L’essence du communisme

Présentation du texte « Koinon »

Le texte présenté ici du philosophe existentiel Heidegger de façon inédite en français est vraiment extraordinaire au sens plein du terme. Il s’intitule « Koinon » du mot grec qui veut dire  « communauté » Aucun autre texte, à notre connaissance, ne pénètre aussi profondément l’essence du régime communiste. Il montre comment le communisme a pu naître de la démocratie, ce qui surprend toujours l’amateur d’histoire. Il montre les racines communes au totalitarisme et à la démocratie, ce qui a permis un jour à Heidegger de dire : l’Union soviétique et les Etats-Unis sont métaphysiquement semblables, formule qui dans un premier temps peut scandaliser.

 Politiquement, sociologiquement, idéologiquement, l’URSS n’a jamais été semblable à l’Amérique et Heidegger le sait autant que nous. Mais métaphysiquement, il en est autrement. Qu’est ce que la métaphysique ? C’est la question qui porte sur l’être de tout ce qui existe (tout ce qui existe s’appelle « l’étant »). L’essence de l’histoire du monde moderne actuel, son être, est, selon Heidegger, la poursuite de la puissance pour la puissance dans un monde déserté par la Divinité. Dans ce monde, le « moi » est devenu l’idole suprême et la volonté de puissance du moi est donc ce qui est déterminant. Dans un tel monde, la politique, liée à la puissance prend un rôle envahissant.

 La puissance ne tolère le monde (réduit à l’état d’objet) que s’il est utilisable pour elle. Il en est de même de l’homme. La mobilisation implique que tous soient interchangeables d’où l’importance de l’idéal égalitaire : il permet de détruire ce qui empêche les hommes d’être interchangeables : les identités nationales, religieuses, ethniques, voire familiales ou sexuelle (le différence entre l’homme et la femme) sont autant d’obstacles.

 La politique prétend être l’incarnation suprême du destin des hommes, dans la mesure où elle est l’outil privilégié de la puissance. Cet état de chose est caché aux hommes à qui l’on fait croire que c’est le peuple qui est souverain. Comme l’écrit Heidegger : «  en réalité, la puissance n’est dans les mains de personne mais on prétend qu’elle est dans les mains de tous.

On croit naïvement que le dictateur totalitaire agit selon son bon plaisir : c’est faux. Il exécute les exigences de sa puissance. »

 C’est ce qui explique que les relations entre les dirigeants communistes ne sont pas fraternelles, ce que prétend l’idéologie. Chacun craint la perte du pouvoir et la peur règne dans la nomenklatura. L’homme, y compris le chef, n’est que l’exécutant de la prise du pouvoir par l’être de l’étant qui est volonté de puissance pour la puissance.

 D’où cette phrase terrible de Heidegger : « ce serait sous-estimer le communisme que de le concevoir comme un désir humain de vengeance, de bonheur ou de violence pure. La réalité est bien plus inquiétante car le communisme n’a en fait rien d’humain ». Toute résistance à la puissance doit être éliminée d’où la violence du régime : c’est la le fondement métaphysique de cette violence. Le discours idéologique masque l’essence de cette réalité. Or c’est un discours qui se veut « démocratique ». Le processus censé libéré l’homme mais qui en réalité assujettit l’homme à la puissance est celui de la « révolution ».

 Le nazisme comme totalitarisme n’est pas différent du communisme sauf que l’idéologie de justification est différente. Il n’utilise pas le mot de « démocratie » mais trouve pourtant bien sa légitimité dans la volonté du peuple, d’où l’importance des plébiscites. D’ailleurs Hitler, à l’inverse des communistes soviétiques à l’issue de la Révolution de 1917, a été élu démocratiquement et il s’en flatte.

 Là où les choses deviennent plus délicates, c’est que Heidegger montre que les démocraties occidentales ne sont pas indemnes face à cette machination de la puissance comme essence de l’histoire moderne. C’est tout l’Occident qui se fonde, même sans le savoir, sur une métaphysique qui fait du Sujet le centre du monde. Cela remonte à Descartes pour qui « je pense donc je suis ». Pour Heidegger, c’est parce que je suis d’abord, que je pense ensuite. L’être est primordial. La pensée humaine n’existe que parce qu’il y a de l’être.

 La démocratie, bien sûr, se dit non totalitaire car pluraliste. Mais elle prétend incarner la moralité, au dessus même du droit naturel. L’acceptation d’un droit naturel est une limite imposée à la démocratie par une tradition chrétienne laïcisée.

 Celle-ci ne connaît en principe d’autre autorité que la volonté du peuple. Comme l’écrit Heidegger : «  on fait comme si la puissance était dans les mains du peuple. Cette apparence est nécessaire au déploiement de la puissance politique. L’apparence politique est cultivée par les gouvernants comme par les gouvernés. » Ce mensonge est plus patent dans les dictatures dites « démocratiques » ou se réclamant du peuple (dictatures du  XXème siècle) que dans les démocraties mais il existe aussi dans celle-ci.

 Les démocraties ne vont pas, contrairement au communisme jusqu’au bout de cette logique de la puissance. C’est pourquoi elles préservent certaines libertés. Mais leurs dirigeants sont soumis à la logique de la recherche de la puissance en soi, d’où la décadence des idéologies. La puissance en soi s’exprime plus par l’argent que par le pouvoir physique. L’acquisition de la puissance pour la puissance par l’argent nécessite la mobilisation des hommes dans des processus de massification : production de masse, consommation de masse, mass media. Le processus est très différent de celui du régime communiste mais on saisit bien les ressemblances déjà remarquées dans les années 1950-1960 par ce libéral lucide et sceptique qu’était Raymond Aron, à la suite de Tocqueville.

 Dans un tel schéma métaphysique, le souci de l’homme est largement évacué. Non pas que l’on ne fasse pas « d’humanitaire », car l’humanitaire améliore l’image et conforte la puissance, mais l’homme est réduit à une matière première de l’économie, à une « ressource humaine » au service du « dispositif utilitaire » que Heidegger appelle le « Gestell ».

 Le Gestell est ainsi structuré :      argent (relativisme des valeurs)

               Idolâtrie du Moi    ← Gestell → massification des hommes

Technique

 

Heidegger ne veut pas dire que le moi, l’argent, la technique, la masse, sont sans importance mais que le moi s’est substitué à la Divinité, l’argent aux valeurs transcendantales (vrai, beau et bien), la masse aux personnes humaines et la technique à l’art d’habiter la terre. Nous sommes donc dans « l’oubli de l’être » qui conduit les hommes à mener des vies « inauthentiques ».

 A ce monde dominé par le Gestell dont l’être est la puissance pour la puissance, Heidegger oppose un nouveau commencement où l’homme occidental surmontera la métaphysique « moderne ». Ce nouveau commencement se caractérise par un retour du Sacré. L’homme n’est plus conçu comme « ressource humaine » c’est-à-dire la première des matières premières, conception utilitaire dérivée de l’homme vu comme « animal rationnel ».

 Cet humanisme actuel ramène en effet l’homme à un animal dont il faut satisfaire les besoins par le calcul qui permet de maîtriser le monde : telle est la conception du monde moderne (et pas seulement des communistes qui sont une fraction de ce monde moderne). Pour Heidegger, l’homme dans son essence est bien plus que cela car il prend ses distances par rapport aux choses et se situe dans l’histoire contrairement à l’animal. Il est donc créateur et en cela plus proche de la Divinité que de l’animal.

 L’homme conscient de son essence d’existant tragique (existant donc créateur, tragique car mortel) est donc apte à être selon Heidegger « le berger de l’être », plutôt que le maître de l’étant (l’exploitant de tout ce qui existe considéré comme un stock). Il ménagera alors le « quadriparti », c’est-à-dire le monde dans ses quatre dimensions issues d’Aristote : les racines , l’idéal, la Divinité et l’homme. On sera alors sorti non seulement du communisme mais de la métaphysique dite moderne qui aura permis son existence et sur laquelle repose la pseudo-démocratie dans laquelle nous vivons.

 Yvan BLOT

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Quatrième conférence : L’enlaidissement du monde

26 décembre 2009
par Yvan Blot

   Quatrième conférence : 

 L’enlaidissement du monde (matériel et moral)

 L’enlaidissement du monde est une conséquence de la prise du pouvoir par le « Gestell » et ses oligarques. Celui-ci, selon Heidegger, est « le dispositif d’arraisonnement utilitaire ». Dans ce dispositif qui fait des hommes ses matières premières sans qu’ils en soient très conscients, le « fonctionnel » et non le Beau, domine les préoccupations. L’état d’esprit est d’exploiter le monde, non de l’aimer.

 A vrai dire, l’homme s’est toujours tourné vers ce qui est utile, mais cela n’excluait pas une démarche poétique associée. Ainsi, des aviateurs de la première guerre mondiale parmi les meilleurs allaient saluer en battant des ailes la tombe d’un aviateur ennemi tombé au champ d’honneur. Ce n’était pas « utile » mais c’était beau. Les deux ne s’excluaient pas. Dans le « Gestell », l’utile envahit tout et le beau est marginalisé, quand il n’est pas détruit. Beaucoup de villes de banlieue traduisent cet état d’esprit dans leur architecture. Le but n’est pas le bien être de l’habitant mais l’obéissance à des normes administratives et financières qui déterminent le type d’architecture adoptée. Lorsque l’architecte a une marge de manœuvre pour l’esthétique, il va faire prévaloir sa volonté de puissance et son subjectivisme, et non les goûts des futurs habitants où des références à des racines communes pourraient être évoquées.

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La façon dont l’oligarchie traite l’homme : une matière première

23 novembre 2009
par Yvan Blot

oligarchieLes régimes politiques qui dominent à présent l’Occident sont des oligarchies, bien plus que des démocraties, la Suisse étant sans doute la seule véritable exception. Mais qu’est-ce qu’une oligarchie ? Relisons à ce sujet Aristote. Dans le monde moderne toutefois, l’oligarchie gouverne selon une logique nouvelle qui est celle du « Gestell », de l’arraisonnement utilitaire, selon la formule de Heidegger. La logique du Gestell conduit à traiter l’homme comme la plus précieuse des matières premières, et à rendre autant que possible tous les hommes interchangeables, en mobilisant pour cela les ressources des passions égalitaires. Enfin, pour achever le processus de domination oligarchique, il faut éliminer l’obstacle de la  démocratie au profit d’une « gouvernance » de soit disant experts, tout en gardant la fiction de la démocratie pour désarmer les oppositions. Il faut alors voir s’il est possible de se libérer de cet engrenage fatal. lire la suite…

Les valeurs cardinales du Système

23 novembre 2009
par Yvan Blot

oligarchieConférence N° 3 de l’INSOC du 15 novembre 2009

Nous avons vu que le système oligarchique qui règne sous l’apparence démocratique traite les êtres humains comme « la plus importante des matières premières » (Heidegger). A ce titre, ils doivent être le plus possible interchangeables, donc déracinés. L’égalitarisme, qui s’appui sur les forces primitives de la jalousie et de l’envie, est enseigné et propagé dans ce but. L’idéal égalitaire est depuis toujours le moyen privilégié des tyrans pour mettre un peuple en servitude ; il permet de pousser les citoyens à sacrifier leurs libertés au nom de la sacro-sainte égalité.

Pour étudier la configuration de cette idéologie égalitaire, nous allons utiliser les outils intellectuels mis au point par le philosophe Martin Heidegger.

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Le système oligarchique : conférence le 14/09/09

11 septembre 2009
par Yvan Blot

insoc-1J’ai le plaisir de vous annoncer que ma prochaine conférence, se tiendra le :

Le lundi 14 septembre 2009 à 19H 30
A l’Hôtel Néva (rez-de-chaussée)
14 rue Brey – 75017 PARIS (près de l’étoile)

Thème général :
Le Système oligarchique ;
comment il nous domine et comment s’en libérer !

Vous trouverez ci-dessous le thème et la liste des conférences pour l’année. Elles auront toutes lieu le lundi à 19h30, à l’hôtel Néva.

A bientôt et bien amicalement

Yvan BLOT

Conférence inaugurale le 14 septembre 2009

Le thème de la conférence inaugurale, comme vous l’avez constaté sera :

Notre démocratie de façade cache une oligarchie ;

Origine historique de cette situation

Voici la thématique qui sera abordée le 14 septembre :

L’histoire de l’humanité est en grande partie l’histoire de ses classes dirigeantes. Dans toutes les sociétés sauf les sociétés très primitives, des classes dirigeantes sont apparues (Spencer) et ont cherché à justifier leur domination, en général avec succès. Ce succès reposait principalement sur leurs prestations, protéger la société du désordre intérieur et des ennemis extérieurs, notamment.

Très tôt, les anciens philosophes grecs perçurent que les dirigeants pouvaient rechercher leur intérêt propre et trahir le bien commun. La classification classique des régimes politiques d’Aristote vient de là : la monarchie vise le bien commun à l’inverse de la tyrannie. L’aristocratie vise le bien commun à l’inverse de l’oligarchie. Dans le langage actuel, la démocratie (Aristote disait : politeia que l’on traduit par république) vise le bien commun, ce qui n’est pas le cas du gouvernement démagogique.

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Heidegger face à Freud : l’homme est-il plus qu’un animal ?

18 juillet 2009
par Yvan Blot
Martin Heidegger

Martin Heidegger

Faire répondre à Freud par Heidegger peut sembler étrange car il n’y a pas eu, semble-t-il, de contacts entre ces deux hommes. Toutefois, un article est sorti dans la revue américaine « Political Psychology » intitulé « Heidegger and Freud » montrant qu’Heidegger a discuté avec de nombreux psychanalystes suisses, reprochant à ces derniers leur vision positiviste et mécaniciste de l’homme. Par ailleurs, le psychanalyste suisse Ludwig Binswanger, correspondant de Freud, s’est éloigné de la psychanalyse sous l’influence de Heidegger pour développer la « daseinsanalyse » ou « analyse existentielle ». Il traite le positivisme scientiste de Freud (qui repose sur la scission sujet-objet) de « cancer de la psychiatrie ».

Il nous semble qu’opposer Heidegger à Freud est pertinent car Freud voit dans l’homme essentiellement un animal alors que Heidegger voit « l’essence » de l’homme comme totalement étrangère à celle de l’animal. Pour Heidegger, l’homme est capable de prendre du recul par rapport aux objets immédiats, il est « ouvert à l’être » et il sait à l’avance qu’il va mourir. L’animal est « pauvre en monde » : il ne voit du monde que ce que ses instincts lui permettent de percevoir. Au contraire, l’homme est non seulement « être au monde », riche en monde mais encore mieux : créateur de monde. En cela, l’homme est proche du Divin.

Freud a beaucoup inspiré le mode de vie matérialiste et hédoniste de l’Occident moderne. Or, Heidegger condamne ce mode de vie de la façon la plus nette : il le considère comme « inauthentique » car fondé sur « l’oubli de l’être » au profit d’un utilitarisme totalitaire. Pour Heidegger, l’homme moderne tourne en rond dans une vie sans signification, polarisée par quatre « idoles » : la technique, l’argent, la masse et l’ego. Le plaisir de l’ego est la « cause finale » du comportement moderne. L’argent et la technique sont au service de l’ego mais cet ego, à la fois orgueilleux et sans consistance, se perd dans la mode, le prêt à penser, le « on » (je pense comme « on » pense), bref, la masse ! C’est la fin de toute personnalité authentique. L’homme n’est plus humain : il n’est guère qu’une matière première pour l’économie (« une ressource humaine ») : affreuse expression qui ravale l’homme au rang du pétrole !). Pour bien jouer ce rôle de « matière première », il doit être interchangeable : foin des races, des nations, des familles et des lignées, des traditions culturelles qui pourraient être un obstacle à ce caractère interchangeable des hommes voués à l’utilitarisme ! C’est pour cette raison, outre la jalousie fortement ancrée au cœur de l’homme, que l’égalitarisme est si populaire dans la pseudo-démocratie[1] d’aujourd’hui !

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Freud et la révolution des années soixante en Occident

18 juillet 2009
par Yvan Blot

Sigmund Freud

Sigmund Freud

Après le prophète de la révolution religieuse Voltaire, le prophète de la révolution politique, Rousseau, le prophète de la révolution économique et sociale, Marx, nous avons le prophète de la révolution de la morale et du sexe, Freud.

Rousseau et Marx ont engendré des révolutions totalitaires qui ont conduit à des crimes de masse. Il n’en est pas ainsi de Freud, mais ses épigones ont réussi à provoquer une révolution « silencieuse » comme on dit au Québec, dans les années soixante, dont les conséquences sont si graves qu’elles peuvent entraîner la mort démographique, donc la mort tout court, de l’Occident et des peuples blancs (j’ose le terme puisqu’on parle de peuple noir sans provoquer de scandale semble-t-il) . C’est sans doute Freud le plus actuel de nos quatre faux prophètes et son influence explique largement les particularités de la désagrégation sociale développée dans les années soixante.

Qui fut ce Schlomo Sigismund Freud, né en 1856  à Freiberg, aujourd’hui Pribor, en république tchèque, et mort à Londres par suicide assisté en 1939 ? Le père de Freud était un commerçant juif ruiné en 1859 ; La Famille, très religieuse, s’installe à Vienne. Freud y fait ses études. Au lycée, il lit Feuerbach et conservera de ses lectures de profondes convictions matérialistes, athées et scientistes. Il fait des études de médecine. Il traduit en 1880 quatre essais de Stuart Mill, le libéral anglais à tendances sociales. En 1882, il épouse Martha Bernays, la fille du grand rabbin de Hambourg. Il devient médecin et Breuer l’intéresse à un cas d’hystérie. En 1885, il soigne à la cocaïne son ami Fleischl qu’il intoxique gravement. Il va voir Charcot à Paris pour suivre des cours. En 1895 avec Breuer, il publie des études sur l’hystérie à Vienne. Il rédige l’esquisse d’une psychologie scientifique et adresse à Fliess un schéma sur la sexualité.

En 1895 encore, il adhère à l’association maçonnique juive B’nai B’rith. Il semble que cette société l’ait beaucoup aidé d’après l’allocution de lui qui fut lue par son frère le 6 mai 1926, à la loge « Vienne », Freud étant malade. Freud prononça entre 1897 et 1917  vingt et une conférences aux B’nai B’rith, notamment sur les rêves et l’inconscient mais aussi sur Emile Zola et Anatole France. Voici quelques citations de son allocution de remerciements de Freud aux B’nai B’rith publiée dans les œuvres complètes (volume 18) parues en français  aux PUF à Paris. Freud leur est d’une grande reconnaissance et s’explique ainsi : « d’une part, j’étais parvenu pour la première fois à pénétrer dans les profondeurs de la vie pulsionnelle humaine (..) d’autre part, la communication de mes découvertes déplaisantes eut pour résultat de me faire perdre la plus grande partie de mes relations humaines d’alors ; je me sentais comme proscrit, évité de tous. Dans cet esseulement s’éveilla en moi le désir d’un cercle d’hommes choisi, à l’esprit élevé, qui m’accueilleraient amicalement en dépit de ma témérité. Votre association me fut désignée comme le lieu où pouvaient se trouver de tels hommes. »

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